La "Force L" en Tunisie (février-juin 1943)
Après avoir abandonné le commandement
des troupes de l'Afrique française libre au général
Marchand, Leclerc rencontre à Ghadamès
le général Delay, commandant le front
Est-saharien du Sud algérien : c'est la première
liaison des FFL et de l'armée d'Afrique (2 février
1943). Dix jours plus tard, la "Colonne Leclerc" devient "Force L" (comme Leclerc)
dans le cadre de la 8e armée britannique. Le
20 février , jour où Rommel s'empare de
Kasserine, Leclerc parvient à Ksar Rhilane ;
sa mission est de couvrir le flanc gauche de la 8e armée
britannique, qui contrôle Tatahouine et Medenine.
Quatre jours plus tard, le BIMP (1re DFL) prend position
dans le secteur. Dans les premiers jours de mars, Rommel
lance l'opération Capri, destinée à
reprendre Medenine et à atteindre le golfe de
Gabès ; il est repoussé par les Alliés
et subit des pertes importantes. La Force L - rejointe
par le "Colonne volante" *- est violemment
prise à partie à Ksar Rhilane, mais elle
résiste vaillamment - avec l'appui de la Royal
Air Force.
Rommel, partisan d'évacuer la Tunisie, est
remplacé par le général von Arnim,
mais celui-ci ne parvient pas à renverser le
cours des événements. Le 20 mars, Montgomery
passe à l'offensive sur la ligne Mareth ; il
se heurte à une vive opposition ennemie, qui
l'oblige à un manœuvre de débordement,
appuyée par plusieurs groupements de la Force
L. Huit jours plus tard, la prise de Gabès par
Leclerc obligera les Allemands à décrocher
et permettra aux Américains du général
Patton de reprendre Gafsa. Le 2 avril, Leclerc rencontre
Giraud à Gabès : il tente vainement de
le persuader que seul de Gaulle peut réaliser
l'union de tous
 |
| Artilleurs de
la colonne Leclerc. |
les Français. La Force L entre à Kairouan
le 12 avril. Jusqu'au bout, les forces de l'Axe opposeront
aux Alliés une résistance acharnée,
mais l'issue des combats de peut faire de doute. Tunis
et Bizerte sont libérées le 7 mai ; le 20,
Leclerc participe au défilé de la victoire
à la tête d'un détachement de tirailleurs.
Il est nommé général de division
le 25 mai ; le 30, la Force L devient officiellement 2e
DFL. Giraud, qui possède encore le commandement
militaire en Afrique du Nord, décide de renvoyer
en Libye cette unité beaucoup trop "gaulliste" à ses yeux (10 juin 1943).
Formation de la 2e DB au Maroc (juillet
1943-avril 1944)
Leclerc va profiter de ce séjour forcé au
camp de Sabratha pour réorganiser sa division et
surtout l'étoffer avec de nouvelles unités,
prélevées sur l'armée d'Afrique ou
constituées par de jeunes évadés
de France, arrivés par l'Espagne. Malgré
tous ses efforts, ses effectifs demeurent modestes (moins
de 4.000 hommes, alors qu'une division classique en compte
quatre fois plus !), mais cette insuffisance numérique
est compensée par le prestige dont jouissent "l'armée Leclerc" et son chef depuis l'affaire
de Koufra . Le 13 août, entre deux missions à
Alger et au Maroc, Leclerc confie à ses subordonnés
: "Pendant trois ans, dans notre coin, nous avons
représenté la France au combat et tenu son
épée. Aujourd'hui, l'armée française
reprend la lutte, notre mission est terminée. Nous
avons été le trait d'union. Il ne nous reste
plus qu'à rentrer dans cette armée puisqu'elle
est décidée à combattre. (…)
Il convient toutefois de conserver intact l'esprit de
la France Combattante ** car il a fait ses preuves et
représente l'esprit de la France."
 |
| Un détachement
de spahis marocains dans le désert. |
Le 24 août 1943, la 2e DFL devient officiellement
la 2e division blindée (2e DB), sur le modèle
des brigades américaines, avec des Combat Command
(groupements tactiques), formations interarmes adaptées
aux conditions du combat. Leclerc souhaite faire de sa
division un symbole de l'unité nationale, sous
l'autorité du général de Gaulle,
chef suprême et unique de la France Combattante.
En septembre, la 2e DB est regroupée au camp de
Temara (Maroc), où elle va parfaire son entraînement
et compléter ses effectifs jusqu'en avril 1944.
A partir du 10 avril, elle commence à quitter le
Maroc pour l'Angleterre, où elle est affectée
à la 3e armée américaine de Patton.
* La "Colonne volante", commandée
par le commandant Jean Rémy, était composé
d'un régiment de spahis et d'une compagnie de chars
de combat. Elle comprenait 314 hommes et était
dotée de - notamment - 24 automitrailleuses et
14 chars. Les spahis avaient participé aux campagnes
d'Erythrée, de Syrie, de Libye et à la bataille
d'El Alamein.
** La France Combattante avait officiellement succédé
à la France Libre le 13 juillet 1942. Dans l'esprit
de De Gaulle, il convenait désormais d'associer
dans une même entité - et sous une même
autorité, incarnée par le Comité
national français dont il était le chef
- la France Libre et "la France captive",
qui luttait contre l'occupant allemand et ses alliés
français sur le territoire national, dans le cadre
des mouvements de Résistance et des premiers maquis.
Dans le même temps, les Forces françaises
libres devenaient Forces françaises combattantes.
Cependant, l'appellation France Libre continuera d'être
employée jusqu'à la fin de la guerre et
les Français libres ne renonceront jamais à
leur identité.
La
"Colonne du Tchad" s'empare de Koufra et
du Fezzan (décembre 1940-janvier 1943)
Suite
: La bataille de Normandie (août 1944)
|