En juillet 1940, l'Angleterre pouvait
se croire menacée d'une prochaine invasion: l'armée
allemande, désormais maîtresse
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André
Dewavrin (colonel Passy).
Le chef des services spéciaux de la France
Libre (1911-1998) |
de toutes les côtes françaises de la Manche,
allait elle tenter de débarquer sur les rives anglaises
? Le Premier ministre britannique, Churchill, exigeait
des renseignements précis sur son dispositif et
ses plans. Sur ses instructions, le chef de l'Intelligence
Service alla trouver de Gaulle et lui demanda s'il pouvait
utiliser des Français libres pour obtenir les renseignements
dont les Anglais avaient besoin. De Gaulle le renvoya
au chef de son 2e Bureau, le capitaine Dewavrin - dont
le pseudonyme était Passy - que le chef de la section
française de l'Intelligence Service rencontra.
Ainsi commençait, dans l'urgence et dans le secret,
l'action que la France Libre allait mener en France.
Des Français libres furent donc immédiatement
envoyés en France, premiers d'une longue série
de 1 500 à 2 000 agents de toutes nationalités,
dont plus de la moitié étaient Français.
Hubert Moreau fut chargé d'une mission de reconnaissance
par les services anglais au mois de juillet et revint
à Londres deux semaines plus tard. Jack Mansion
partit lui aussi en juillet et rapporta en septembre les
cartes du dispositif allemand en Bretagne. En août,
ce fut le tour de Maurice Duclos et d'Alexandre Beresnikoff
qui, comme tous les premiers membres du 2e Bureau de la
France Libre, prirent pour pseudonymes des noms de stations
du métro parisien, Saint-Jacques et Corvisart,
puis du producteur de cinéma Gilbert Renault, qu'on
appela plus tard Rémy, qui allait créer
le réseau le plus important et peut-être
le plus actif de tous les réseaux qui opérèrent
en France et qu'il appela "Confrérie Notre-Dame" (CND). Enfin le 22 décembre, débarqua
en Bretagne le lieutenant de vaisseau Honoré d'Estienne
d'Orves. Début 1941 des parachutistes Français
libres furent envoyés en armes et uniformes pour
réaliser des missions de destruction en Bretagne
et Aquitaine.
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Honoré
d'Estienne d'Orves (Jean-Pierre,
Châteauvieux).
Le chef du 2e bureau des FNFL, puis du réseau
Nemrod (1901-1941) |
L'ampleur de la tâche nécessite une réorganisation
des services de la France Libre. Ainsi est créé
le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA),
dont Passy demeure le chef et qui se transformera à
mesure que ses activités et ses responsabilités
s'étendront. Mais le problème central restera
toujours celui des liaisons et des transmissions. Aux
parachutages et débarquements d'agents clandestins
des premiers mois, s'ajoutent, dès la fin de 1941,
des liaisons assurées par les Lysanders, petits
avions de la Royal Air Force, pouvant se poser sur un
terrain de 600 mètres et, plus tard, par des bombardiers
Hudson, aménagés pour les atterrissages
clandestins. Au sol des équipes de réception
françaises sont formées, pour ces opérations
qui ne sont possibles que dans les périodes où
la lune le permet, et il faut déjouer la surveillance
de l'ennemi. Les difficultés sont immenses et les
pertes nombreuses. Sur les dix-neuf opérations
organisées pour le BCRA au second semestre de 1942,
une seule réussira.
Les liaisons par radio sont tout aussi difficiles et risquées.
L'usage d'un poste émetteur peut être repéré
par la radio-goniométrie au bout d'une demi-heure.
À la fin de 1941, les services de la France Libre
sont en relation avec douze opérateurs radio dont
six pour le réseau de Rémy. Cette année-là,
72 % des opérateurs radio envoyés en France
ont été arrêtés et 80 % le
seront parmi les radios envoyés en 1942.
La France Libre, voulant incarner et rassembler toute
la France en guerre, a cherché à entrer
en contact avec les personnalités politiques et
les organisations clandestines décidées
à poursuivre la lutte. Ce sera d'abord la mission
de Pierre Fourcaud et celle de l'avocat André Weil-Curiel.
Puis en décembre 1940, de Gaulle crée une
direction politique, confiée à Gaston Palewski,
puis à Maurice Dejean. Ce dernier avait créé
une "section d'action" en France, dirigée
par le commandant Semidéi. Celui-ci envoya en zone
sud le militant syndicaliste Léon Morandat qui
fut, durant toute la clandestinité, l'un des plus
actifs représentants de la France Libre auprès
des milieux politiques et des mouvements de Résistance.
Le BCRA envoya, par ailleurs, en France un officier Français
libre, ancien du raid de Pessac, Pierre Forman, qui entra
en relation avec les premiers groupes de Résistants
de Montpellier et de Toulouse : revenu à Londres
en août 1941, il fut renvoyé en France en
octobre pour tenter de mettre sur pied une organisation
générale de la Résistance en zone
sud.
C'est alors que de Gaulle créa, le 24 septembre,
le Comité national de la France Libre, qui avait
déjà une structure de gouvernement. II fut
décidé que toutes les missions d'ordre militaire,
de renseignement et d'action dépendraient de son
état-major et du BCRA, et que toute l'action politique
en France serait de la responsabilité du Commissaire
à l'Intérieur, André Diethelm.
Suite : France Libre - Résistance intérieure
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