Impromptu sur ma mémoire

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L’armée des ombres baptisée par Joseph Kessel au début de la Résistance intérieure a pu être considérée comme la quatrième force naissante de la France Libre.
De nos jours, on parle de plus en plus de cette Résistance. L’appellation de « Résistants » est usurpée par des centaines de milliers, se prétendant comme tels.
Il est bien entendu qu’une quantité non négligeable de Résistants authentiques ont combattu glorieusement dans des rangs différents comme : Action, Renseignement, Maquis et beaucoup par leur sacrifice n’ont pas connu la victoire.
Souvent, autour d’une table de notre club, mes amis d’autres armes FFL ont mémorisé, entre leurs durs et glorieux combats, des anecdotes fumantes à nous conter.
Quant à moi, je n’ai rien à leur narrer, en dehors des moments difficiles que nous avons subis.
Pour vous situer l’ambiance comparée de l’époque, mes camarades de trois armes se trouvaient avec l’ennemi en face, la liberté derrière eux.
Nous avions aussi l’ennemi en face, mais les délateurs dans le dos.
Nous en ferons les frais. Condamnés à mort, exécutés ou déportés pour la solution finale par le travail forcé.
Ces dénonciateurs, voyous, indignes de la France, à la botte de l’occupant, nous obligeront d’être vigilants 24 heures sur 24. Permanence en somme de précaution, être à la fois notre propre bidasse et général dans l’exercice de nos missions,
J’appris des services de renseignements (SR) un professionnalisme indispensable. Des vieux de la vieille grande guerre m’ont initié à ce genre de travail.
À l’origine, je souhaitais me battre dans l’armée régulière. J’étais volontaire pour participer à la défense de mon pays au sein de la France Libre.
Par ma situation d’étude, dans la construction aéronautique, je fus récupéré pour le renseignement. Je devais me donner à part entière dans mon réseau.
Le début de ma participation, en 1941, me mit en face des réalités. Indépendamment, deux de nos camarades devaient à la suite de dénonciations bordelaises payer de leur vie, exécutés au fort du Hâ en octobre 1941. Je prenais donc mes risques en connaissance du tarif à subir lorsqu’on était pris dans les griffes de l’occupant.
J’étais devenu le militaire, exécutant avec précision les missions qui m’étaient confiées. Le renseignement n’était en aucune façon les résultats de bla-bla-bla du café du commerce. C’était un travail minutieux, avec rapports et documents à l’appui. Qui était l’ennemi en face de nous ? Une organisation de contre-espionnage tous azimuts ; à sa tête, au début de la guerre dans le genre, l’amiral Canaris : son expérience depuis la guerre 1914-1918 avait totalement, en France et à l’étranger, su bâtir sa toile d’araignée.
Après 1942, l’amiral Canaris étant désavoué par Hitler, le contre-espionnage allemand va être coiffé en totalité par la Gestapo(1).
En France, Rosenberg (sous le pseudo von Palen) aura les pleins pouvoirs(2). Ce sera la terreur par le supplice, provoquant la torture dans les interrogatoires. Toute une technique particulière à faire supporter aux inculpés, prisonniers rebelles à l’armistice pétainiste.
il faut bien constater que la complémentarité indispensable desservant l’ennemi était en nombre d’importance de traîtres français, délateurs, vendus à la force allemande.
Ces Judas aideront à provoquer une épidémie de démâtage néfaste à la Résistance en 1942-1943.
Nous étions dans un combat permanent du chat et de la souris. Cette dernière était évidemment notre personne. Nos grandes difficultés dans nos actions se trouvaient en majorité dans la non-connaissance de la langue allemande. L’occupation et la collaboration nous faciliteront les moyens d’infiltration au sein des travaux militaires ennemis.
Discipliné, j’ai toujours retenu des anciens que, du fait de se placer dans la gueule du loup, notre sécurité se trouvait en partie assurée.
Mes missions ont toujours réussi et ce, jusqu’au jour de mon arrestation, plus de deux ans après mes débuts d' »espionnage » au service de la France Libre (depuis avril 1941).
J’ai été vendu bien entendu avec plusieurs de mes camarades du même réseau.

Système d’interrogatoire nazi

C’est fait, je suis HS, Mon engagement est virtuellement terminé. Je suis persuadé qu’à brève échéance le peloton d’exécution m’attend, Avant tout, sauver le réseau ; c’est-à-dire permettre à mes camarades en liberté de rester dans l’action. Ne pas faillir à l’honneur.
Après quelques questions préliminaires, sur le lieu de mon arrestation, la Gestapo me transporte rue des Saussaies pour me passer les menottes afin de me transférer à Fresnes, où je serai incarcéré.
Il fait nuit, seul dans une cellule (jusqu’à l’appel du lendemain matin, sur le carreau de la prison avec la nouvelle récolte d’arrestations). Sans sommeil, je ne fais que disséquer dans mes pensées : qui a pu nous donner à nos ennemis ?
Je vais être bouclé dans une « carrée ». Trois camarades me réceptionnent dans les lieux qu’ils occupent depuis des temps différents. Parmi ces trois prisonniers, un seul va m’instruire pour l’avenir sur mes futurs interrogatoires; c’était une aide indispensable. Il s’agissait d’expliquer ce qu’était la façon d’interroger et.de supplicier les ennemis de l’Allemagne.
Ce camarade de cellule est anglais. Il se fait appeler Abott, la trentaine, grand, d’allure sportive, genre pratiquant le polo, Il séjourne à Fresnes depuis de nombreux mois.
Son aventure : envoyé en mission par les services britanniques sur la France. Il fut débarqué par sous-marin sur les côtes bretonnes avec cinq autres participants. Le dinghy se renverse sur la plage; trempés, ils vont avancer à l’intérieur jusqu’à la première ferme venue. Ils seront reçus avec bienveillance, leurs vêtements séchés devant l’âtre, un repas chaud leur sera servi. Pendant ce temps, la fille de la maison sur l’ordre du père va aller les dénoncer à la Kommandantur (ils étaient vendus). Arrêtés en uniforme, ils profiteront de la convention de Genève, Leur jugement les déclarera prisonniers de guerre. Ils séjournaient à Fresnes en attente d’être transférés en oflag, reconnus officiers anglais : les services britanniques étaient très soucieux de sécurité dans la construction des missions spéciales. Nos six compères devaient abandonner l’uniforme pour un vêtement civil (qu’ils avaient planqué dans la nature) dans le but d’accomplir leur action sur notre territoire.
Tout cela, c’est pour vous expliquer que notre ami Abott avait été longuement interrogé. D’expérience, il m’expliquait comment je devrais réagir le jour venu devant mes juges pour éviter si possible la torture. Un mois plus tard, j’affrontais devant nos tyrans treize heures d’interrogatoire en trois jours ; je m’étais souvenu des leçons d’Abott.
La réception d’usage, quelques coups pour me mettre en condition (saignement de nez), puis les questions fusent. Ils sont deux, l’un questionne, l’autre le cas échéant donne un appui physique au cas d’une réticence à l’interrogation, l’instructeur possède un fort accent dans son français. Je lui fais répéter souvent ses demandes, ce qui me donne à réfléchir pour répondre. Je constate très vite que j’ai été arrêté dans une souricière ; ils n’ont pas beaucoup d’arguments en dehors de la connaissance de la personne chez qui je me suis trouvé.
Ma fausse identité n’a pas tenu après leur enquête d’état civil ainsi que mon ausweis, établi dans l’organisation Todt de la base maritime de Lorient. Ce laissez-passer allemand était loin d’apporter une possibilité de défense. Ma réponse fut à peu près ceci :
« J’ai abusé de l’armée allemande afin de faciliter ma pénétration dans la base. Profitant d’une société française sous-traitante, travaillant à son aménagement… » Cela m’a paru satisfaire en partie mes interrogateurs. Je leur faisais croire la reconnaissance de leur supériorité. En résumé, j’essayais de me faire tout petit, quitte à passer pour un minable. Affronter nos tyrans, c’était la question par la torture. Persuadé que mes jours étaient comptés, je me suis chargé, mettant hors de cause des camarades concernés.
Les conseils d’Abott, de grand secours, m’avaient guidé dans ma défense. N’ayant aucun document sur moi à mon arrestation, la Gestapo ne possédait que peu de renseignements à mon sujet, en dehors d’appartenir à mon réseau.
Mon souvenir de ces trois jours d’interrogatoire est celui d’un affrontement éprouvant. J’étais vidé intellectuellement au retour dans ma cellule. Aujourd’hui, je me demande encore comment j’ai pu supporter les questions sans me couper dans mes réponses.
Leurs méthodes étaient une institution nazie. Elle était appliquée sur tout notre territoire, Leur façon d’instruire les procès étaient identique du nord au sud.
D’un de mes jours d’interrogatoire, dans une pièce de transfert de la rue des Saussaies à la prison de Fresnes, c’était l’horreur. Tous plus ou moins matraqués, où le sang figé sur nos vêtements était apparent. Je me rappelle une jeune femme, à genoux, pleurant de souffrance, martyrisée, les seins nus, les vêtements déchirés ; les salopards « instructeurs » lui avaient broyé les tétons ainsi que toute sa poitrine avec une paire de pinces. Cinquante-cinq ans après, elle reste imprimée dans ma mémoire. Elle répétait comme une terrible prière : « Pourquoi m’ont-ils fait cela puisqu’ils savaient tout? » Dans sa grande douleur, elle m’apparaissait comme une figure de Madone.
Dans notre cellule, arrive un jour un pauvre hère ayant l’allure de Quasimodo. Il ne marchait plus, ses jambes étaient blessées, ses bras disloqués. Nous l’aidions pour ses nécessités. Ses tortionnaires lui avaient attaché les bras derrière le dos et, de ces attaches, l’avaient pendu dans une cage d’escalier. Pour le faire parler, ils lui broyaient les muscles avec un tuyau de plomb renforcé intérieurement.
Quand il ne fut plus en état de répondre : « Monsieur Chaillé, lui dirent-ils, nous connaissons toutes vos activités dans votre clandestinité. » (Ce camarade était ingénieur des chemins de fer du Midi.) Hôtelier avec sa femme à Lourdes, ils seront déportés et ne reviendront pas.
Un nouveau arrive dans notre cellule, grand, de fière allure, la tête tuméfiée, boursouflée, son corps endolori par les coups, il se présente :
« Je m’appelle « X » (je n’ai plus souvenance de son nom). Je suis de nationalité autrichienne (il parle un français sans accent), à 18 ans je me suis engagé dans les Brigades internationales à Barcelone. En France j’entre dans la Résistance.
Je suis communiste et, ce qui ne gâte rien, je suis juif. Alors, mes amis, dit-il, je viens d’être condamné à mort. Ils m’ont annoncé qu’ils allaient me réduire d’une tête. » Ce camarade comme nous tous avait été outrageusement dénoncé.
Malgré mes idées différentes des siennes, j’avais profondément sympathisé avec lui pour son intelligence. Il m’avait initié aux échecs, l’échiquier avait été reconstitué par mes soins sur un couvercle de boîte de cigares.
J’ai quitté mes camarades de cellule pour la déportation, laissant à regret ce camarade qui allait mourir dans toute sa fierté.
Le pire m’attendait dans un camp d’extermination de Buchenwald, « Dora ».
Je terminerai ces tristes anecdotes par : un jour sera arrêté à Caluire un nommé Max. Il sera incarcéré à Lyon. Pendant une certaine durée (quelques heures, un jour, deux jours ?)
Ce grand seigneur subira les méthodes que je viens de vous décrire, J’imagine très bien dans quel état comateux notre camarade se trouvait, et Barbie lui susurrait : Alors, Monsieur Mouline, vous n’avez pas été coopératif, nous savons tout de vous.
Un Judas était Passé Par là.
Cet homme de si grande valeur décédera avec bravoure dans toute sa dignité.
Le Panthéon lui revenait de droit.
Voilà, mes chers camarades, ce que je n’avais vraiment rien de fumant à vous conter.

Serge Foiret

(1) L’amiral Canaris, répudié par Hitler en 1942, sera condamné à mort avec les conspirateurs de la Wehrmacht en juillet 1944. Il sera pendu à un croc de boucher.
(2) Rosenberg fera partie des criminels de guerre jugés et condamnés à mort par la Cour internationale de Nuremberg. Il sera pendu.

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 303, 3e trimestre 1998.

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