18 juin 1940

18 juin 1940

18 juin 1940

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Il est de ces moments dans la vie d’une nation où un acte d’un de ses fils met fin à une période et en fait naître une autre. Ainsi se crée l’histoire en relais successifs. Tout dépend du moment et tout dépend de l’acte. Cette conjonction se prépare pendant longtemps parfois. Elle se produit soudain et elle libère dès lors des influences nouvelles qui ont une logique propre, une cohérence interne. Il devrait être possible dès le premier moment d’entrevoir dans l’avenir les ressources profondes, les prolongements lointains dans la vie d’un pays, d’un geste dont l’importance croit avec le recul.

Qui pourrait contester qu’à onze ans de distance, toute notre vie française se trouve encore marquée par les phrases prononcées au soir du 18 juin ? Sur le plan maritime, qui ne peut voir d’emblée toutes ses répercussions ? Entendu par les uns, rejeté par les autres, il n’est certainement pas exagéré de dire que l’appel du général de Gaulle a eu sur le destin de tous les marins de France une influence profonde.

Sur les navires aussi que ces marins montaient. Alors que le canon gronde autour du Cotentin, alors qu’on brûle à Brest tout ce qui peut brûler, des paroles prophétiques ont été prononcées.

Un élément nouveau vient de se manifester. Un choc vient de se produire. Ses ondes vont se propager. Dans un sens ou dans l’autre, les hommes réagiront, et de leurs réactions dépendra le destin des bâtiments français, destin qui dès l’instant cherche son orientation, hésite à se fixer, oscille encore un peu, puis choisit finalement telle ou telle direction que la logique des événements rendra progressivement de plus en plus rigide.

Il y a ceux qui combattent. Il y a ceux qui s’efforcent de se mettre hors d’atteinte plutôt que de tomber entre les mains de l’ennemi. Il y a ceux qui vont se fier à une sécurité que semblent leur assurer les négociations. Selon la position que ces navires occupent sur les sept mers du globe en ce soir historique, selon leur réaction en entendant l’appel, selon leurs derniers actes au cours des derniers jours de liberté française, ils se sauvent ou se perdent ; ils deviendront pour nous des motifs de fierté ou des causes de douleur.

On se bat encore au soir du 18-Juin aux environs de Cherbourg. Des unités disparates mais ardentes croisent autour du Cotentin et s’efforcent par leur tir de retarder l’avance des colonnes blindées vers notre port de guerre. Le cuirassé Courbet, l’aviso Savorgnan de Brazza, le contre-torpilleur Léopard, pour ne citer que quelques noms, ne réussiront qu’à retarder de quelques heures une capture inévitable, mais leur place est marquée dans le port de Portsmouth et, pour eux, le combat continuera presque sans transition. C’est de Cherbourg également que reflue vers l’Angleterre tout ce que renferme le port de moyens militaires ; qu’ils soient intacts comme les petits torpilleurs du type La Melpomène, ou comme les chasseurs de sous-marins qui viennent de se couvrir de gloire à Dunkerque, qu’ils soient imparfaits, incomplets ou avariés comme les sous-marins Minerve et Junon, ou encore La Créole en cours de construction au Havre et qu’il faut remorquer. Nous les retrouverons plus tard au hasard de ces pages, ayant précisément réalisé leur dessein, étant venus se réfugier pour reprendre des forces et pour mettre ces forces au service du pays.

De Brest, au même moment, refluent vers Plymouth tous ceux des navires du grand arsenal dont les avaries ou le faible rayon d’action rendent impossible l’appareillage pour les ports du Maroc. Le cuirassé Paris, le grand sous-marin Surcouf, quelques torpilleurs, quelques avisos comme le Duboc ou le Dominé retourneront au combat. Mais le Richelieu et ses torpilleurs d’escorte, qui sont à la mer depuis seulement quelques heures lorsque le général de Gaulle prononce ses paroles historiques, ne rentreront en ligne qu’après deux ans et plus – et de même le Jean Bart qui, en ce moment même, exécute fiévreusement les manœuvres ultimes qui vont lui permettre le lendemain de quitter Saint-Nazaire à la dernière marée possible et de se mettre hors d’atteinte.

Par contre, de Lorient vont appareiller pour l’Angleterre, le contre-torpilleur Le Triomphant en réparation dans ce port et l’aviso La Moqueuse qui y était en achèvement. Eux aussi, nous les retrouverons, au cours de ces premiers temps. Mais quant à ceux des bâtiments français qui se croient en sûreté et qui demeurent à l’ancre en Méditerranée, bien peu seront à flot quelque cinq ans plus tard.

Voilà donc le bilan :

C’est donc essentiellement une foule de petits navires, torpilleurs, avisos, sous-marins et dragueurs qui font route vers l’Angleterre ou qui y sont déjà.

Le Triomphant fera figure de navire amiral avec ses 2.500 tonnes, suivi de près par le Léopard d’un type plus ancien et moins grand. Car le Courbet et le Paris, cuirassés de 23.000 tonnes de quelque vingt-six ans d’âge, sans grande valeur militaire, resteront dans les ports où ils serviront de batteries flottantes ou de bâtiments dépôts. C’est donc ces petits navires qui vont constituer l’essentiel de l’appoint que les forces navales françaises vont pouvoir fournir à la Grande-Bretagne dans la lutte où elle va se trouver seule. Appoint particulièrement appréciable – les flottilles britanniques qui luttent contre les sous-marins allemands sont loin d’être bien fournies. Dans quelques semaines, la Grande-Bretagne devra négocier l’acquisition de cinquante vieux contre-torpilleurs américains. Le peu que semble représenter la contribution française est en définitive beaucoup plus important. Il n’est pour s’en convaincre que d’anticiper un peu et d’évoquer la fièvre et l’énergie avec laquelle les marins français et britanniques vont remettre ces navires en état au cours de l’été et de l’automne 1940.

Le 18-Juin 1940 au soir, à deux points situés à quelque 1.600 milles l’un de l’autre, le destin de deux autres unités est en voie de formation. A Dundee, la décision du commandant du sous-marin Rubis de continuer la lutte si brillamment commencée sur la côte de Norvège, rejoint celle qui, à Sousse, s’impose progressivement à l’esprit du commandant du sous-marin Narval. L’un et l’autre de ces deux sous-marins seront en opérations bien avant le mois d’octobre, et pour des motifs divers demeureront illustres dans l’histoire de la marine française en guerre.

Au contraire des bâtiments de combat, groupés et concentrés, les unités marchandes, même pendant une période où le régime des convois a été mis en vigueur, sont dispersés dans tous les ports du monde selon les besoins du trafic. L’appel du 18-Juin trouve environ cent cinquante paquebots et long-courriers dans les différents ports du globe. Parmi eux se trouvent quelques-unes des plus belles unités de la marine marchande française : L’Île-de-France dans les eaux de Singapour, le Pasteur à Halifax, le Félix Roussel et le Président-Doumer dans les ports égyptiens. D’autres sont déjà en Angleterre. D’autres vont venir de France au fur et à mesure de l’évacuation de nos ports devant l’avance allemande. Malgré les difficultés de toute nature qui vont assaillir, dans le domaine de la marine marchande comme dans celui de la marine militaire, les premiers compagnons du général de Gaulle, des résultats tangibles ne tarderont pas à se manifester. Dans la reprise du combat, dans le maintien de la France dans le camp de la liberté, les marins français furent parmi les premiers.

André Truffert

 

 

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 39, juin 1951.

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