1941, les combats en Afrique équatoriale française libre : Koufra

1941, les combats en Afrique équatoriale française libre : Koufra

1941, les combats en Afrique équatoriale française libre : Koufra

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Nous avons déjà publié les témoignages de Jean Marin et du général Jean Simon. Nous continuerons par celui qui fut présenté par le général Robert Dubois.
Le rédacteur nous a priés de faire précéder son texte par la déclaration qui suit :
« Ayant accepté de présenter cet exploit militaire qu’est la prise de Koufra, il m’est apparu impossible de le faire en l’isolant de son contexte historique. On ignore que Koufra est un aboutissement, dont les préliminaires se sont déroulés de l’autre côté du Tibesti.
Glorifier Koufra sans évoquer les deux engagements français libres de Mourzouk et de Tédjéré (13 janvier 1941) constitue une faute historique qui ferait injure à ceux qui, au prix d’efforts inimaginables et parfois au prix de leur vie, ont fait entrer les Tchadiens dans un combat que certains disaient perdu.
Seule la servitude d’un horaire draconien : parler de Koufra en huit minutes, m’a conduit au témoignage qui suit. »

Les engagements de Mourzouk (11 janvier) et de Tedjeré (13 janvier) ont, sans doute, répondu au désir des Tchadiens de rentrer dans la lutte mais ils n’ont pas satisfait le colonel Leclerc qui, dans son compte rendu au général de Larminat déplore la consommation d’énergie et de matériels pour des « harcèlements fugaces ». Il pense bien sûr à une véritable prise. Ce sera Koufra.
Et il faut dire que le 2 décembre 1940, à son arrivée à Fort-Lamy, il était bien le seul à y penser sérieusement.
Pour prendre Koufra en 1931, le maréchal Graziani engagea 3 000 hommes, 7 000 chameaux, 300 camions et 30 avions.
En 1941, les Italiens ont eu dix ans pour constituer leurs réserves et mettre au point leur défense. Autour d’un ancien fort turc bien amélioré (El-Tag) constituant le cœur d’une défense statique, une compagnie de combat motorisée : la Sahariana disposant d’une petite aviation adaptée est capable de voir loin les intrus et de les pourchasser.
Pour attaquer Koufra, à 2 200 kilomètres de Fort-Lamy, il faut du matériel auto moderne, un armement adapté, des rechanges, des pneus spéciaux, de l’essence, ce qui est rare au Tchad. Seuls, les volontaires ne manqueront pas. Toutes les objections viennent se briser sur la foi, la persévérance, la certitude de Leclerc. Son rayonnement balaie les réticences. Les premiers qui entendirent parler du projet le baptisèrent de « Folie ». Puis ils finirent par l’admettre et en firent « leur projet ». Depuis quelques années on parle du charisme de Leclerc et il est certain que pour ceux qui ont vécu auprès de lui en cette période ou après, il y avait dans sa façon d’entraîner les hommes quelque chose d’extraordinaire.

Les préparatifs

Ils commencent partout. Faya-Largeau devient la grande base où affluent les convois venant du Sud.
«Tous fonds de tiroirs raclés » selon sa propre expression, Leclerc disposait d’une centaine de véhicules avec 100 Européens et 250 indigènes.
Pour le combat mobile, 23 camionnettes Bedford ont été transformées en véhicules de combat. Pour le combat statique il y aura deux mortiers de 81 et deux canons de 75, dont un seul arrivera à Koufra. On l’appellera familièrement « Le Canon ».
Leclerc sait qu’il lui faut faire vite, avec ce qu’il a, par surprise si possible et toujours avec audace.

L’approche

Le départ de Faya-Largeau s’effectue à partir du 25 janvier sur un des plus mauvais terrains désertiques. La marche est pénible, les réparations de fortune ne tiennent pas. À partir de la frontière libyenne, la colonne est éclairée par les deux pelotons britanniques qui ont effectué l’action sur Mourzouk.
Le 31 janvier la première patrouille britannique, repérée, attaquée par la Sahariana, disloquée, ayant perdu son chef reflue sur « le gros ». Les Britanniques fatigués, démoralisés, demandent la permission de se retirer du combat.
L’effet de surprise perdu, Leclerc décide de persévérer, renvoie une partie de la colonne au dernier point d’eau français (Tekro) et prend lui-même la tête d’une patrouille de 20 Bedford qui va aller jeter le désordre 450 kilomètres plus loin, à Koufra même, et qui rentrera à Tekro nantie de renseignements précieux sur les positions des Italiens et aussi sur leur manque de mordant (5-9 janvier).

Attaque et élimination de la Sahariana

Le 16 février Leclerc reprend la progression en se lançant en avant avec ses deux pelotons Bedford. « Le gros » (infanterie et artillerie) suivra au mieux.
Le 18, Leclerc qui cherche la Sahariana déborde le fort, et la découvre au Nord dans un repli de terrain. Passé en tête, Leclerc hurle ses ordres, vole d’un véhicule à l’autre, saute à terre, entraîne un groupe à pieds, un sous-officier l’entend crier « on les tient. »
Plusieurs fois, il fait fixer l’ennemi par le feu et déborder. De chaque côté, des véhicules flambent. À la tombée de la nuit, la Sahariana s’est retirée vers le Nord-Ouest. La première manche est pour Leclerc.
Le 19, une escadrille italienne bombarde et mitraille un de nos pelotons et la Sahariana débouche dans l’oasis pour dégager le fort. Avec le peloton non soumis à l’attaque aérienne, Leclerc renouvelle sa manœuvre : fixer et déborder. Au bout de deux heures de combat, la Sahariana décroche et se retire, poursuivie sans succès sur 150 kilomètres. Elle ne reviendra plus.
Leclerc peut maintenant attaquer le fort.

La prise d’El-Tag

Le 19 au soir, « le gros » (infanterie et artillerie) avec le commandant Dio rejoint Leclerc dans le village d’El Giof. Une sécurité motorisée a été placée à 10 kilomètres dans le Nord-Ouest, des patrouilles « escadronnent » dans un rayon de 30 kilomètres autour de la palmeraie. Commence alors, pour le fort, un blocus approximatif de 10 jours.
Leclerc sait qu’il doit éviter toute action de vive force qui serait coûteuse. Sa tactique sera simple : harceler, inquiéter, décourager, et attendre l’occasion. Néanmoins des coups de main, sur certains postes extérieurs au fort, sont effectués. Au cours de l’un d’eux, deux officiers sont blessés, dont le commandant Dio, et évacués.
L’attente convient à nos troupes : l’eau est bonne, les légumes frais et abondants. Il y a bien longtemps que les hommes n’ont été à pareille fête.
Les avions italiens n’apparaissent pas, à l’étonnement des nôtres qui ont fait de gros efforts pour se camoufler et se protéger. L’explication sera donnée plus tard : la présence de nos deux petits Lysander d’observation a été interprétée comme preuve de l’existence d’avions de chasse !!!
Du coup, pour les Italiens il eût été hasardeux de nous envoyer des Savoia ou des Ghibli.
Après la réplique vigoureuse des premiers jours, le fort a commencé à se fatiguer. « Le Canon » tire environ 30 coups par jour et a créé quelques brèches dans la muraille. On le déplace souvent pour faire croire qu’il y a deux et peut-être trois canons ! Installés à 1500 mètres du fort, les mortiers de 81 font aussi du bon travail.
À l’intérieur du fort, le moral décline : un obus est tombé sur le mess des officiers, un autre sur l’infirmerie, un autre a sectionné la drisse du drapeau italien. Personne ne le hissera de nouveau. Par surcroît, les nouvelles du front principal ne sont pas bonnes : la première contre-offensive britannique a atteint El Agheila.
Le 28 février, le capitaine Colonna, commandant la garnison, fait proposer à Leclerc un accord sur les blessés des deux camps. Leclerc demande une discussion entre officiers. Deux parlementaires sortent du fort et rencontrent Guillebon et San Marcelli. L’entretien est long mais instructif. L’un des Italiens demande sur le ton de la confidence quelles seraient les conditions d’une reddition. Leclerc comprend alors que les assiégés sont aux abois et ordonne une activité accrue pour le 75 et les 81.
Le 1er mars à l’aube, avant d’envoyer son premier obus, l’artilleur Ceccaldi repère dans ses jumelles un drapeau blanc sur la muraille. Il prévient Leclerc qui, sans arme, saute en voiture avec Guillebon et Ruet, arrive au chemin montant au fort, fonce sur le parlementaire, l’entraîne avec lui vers la porte qu’on leur ouvre.
Le capitaine Colonna proteste contre cette intrusion. Leclerc furieux lui commande de réunir ses officiers. Subjugué, Colonna s’exécute.
Leclerc se fait présenter les cadres, leur adresse une brève harangue et finalement leur dicte les conditions de la capitulation.
Le même jour à 14 heures la garnison défile devant lui – 29 Italiens dont 11 officiers, 273 Libyens.
Le lendemain 2 mars à 8 heures, une prise d’armes rassemble les Français et c’est à cette occasion que Leclerc prononcera la phrase désormais célèbre sous le nom de « Serment de Koufra » : jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront à nouveau sur la cathédrale de Strasbourg (version donnée par le général Vezinet).

Épilogue

Le 3 mars, le général de Gaulle télégraphiait au colonel Leclerc : « Vous avez ramené la victoire sous les plis du drapeau. Je vous embrasse. »
Pour ceux d’entre nous qui étions déjà basés au Tchad, en particulier ceux du Tchad Nord, le succès retentissant de Koufra, joint bien sûr à deux événements cruciaux de cette année 1941 : entrée de l’URSS et des USA dans le conflit, marque un changement radical dans nos perspectives d’avenir. Jusque-là le Tchad était « un cul de sac » on y accédait par le Sud, et on en sortait par le Sud, vers Brazzaville ou Douala.
Après Koufra, nous nous sommes mis à croire fermement que c’est par le Nord que nous partirions. Suivant en cela notre chef Leclerc, qui déjà y pensait pendant qu’il menait la bataille de Koufra, nous regardâmes vers le Fezzan, la Tripolitaine, la Tunisie : notre sortie se fera vers la Méditerranée. C’est avec ce grand espoir au cœur que nous commençâmes à préparer la grande montée de « la Colonne Leclerc ».

Général Robert Dubois

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 257, 1er trimestre 1987.

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