Lorsque
le 18 juin 1940, le général
De Gaulle décide de continuer la guerre au nom
de la France à partir du territoire anglais,
un écueil le guette lui et le mouvement qu'il
s'apprête à mettre en place : devenir
le chef d'une force d'appoint française vouée à ne
jamais s'affirmer politiquement.
Le dialogue De
Gaulle-Churchill : entente cordiale ?
Le fait que Churchill ait refusé le
23 juin «toute indépendance» au
gouvernement Pétain, est
un atout de première importance
pour la France Libre. Au commencement
de juillet s'ouvrent des négociations
entre de Gaulle et les Britanniques
en vue de reconnaître la
légitimité d'un «Comité français».
René Cassin sert la partie
française et sir William
Strang, l'anglaise. Les Français
sont intransigeants sur toutes
les questions d'intégrité territoriale
et de «maintien de l'Empire».
Des accords sont signés
le 7 août 1940 entre De
Gaulle accompagné de René Cassin
d'une part, et Churchill, Strang
et Spears de l'autre. Le traitement
des FFL, la question financière
et l'indépendance de l'administration
civile de la France Libre, satisfont
de Gaulle.
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Suit alors l'envoi de deux lettres
de Churchill à de Gaulle,
dont la dernière est confidentielle.
La première garantit au
nom du «gouvernement de
Sa Majesté» la volonté d' «assurer
la restauration intégrale
de l'indépendance et de
la grandeur de la France».
La seconde apporte une précision : «L'expression "restauration
intégrale de 1"indépendance
et de la grandeur de la France
ne vise pas d'une manière
rigoureuse les frontières
territoriales. (...) Mais bien
entendu, nous ferons de notre
mieux.». Il n'est pas de
manière plus explicite,
et diplomatiquement plus acceptable,
de signifier à la France
que la guerre contre l'Allemagne
n'annule pas une ancienne rivalité.
De Gaulle répond à la
missive de Churchill avec le
ton pondéré que
la situation du moment lui autorise : «J'espère
que les circonstances permettront
un jour au gouvernement britannique
de considérer ces questions
avec moins de réserves».
Et De Gaulle, s'il ne le dit
pas dans ses "Mémoires",
doit certainement, en homme d'Etat
qu'il est, le comprendre. Mais
alors qu'en Europe les intérêts
de guerre convergent, il n'en
est pas de même en Méditerranée
ni au Proche Orient. L'importance
accordée par de Gaulle à l'Empire
n'est pas uniquement motivée
par la possibilité que
la France y trouve de mener une
guerre efficace contre les Allemands
: l'Empire lui offre une légitimité territoriale
indispensable dans son rapport
aux alliés.
L'élargissement du conflit
vers la Méditerranée
orientale à partir de
1941 fait rejouer de vieilles
rivalités coloniales,
restées sous-jacentes
et qui vont empoisonner les relations
entre les deux alliés.
La question de la Syrie et du
Liban étant la première
grande épreuve diplomatique
de la France, elle est aussi
l'occasion d'un affrontement
entre Churchill et De Gaulle.
Mais au delà de ces conflits
naturels entre impérialismes
rivaux, il y a également
le souci de Londres de ne rompre
avec Vichy qu'en dernière
instance, après s'être
assuré qu'il n'y a aucune
possibilité d'empêcher
le gouvernement français
de tomber entièrement
sous la coupe d'Hitler. Cette
politique confidentielle continue,
même après Mers
el Kebir et Dakar.
Deux raisons y prévalent.
Premièrement, la préférence
des diplomates anglais du Foreign
Office pour leurs homologues
traditionnels du Quai d'Orsay
: le ministre des Affaires étrangères
britannique, Lord Halifax, est
loin d'être un admirateur
du Général et il
en est ainsi de bon nombre d'autres
diplomates. La crainte de l'Angleterre
est de voir les bases françaises
en Méditerranée
livrées à l'Allemagne.
Le départ de Lord Halifax
du Foreign Office et l'arrivée
d'Anthony Eden, est un gage supplémentaire
de l'attachement de l'Angleterre à l'homme
du 18 juin, quels que soient
les incidents de parcours. De
Gaulle sent qu'il ne peut s'attacher à un
seul protecteur et se tourne
vers l'Amérique, dont
l'entrée en guerre lui
apparaît imminente, pour
lui offrir les possibilités
militaires de l'Empire.
Aux
origines d'une reconnaissance
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: La nécessaire alliance franco-russe |