| Les réseaux du BCRA |
| L'apprentissage de l'action clandestine |
| En juillet 1940, l'Angleterre pouvait se croire menacée
d'une prochaine invasion: l'armée allemande, désormais maîtressede
toutes les côtes françaises de la Manche, allait elle tenter
de débarquer sur les rives anglaises ? Le Premier ministre britannique,
Churchill, exigeait des renseignements précis sur son dispositif
et ses plans. Sur ses instructions, le chef de l'Intelligence Service
alla trouver de Gaulle et lui demanda s'il pouvait utiliser des Français
libres pour obtenir les renseignements dont les Anglais avaient besoin.
De Gaulle le renvoya au chef de son 2e Bureau, le capitaine Dewavrin -
dont le pseudonyme était Passy - que le chef de la section française
de l'Intelligence Service rencontra. Ainsi commençait, dans l'urgence
et dans le secret, l'action que la France Libre allait mener en France. Les liaisons par radio sont tout aussi difficiles et risquées. L'usage d'un poste émetteur peut être repéré par la radio-goniométrie au bout d'une demi-heure. À la fin de 1941, les services de la France Libre sont en relation avec douze opérateurs radio dont six pour le réseau de Rémy. Cette année-là, 72 % des opérateurs radio envoyés en France ont été arrêtés et 80 % le seront parmi les radios envoyés en 1942. La France Libre, voulant incarner et rassembler toute la France en guerre, a cherché à entrer en contact avec les personnalités politiques et les organisations clandestines décidées à poursuivre la lutte. Ce sera d'abord la mission de Pierre Fourcaud et celle de l'avocat André Weil-Curiel. Puis en décembre 1940, de Gaulle crée une direction politique, confiée à Gaston Palewski, puis à Maurice Dejean. Ce dernier avait créé une "section d'action" en France, dirigée par le commandant Semidéi. Celui-ci envoya en zone sud le militant syndicaliste Léon Morandat qui fut, durant toute la clandestinité, l'un des plus actifs représentants de la France Libre auprès des milieux politiques et des mouvements de Résistance. Le BCRA envoya, par ailleurs, en France un officier Français libre, ancien du raid de Pessac, Pierre Forman, qui entra en relation avec les premiers groupes de Résistants de Montpellier et de Toulouse : revenu à Londres en août 1941, il fut renvoyé en France en octobre pour tenter de mettre sur pied une organisation générale de la Résistance en zone sud. C'est alors que de Gaulle créa, le 24 septembre, le Comité national de la France Libre, qui avait déjà une structure de gouvernement. II fut décidé que toutes les missions d'ordre militaire, de renseignement et d'action dépendraient de son état-major et du BCRA, et que toute l'action politique en France serait de la responsabilité du Commissaire à l'Intérieur, André Diethelm. |