La répression de la Résistance en Indochine

La répression de la Résistance en Indochine

Après la signature de l’armistice franco-allemand de juin 1940, le Japon profite de la défaite de la France en Europe pour attaquer l’Indochine française le 22 septembre. Au terme de quatre jours de combats, Langson tombe et l’armée japonaise occupe le Tonkin. Puis, suite à la signature des « accords de défense commune franco-japonaise de l’Indochine » entre Vichy et le Japon, c’est l’ensemble de l’Indochine qui passe sous occupation nipponne, à partir de juillet 1941, en échange de la reconnaissance de la souveraineté française sur ce territoire.
Nommé gouverneur général par le gouvernement de Vichy par décret du 25 juin 1940, en remplacement du général Catroux, rallié peu après à la France libre, l’amiral Decoux applique la législation vichyste en Indochine (1), développe le culte du maréchal Pétain et organise la chasse contre les « dissidents » suspects de sympathies gaullistes, par la circulaire n° 57 CAB du 31 octobre 1940, durcie par la circulaire n° 49/S CAB du 17 avril 1943.
Cette « dissidence » peut prendre des formes diverses. Ainsi, Henri Clerge, caporal au 11e RIC, est chassé de son régiment pour avoir refusé de signer un acte d’allégeance à la personne du Maréchal – il sera finalement « récupéré par la Sûreté à Saigon, où il y avait un noyau de gaullistes ».
Toutefois, dès 1940 se développe une résistance clandestine – huit réseaux ont été homologués après la guerre – au sein des bureaux du Service de Renseignement Inter-colonial (réseaux « Giraud-Lan », « Graille », « Maupin-Levain » et « Mingant ») ou parmi les civils (« Nicolau-Bocquet », « Plasson » – du nom d’un commerçant de Phnom Penh – et « Tricoire »). Multiforme, elle fait essentiellement du renseignement au service des Alliés et de la France libre, « Bjerring » étant le seul réseau action. Un neuvième réseau, créé par Camille Huchet à Saïgon et qui travaillait pour l’Intelligence Service ; son chef étant décédé lors de son retour en France avant d’avoir déposé son dossier au Service d’homologation du général Dejussieu Pontcarral – ses membres ont, pour l’essentiel, été pris en charge par des réseaux avec lesquels ils avaient travaillé après l’arrestation de Huchet par les autorités vichystes (2).

La répression vichyste

Les autorités d’Indochine s’opposent à cette « dissidence » jusqu’à la fin 1944, quand elles se rallient au Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) et constituent une « Résistance officielle ». Alors, à leur tour, les états-majors et les services de l’armée et de la Marine se mettent à transmettre des informations sur les Japonais.
Le 5 juillet 1941, l’agence de presse ARIP annonce que, d’après les chiffres fournis par l’amiral Decoux, les services généraux et ceux relevant du gouverneur général ont prononcé 132 sanctions disciplinaires. Au total, 197 fonctionnaires français ont été radiés (et 167 Indochinois à la date du 1er octobre 1942).
Quand il peut être fait état de preuves, le suspect est déféré devant le tribunal militaire d’Hanoï ou de Saigon, le verdict faisant l’objet d’instructions du général commandant supérieur Mordant, sur injonction de l’amiral Decoux. En revanche, quand les preuves manquent, les autorités peuvent décider un internement administratif, sans jugement ni l’énoncé d’aucune accusation, le suspect étant généralement envoyé au camp d’internement administratif de Long Xuyen, dans le delta du Mékong. 110 internements administratifs ont pu être recensés. Toutefois, jusqu’à l’interruption des liaisons maritimes avec la métropole, en septembre 1941, le rapatriement d’office en vue d’un jugement en France est privilégié.
Ainsi, Jacques-Valentin Cazaux (1886-1950), inspecteur général des colonies et directeur des finances en Indochine, est d’abord traduit devant la cour martiale de Hanoï avec ses collaborateurs (le gouverneur Digo, le capitaine d’aviation Fontan et Magney) sous le chef d’accusation de « trahison » pour avoir eu des contacts avec le consul britannique. Acquitté faute de charges suffisantes les 5 et 6 mars 1941, il n’en est pas moins embarqué avec son épouse vers la France pour y être jugé devant la cour de Gannat, sur instruction du ministre des Colonies Platon, suite à la demande de l’amiral Decoux, et révoqué sans pension par le gouvernement.
Le 14 janvier 1942, le tribunal militaire de Saïgon condamne Louis Bonvin, gouverneur des Indes françaises rallié à de Gaulle, et son chef de cabinet Pierre Brunitel à la peine de mort et à la confiscation de leurs biens par contumace (3). Le 5 février 1942, 44 fonctionnaires civils et militaires, dont Henri Sautot, commissaire résident des Nouvelles-Hébrides, à la peine de mort par contumace pour « livraison de territoire » à une puissance étrangère, 98 autres à mort « pour complicité » et 13 à vingt ans de travaux forcés, tous à la confiscation de leurs biens. Les militaires sont par ailleurs dégradés.
La répression frappe également les Français qui tentent de quitter l’Indochine pour rejoindre les Forces françaises libres (FFL). Une douzaine d’officiers sont passés effectivement en Chine, sur un total de 1 200, et à peu près autant de sous-officiers sur 3 200. Une trentaine de condamnations ont été prononcées pour désertion ou haute trahison, de 1940 à 1944, dont une dizaine par contumace (4).
Après la guerre, une Commission interministérielle d’enquête pour l’Indochine (CIEI) est créée le 30 janvier 1946 sous la direction de l’inspecteur général des colonies Cazaux, afin d’examiner l’attitude des fonctionnaires d’Indochine entre 1940 et 1945. Au final, rares sont ceux dont les dossiers ne sont pas classés sans suite. Traduit devant la Haute cour de justice pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat », l’amiral Decoux est acquitté en février 1949, dans un contexte marqué par une volonté d’apaisement et la guerre d’Indochine, largement financée à partir de 1950 par les Etats-Unis.

Le lieutenant Robert

Lieutenant de réserve fait prisonnier pendant la campagne de France et arrivé en Indochine en mai 1941, après son évasion, Eugène Robert est affecté dans un service à Hanoï dépendant du Bureau des Statistiques Militaires (BSM), dirigé par le colonel Maupin, créateur du réseau gaulliste « Maupin-Levain », où il informe le consul américain Reed des menées japonaises en Extrême-Orient.
Désireux de rejoindre les FFL, il décide de passer en Chine, avec des documents sur l’armée japonaise en Indochine pour les Américains, par le poste de Ban Trang. Mais il est capturé le 9 janvier 1942 et incarcéré à Langson, après avoir réussi à faire disparaître les documents.
Traduit devant la cour martiale de Hanoï le 20 janvier, sur l’accusation d’« acte de nature à nuire à la Défense Nationale et avoir tenté de prendre du service dans une armée étrangère, avec franchissement de frontière » – et non de haute trahison, comme l’avait d’abord envisagé l’amiral Decoux -, il est jugé à huis clos, afin d’empêcher que les Japonais n’apprennent qu’ils sont espionnés par des officiers français, mais aussi parce que les juges ont reçu des instructions, afin que l’accusé ait la peine maximale. Seuls les médecins qui ont soigné sa dysenterie à Langson sont autorisés à témoigner, mais ils rendent compte de son état déplorable au moment de son arrestation, ce qui constitue une circonstance atténuante.
Condamné à 14 ans de travaux forcés, « plus les peines annexes, dont la confiscation des biens présents et à venir », Robert est emprisonné à la maison centrale de Hanoï, où il reçoit le n° 57 227 comme un droit commun, dans une cellule de 8×8 m, qu’il partage avec quatre Européens et dix Asiatiques, « autour d’un seau hygiénique et une cruche d’eau, dans la saleté. Les promenades [ont] lieu le matin, dans une cour carrée de 10 mètres de côté dont les murs hauts de 6 mètres [sont] peints en noir : 25 détenus y [évoluent] ». Puis il est déplacé dans la cellule n° 4 et fait la connaissance d’autres prisonniers gaullistes, parmi lesquels William Labussière, le sergent métis Emile Greiveldinger (condamné à deux ans le 1er septembre 1941) ou le docteur Georges Béchamp.
En août 1942, le nouveau directeur interdit, sous peine de sanctions, au capitaine Guiol, adjoint de Maupin au BSM de Hanoï, de continuer ses visites à Robert sous prétexte de « nécessités de service ». Ces menaces à l’égard des visiteurs se poursuivent jusqu’à la fin de 1944. Ainsi, en janvier 1944, le contrôleur Kerneis est mis en disponibilité pour avoir rendu visite à son compatriote Robert.
En septembre 1942, l’inspecteur des affaires politiques Del, lors d’une visite des installations de la prison, décide de faire remplacer le grillage, en haut de la porte de la cellule, qui permettait une relative aération, par une plaque de tôle pleine et sépare le groupe des gaullistes en deux : Robert reste avec Greiveldinger, tandis que le lieutenant Richard et Pierre Boulle sont mis au secret.
Profitant de ce que Greiveldinger, libérable sous peu, est autorisé à se rendre en ville, sous bonne garde, pour y recevoir des soins dentaires, Robert met au point, avec son aide, un plan d’évasion.
Le 12 janvier 1943, à 6 heures 30, lors de son quart d’heure de promenade, il dresse un échafaudage avec deux bancs laissés dans la cour pour y prendre les repas, grimpe dessus et saisit un tuyau, à six mètres du sol. Parvenu grâce à lui sur le toit du bâtiment principal, il passe dans la cour du gardien-chef, puis, par son escalier et sa terrasse, atteint un autre toit, d’où il descend par les grilles défendant les fenêtres des appartements des gardiens. Après un rétablissement sur le mât du pavillon au-dessus du porche d’entrée, il se laisse tomber de quatre mètres dans la rue, entre le gardien et la sentinelle, s’enfuit en direction du Palais de Justice avant qu’ils aient pu réagir et se cache dans un confessionnal, dans la cathédrale. Le tout en une demi-heure.
Pendant ce temps, l’alerte a été donnée. Un quart d’heure après, des patrouilles armées parcourent les rues, des barrages ont été installés, avec des mitrailleuses en batterie, les voitures sont arrêtées et fouillées, les hôtels et les domiciles de personnes fichées par la Sûreté visités, de même que les bordels européens et tonkinois, qui sont des endroits discrets où se cacher.
Retranché sur le toit de la cathédrale, Robert attend la nuit pour chercher un refuge. Le soir venu, quand le bedeau monte sonner les cloches pour la dernière fois de la journée, il se faufile à l’extérieur et se dirige vers la rue Duvilliers, où demeure l’adjudant Fauvel, sur l’aide duquel il sait pouvoir compter. Ce dernier a déménagé, mais Robert obtient sa nouvelle adresse, rue des Vermicelles. Quand il le retrouve, il l’envoie prévenir le lieutenant-colonel Despeaux, chez qui il pense trouver de l’aide, avant de rejoindre le domicile puis la cache promise par son contact à l’extérieur, Orsini. Toutefois, Despeaux a lui aussi déménagé, et c’est le lieutenant-colonel d’artillerie Pig, fidèle maréchaliste, qui reçoit la confidence de Fauvel et prévient l’état-major. Pendant ce temps, contact est pris avec Orsini, qui accepte de le cacher, avant de l’aider à passer en Chine.
Toutefois, le lendemain matin, la Sûreté, prévenue suite à la dénonciation de Pig, arrête Robert et le couple Fauvel, puis Orsini et Despeaux. Les époux Fauvel seront condamnés à six mois de prison. Quant aux Orsini, faute de preuve, ils seront internés administrativement.
Au cours de leur enquête, les autorités tentent d’établir l’existence d’un « complot gaulliste » ; mais, devant le mutisme de Robert, qui résiste à dix heures d’interrogatoire ininterrompu, ils doivent abandonner. Il est finalement reconduit à la maison centrale.barre-indochine
On l’enferme pendant soixante jours dans une cellule de 2,20 m. de long et 1,50 m. de large, allongé sur le béton, les chevilles fixées au bat-flanc, sous la surveillance permanente d’un garde, aussi permanente que la lumière au plafond. On l’appelle la « barre d’Indochine ». A l’origine, on y enfermait les Indochinois condamnés à mort la veille de leur exécution. Un seau hygiénique est déposé dans la ruelle du bat-flanc pour les besoins naturels. Tous les matins, un nettoyage au jet d’eau rince la geôle et le prisonnier. Au repas, un quart de riz et un morceau de pain de maïs.
En février 1943, l’amiral Decoux fait isoler en cellules spéciales les condamnés pour « trahison », les gaullistes devant être transférés dans les locaux disciplinaires de la prison. Vêtus d’un bourgeron gris de bagnard, ils n’ont droit qu’à deux sorties d’un quart d’heure chacune par jour. Fin mars 1943, Robert se voit infliger un mois de cachot supplémentaire pour s’être plaint de n’avoir pas reçu sa ration journalière de nourriture.
Enfin, le 17 mars, le gouverneur général prend la décision de transférer les prisonniers gaullistes à Saïgon, loin de la frontière chinoise, pour éviter toute nouvelle tentative d’évasion. Le soir du jeudi 1er avril, Robert est ainsi extrait de sa cellule, alors qu’il souffre toujours de dysenterie, et conduit en train, enchaîné, jusqu’à la maison centrale de Saïgon, où il arrive quarante-deux heures plus tard. On l’enferme dans la salle 8, réservée aux détenus récalcitrants. Les derniers « dissidents » de la maison centrale de Hanoï sont transférés à Saigon en juin 1943.
En novembre 1943, Boulle, Huchet, Labussière, Richard et Robert sont placés en isolement dans le « bâtiment S » pour « contrecarrer la propagande gaulliste » parmi les autres détenus. A la fin du mois, convoqué à la Sûreté pour une affaire d’identité judiciaire, Labussière tente de s’évader avec l’aide de Robert, mais il est rapidement repris et condamné à 60 jours de fers au cachot.
En avril 1944, suite à l’intervention d’amis auprès de fonctionnaires du ministère à Vichy, afin qu’il bénéficie de conditions plus humaines, l’amiral Decoux adresse au gouverneur de Cochinchine une note l’interrogeant sur l’état de Robert. A partir de cette date, le comportement de l’administration pénitentiaire à l’égard des gaullistes s’infléchit. Robert obtient ainsi le 10 juin 1944 l’autorisation d’être hospitalisé.
Pendant ce temps, à Hanoï, les réseaux du capitaine Marcel Mingant et d’André Lan préparent une évasion collective, en liaison avec leurs correspondants à Saïgon. A la fin de 1944, Lan se rend à Saïgon avec Tastagnière, du commissariat de la gare de la ville, pour les informer des grandes lignes du projet : l’évasion de l’ensemble des gaullistes doit avoir lieu lors d’un « transfert de sécurité » qu’ils vont eux-mêmes provoquer. C’est ainsi que l’amiral Decoux, par ailleurs complètement ignorant du complot, ordonne le transfert de Pierre Boulle, Eugène Robert et William Labussière dans la prison de Xieng Khouang (Laos), par crainte d’un débarquement américain ou britannique en Cochinchine. Chargé du transfert, le commissaire Tastagnière se voit confier la composition de l’escorte et le voyage en chemin de fer.
Le 28 novembre, l’inspecteur de la Sûreté Bréat, adjoint de Tastagnière, vient prendre les détenus, avec les gendarmes Massac et Moustier, et les conduit en train jusqu’à Hué, où ils sont pris en charge par l’inspecteur Vanderbrouck, venu d’Hanoï, qui ignore tout du complot.
Suite aux bombardements alliés, la voie est endommagée, et les voyageurs doivent effectuer plusieurs transbordements avant Vinh, où ils arrivent le 30 novembre, en fin de matinée. Là, reçus par un inspecteur de la garde indochinoise, ils apprennent que des pluies torrentielles ont ravagé la route et que 17 ponts ont été détruits. L’ingénieur des travaux publics chargé des réparations appartient à l’équipe Mingant-Lan et fait son possible pour empêcher l’arrivée des prisonniers à leur prison. Logés par le résident dans un hôtel de Cua Lo, une station balnéaire à une vingtaine de kilomètres de Vinh, ceux-ci commencent à s’impatienter et écrivent aux instigateurs du projet d’évasion.
Quand il apprend leur situation, qu’il croyait réglée depuis longtemps, André Lan se rend avec deux amis, Dassier et Tisserand, en auto à Vinh où il organise la fuite des prisonniers. Profitant du sommeil de l’inspecteur Vanderbrouck, Labussière et Robert embarquent avec les gendarmes à bord de la 11 Citroën de Dassier, Boulle et Tisserand dans le cabriolet de Lan.
Après le passage de plusieurs bacs, sous le contrôle de postes de la Garde indochinoise, qui se contentent de relever les numéros des plaques d’immatriculation (faux), les deux véhicules parviennent vers huit heures du matin à Hanoï, où les fugitifs sont cachés, avant que l’alerte ne soit donnée. Pendant ce temps, les deux gendarmes de l’escorte se présentent à l’état-major pour rendre compte de l’évasion des « prisonniers gaullistes ». Félicités par le lieutenant-colonel Cavalin, ils ne se voient pas moins infliger une peine de soixante jours d’arrêt, « pour la vraisemblance ».
Le 4 décembre, Labussière et Robert parviennent à échapper de justesse à six inspecteurs de la Sûreté, qui avaient trouvé la maison où ils étaient cachés, et trouvent refuge dans les locaux du BSM, auprès du capitaine Levain. Ils apprendront plus tard qu’en fait, ces inspecteurs avaient été envoyés, à la suite d’une dénonciation, par le chef de la Sûreté, Arnoux, qui se proposait de les faire passer lui-même en Chine pour donner des gages de résistance.
L’arrivée clandestine du commandant de Langlade, délégué pour l’Extrême-Orient du GPRF permet de débloquer la situation. Apprenant sa présence au BSM, Mingant l’informe de la présence de Pierre Boulle, qui avait été son adjoint en Malaisie en 1940-1941, et des autres fugitifs à Hanoï.
Pierre Boulle quitte Hanoï pour le Laos à bord d’un avion ambulance. Puis un avion anglais le dirige le 8 décembre vers Kunming, d’où il rejoint Calcutta, siège du quartier général de la France libre. Quant à ses compagnons, conduits sur le terrain de Xieng Khouang, ils s’envolent le 13 décembre à bord d’un Dakota et atterrissent à Yunnan Fou. Le lendemain, ils repartent eux aussi vers Calcutta.
Labussière est affecté à la mission française en Chine. De son côté, Robert quitte l’Inde le 5 janvier 1945 pour Londres puis, de là, Paris, où il arrive le 21. Il devient membre de l’Assemblée consultative comme représentant de la résistance en Indochine.

Pierre Boulle

Ingénieur dans une plantation de Malaisie mobilisé en Indochine en 1939, Pierre Boulle rejoint Singapour après la guerre franco-thaïlandaise, où il se lie avec François de Langlade, un planteur, avec lequel il s’engage dans la France libre.
Devant l’avancée japonaise, Boulle quitte Singapour le 30 janvier 1942 et passe en Inde, d’où il rallie Kunming, le centre interallié de commandement militaire pour le Sud-est asiatique pendant la seconde Guerre mondiale. Dans cette ville, les ressortissants français, assez nombreux, sont divisés entre pétainistes, autour du consul, et gaullistes, autour du professeur Reclus, de l’école française.
En avril 1942, de Langlade met en place la Mission indochinoise, camouflée en mission du Colonial Office, à partir du centre de douane de Mong Tseu, avec Boulle comme adjoint. Boulle se présente sous le nom de « Rule », de Langlade sous celui de « Long », sujets britanniques et conseillers techniques du gouvernement chinois. Installée au poste de Pin Kou Yin puis à Muong La, la mission tente à plusieurs reprises d’établir des contacts avec l’Indochine, sans résultat. Aussi est-il décidé, en juillet, d’envoyer une mission sur place, afin de vérifier les possibilités locales. De Langlade ne pouvant la mener lui-même, ayant été convoqué par le comité de Londres afin de prendre en charge la délégation de la France libre dans le Sud-est asiatique, Boulle propose de prendre sa place.
Après avoir traversé la jungle à pied avec des guides et des porteurs de l’ethnie Houni, qui vit de la contrebande, il descend de nuit, à bord d’un radeau de son invention, la Nam Na, affluent de la Rivière Noire (Song Da). Toutefois, à l’aube de la quatrième nuit, il est arrêté à quinze kilomètres de Laï Chau par des villageois. Boulle se fait passer pour un prospecteur d’une grande compagnie désireux, mission terminée, de rejoindre Hanoï en radeau pour l’aventure. Le lieutenant de la garde indochinoise se laisse duper, et Boulle peut attendre, à Laï Chau, Fourmachat, le commandant militaire du 4e territoire militaire, alors en tournée, qui passe pour hostile aux Japonais. Quand celui-ci est de retour, huit jours plus tard, Boulle lui révèle sa véritable identité, mais l’officier s’avère un vichyste et le fait arrêter, avant de le convoyer à Hanoï, où il est interné à la maison centrale.
L’amiral Decoux ayant rédigé peu après sa capture une note manuscrite datée du 5 août 1941 et visant à « découvrir l’organisation gaulliste en Indochine », il est interrogé sans relâche pendant quinze jours et quinze nuits, pour découvrir de supposés « complices », sans succès.
Traduit devant la cour martiale de Hanoï, présidé par le colonel d’Assy, en octobre 1942, Boulle se voit accusé de « s’être engagé dans une armée étrangère » et d’« avoir pénétré clandestinement en Indochine ». Passible de la peine de mort, il est finalement condamné aux « travaux forcés à perpétuité ».
Reconduit à la maison centrale, il échappe au supplice de la « barre d’Indochine », au contraire de Robert et de Labussière, mais se voit infliger plusieurs semaines d’isolement au cachot.
A la fin de mars 1943, profitant de l’évolution des esprits à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, Boulle adresse à l’amiral Decoux une lettre dans laquelle il réclame la « libération immédiate » des prisonniers gaullistes et leur acheminement vers la frontière chinoise, en le mettant en garde sur les conséquences de son attitude.
Déplacé avec les autres gaullistes à Saïgon, par peur d’une évasion, il s’évade avec ses camarades, avec l’aide du réseau Mingant-Lan, lors de son transfert vers le Laos, décidé par Decoux à la fin de 1944.

Charles Longelin

Engagé « à titre spécial de l’Indochine » dans l’espoir de profiter d’une escale pour rallier les FFL, Longelin embarque le 1er avril 1941 à bord d’un paquebot pour un voyage de trois mois. Le 29 mai, son paquebot croise, dans le détroit de la Sonde, la route d’un aviso néerlandais, le Sirius. Profitant de l’occasion pour sauter à la mer avec un radeau de sa fabrication, il est repêché par le Sirius. Mais le gouvernement des Pays-Bas a des accords avec « le gouvernement légal de la France siégeant à Vichy », suivant lesquels les « déserteurs » gaullistes doivent être embarqués sur le premier navire à destination de l’Indochine. Aussi, quand l’aviso batave croise, un mois plus tard, le paquebot Compiègne, Longelin lui est-il remis par les autorités du bord, avec d’autres candidats au ralliement.
Jeté aux fers à fond de cale et débarqué à Saïgon, Longelin est traduit le 6 février 1942 devant la cour martiale, présidée par le colonel Grelot, qui le condamne à cinq ans de travaux forcés, à la dégradation militaire, à la confiscation de ses biens et autres peines annexes pour « tentative d’engagement dans une armée étrangère en temps de guerre et sans autorisation du gouvernement ».
Enfermé à la prison centrale de Saïgon, Longelin est affecté par le directeur – un ancien policier – à des « tâches administratives » (la bibliothèque, puis les divers « états » de la prison), grâce à son passage dans la police de Toulon entre son évasion des camps de prisonniers allemands et son embarquement pour l’Indochine. Chargé ainsi de l’établissement des tours de garde, il manipule les registres de manière à préserver autant que possible les prisonniers gaullistes de la proximité des gardes les plus zélés.
Comme les autres gaullistes, il est libéré le 21 novembre 1944, deux mois après le ralliement des autorités civiles et militaires d’Indochine au GPRF. Après sa libération, le commandant Graille, du BSM, le fait nommer au service cartographique de l’état-major. Il n’en est pas moins accusé, une semaine avant le coup de force japonais du 9 mars 1945, d’« activités subversives anti-vichystes » et convoqué à la Sûreté, où on l’interroge.
Le 9 mars, il est capturé dans la cour de justice de Saïgon, où il se cachait, et interrogé par les Japonais, qui le tabassent, après la découverte d’un poste-radio. Puis, conduit dans les locaux de la Kempetaï – souvent qualifiée par les résistants de « Gestapo Jap » -, où sont entassés de nombreux prisonniers et où l’interrogatoire reprend. Après des questions sur son identité, il doit répondre sur les motifs de sa venue en Indochine, alors qu’il n’était pas un militaire des troupes coloniales en 1940, sur ses « activités gaullistes » signalées dans les documents officiels français saisis lors du coup de force, sur ses fréquentations. Quatre jours durant, malgré les coups, il persiste dans ses déclarations : il n’est qu’un simple soldat comme d’autres, qui ne sait rien de ce dont on lui parle.
A la fin, Longelin est embarqué dans un camion qui le dépose au camp Virgile de Saïgon, où il est interné jusqu’à la capitulation japonaise et retrouve plusieurs camarades de la maison centrale.
Blessé lors des combats qui opposent, à Saïgon, les Français au Viet Minh, à la fin de septembre 1945, et soigné à l’hôpital Grall, il est rapatrié en France à bord du cuirassé Richelieu.

William Labussière

Pilote engagé successivement aux côtés de l’armée républicaine espagnole contre les troupes franquistes (1936-1937) puis de l’armée chinoise contre le Japon au sein du 14th Foreign Squadron du colonel Chennault (1937-1939), William Labussière (1912-1992) rejoint l’Indochine en 1939, quand la France entre en guerre. Affecté à l’escadrille 2/595 « Panthère Noire », il sert à la frontière du Tonkin après les accords de défense commune de l’Indochine franco-japonais.
Toutefois, devant la collaboration de ses chefs avec les Japonais, il décide de rallier la Chine pour s’engager dans les FFL, avec des documents décrivant l’implantation des Japonais au Tonkin. Afin de ne pas trahir l’engagement signé par l’ensemble des pilotes à la demande du colonel Tavera de ne pas « déserter » par voie aérienne, il prend le parti de passer par la mer à bord d’une jonque, par l’intermédiaire de Greiveldinger, qui organise un embarquement sur une plage du golfe du Tonkin, à Doson, à la date du 6 août 1941.
Toutefois, à la suite de contretemps et de mouchardages, il est capturé, au moment d’embarquer, et aussitôt incarcéré. Déféré devant la cour martiale de Hanoï, présidée par le colonel Maso, le 6 septembre, il est condamné à 5 ans de travaux forcés et à la confiscation de ses biens présents et à venir, même si le président estime qu’il pourrait bénéficier d’une grâce « à la fin des hostilités » en raison de ses « services exceptionnels dans l’aviation d’Indochine ».
Ayant tenté, à son retour à la prison militaire, de s’évader en creusant un trou dans le mur sous le bat-flanc avec sa cuillère, il est transféré à la maison centrale, où on l’enferme dans une cellule réservée aux « durs ».
Avec Camille Huchet, importateur-exportateur chef de l’un des premiers réseaux de résistance d’Indochine (5), il est, de tous les prisonniers gaullistes, celui qui aura fait le plus de cachot et de fers. Après 30 jours de cachot préliminaires, il est enfermé dans le couloir réservé aux « hautes trahisons », où il rencontre notamment Eugène Robert, Pierre Boulle et Georges Béchamp.
Evacué avec les autres gaullistes vers la maison centrale de Saïgon en 1943, il y est mis 60 jours au cachot, au pain sec de maïs et à l’eau, et les chevilles attachées à la « barre d’Indochine », pour complicité dans la tentative d’évasion d’Eugène Robert.
Evadé avec Boulle et Robert lors du transfert vers Xieng Khouang, à la fin de 1944, il est affecté à la mission française en Chine sous le nom de capitaine Willy Martin.

Georges Béchamp

Docteur en médecine et consul de France à Tchang-Tcheou (Chine) avant-guerre, Georges Béchamp rallie la France libre dès juin 1940. De passage à Hong Kong lors de l’attaque japonaise de décembre 1941, il est embarqué de force, avec l’ensemble de la communauté française de la concession, sur un paquebot nippon à destination de l’Indochine en février 1942.
Lors d’une escale à Kouang-Tchéou-Wan, territoire français sur la côte chinoise occupé par les Japonais, il espère profiter de l’occasion pour rallier Tchong-King, siège du gouvernement chinois. Mais une vedette française accoste la coupée du navire et l’embarque à son bord. Emprisonné à la maison centrale de Hanoï, en dépit de ses 55 ans et de sa santé précaire, il est condamné par la cour martiale à 15 ans de travaux forcés et aux peines annexes.
Son état ayant empiré en prison, il est brièvement admis à l’hôpital Lanessan, avant d’être ramené en cellule, où il demeure la plupart du temps étendu, étant atteint de déformations de la colonne vertébrale, et souffrant de l’estomac et des intestins. Quand l’amiral Decoux finit par accepter de le faire hospitaliser, la crainte d’une évasion conduit ses geôliers à le transférer vers Saïgon, malgré son état grabataire, et il est enfermé dans les locaux disciplinaires de l’hôpital.
Le 20 juillet 1944, il meurt dans l’isolement. Son corps est mis en bière en présence de Me Jacquemard, son avocat, et de deux relations de Chine, dont le général Sabattier. A sa famille, les autorités prétendent qu’il a été victime des Japonais.

Raymond Rudoni

En août 1940, Rudoni sert en Côte d’Ivoire à bord du Sainte-Louise, prise de guerre que le gouvernement veut rendre à l’Allemagne. A la suite d’un mouvement au sein de l’équipage, accusé d’être le meneur, il est traduit devant un tribunal maritime qui l’acquitte avec les félicitations du jury. Ramené en France avec l’interdiction d’embarquer en application d’un décret de Vichy, il est arrêté à son passage à Casablanca pour « propagande gaulliste » et interné un mois, avant d’être rapatrié. En France, il parvient à se faire embarquer, grâce à de faux papiers, comme garçon de restaurant à bord du Cap Vallera, en partance pour l’Indochine. Alertée de la manœuvre, la gendarmerie maritime l’enferme à la prison maritime, lors de l’escale à Madagascar, mais le commandant Mauros réussit à le récupérer.
Dans le détroit de la Sonde, le bateau est arraisonné par un aviso néerlandais, et Rudoni croit pouvoir en profiter pour « rejoindre de Gaulle », mais les Bataves rejettent sa demande, et il finit par débarquer à Saïgon, où il est arrêté, huit jours après, le 2 avril 1942. Emmené au commissariat spécial de Khanh Hoï, port de Saïgon, il se voit notifier, huit jours plus tard, un arrêté du gouverneur ordonnant son transfert au camp d’internement administratif de Long Xuyen, en Cochinchine.
A cette époque, les autorités vichystes négocient avec les Japonais en vue de mettre à disposition de leur Marine les long-courriers français et leurs équipages. Quand la décision est officialisée, le 11 avril 1942, elle provoque des mouvements de refus sur les navires. C’est donc à titre de précaution que Rudoni se voit infliger cet internement administratif.
Dans un premier temps, le chef de province Delpy, qui dirige le camp, le fait enfermer dans le bungalow prévu pour les voyageurs européens, sous prétexte de travaux, mais il doit bientôt le transférer au « blockhaus », les autorités jugeant sa décision imprudente. Devenu le « numéro 4 », il fait la connaissance d’autres internés administratifs : les époux Bouvier, M. Metter, professeur au lycée Chasseloup-Laubat de Saïgon, et l’aviateur Dauphin.
Nommé par le gouverneur de Cochinchine en remplacement de Delpy, Gamion réquisitionne la prison civile de Long Xuyen, où il fait enfermer les gaullistes, jugeant le « blockhaus » trop « confortable pour des traîtres ». Devant la dureté du régime qui leur y est infligé, Rudoni fait en janvier 1943 une grève de la faim, avec plusieurs camarades, afin de protester contre une mesure en infraction avec l’arrêté ordonnant leur « internement » – et non leur « emprisonnement » – et réclamer la réintégration au camp d’internement. Gamion finit par céder, mais décide d’adjoindre à ce retour une humiliation supplémentaire : les détenus gaullistes sont reconduits vers le camp, vêtus de shorts en loques, pieds et torse nus – ce qui suscite des manifestations de colère dans la foule qui assiste à ce spectacle.
En juin 1943, Rudoni est libéré, mais soumis à résidence surveillée à Chaudoc, village annamite sur un bras du Mékong, à la frontière du Cambodge où il est le seul Français. Durant son internement à Long Xuyen, il est entré en contact avec le capitaine Jean d’Hers, officier de gendarmerie, chef de la résistance de l’ouest cochinchinois, qui l’a inscrit sur la listes des volontaires prêts à combattre les Japonais « en cas de coup dur ».
Libéré définitivement en octobre 1944, lors de la mise en place progressive de la « Résistance officielle », il rejoint, le 9 mars 1945, la brigade de gendarmes du capitaine d’Hers (tué le 18 mars dans une embuscade), où il prend en charge une barge, à la tête de marins de la Royale.
La tentative tournant court après neuf jours de guérilla dans la rizière du delta du Mékong, il parvient à échapper aux Japonais en traversant le fleuve avec l’aide d’un tronc de bananier. Capturé plus tard, il parvient à se faire passer pour un civil et peut rejoindre Saïgon.

La répression japonaise

Le 9 mars 1945, les troupes japonaises prennent le contrôle direct de l’Indochine par un coup de force. Face aux 60 000 Japonais bien armés et aguerris, renforcés par 35 000 hommes stationnés aux frontières, les troupes françaises ne peuvent opposer que 18 000 militaires français et 42 000 Indochinois sous-équipés et dotés d’armes anciennes.bastonnade-kempetai
Le général Sabattier et le général Alessandri réussissent à passer en Chine, après avoir tenté de constituer un réduit autour de Phong Saly, au nord du Laos, avec 5 692 hommes, dont 2 140 Européens et Africains, et 3 223 Indochinois, au terme d’une longue marche de 1 000 kilomètres à travers la jungle (6).
A l’issue des combats du 9 mars, les Japonais procèdent souvent au massacre des prisonniers, surtout au Tonkin, exterminant les garnisons de certains postes. Au total, les pertes s’élèvent, côté français, à 2 119 hommes torture-eau-kempetai(7), le plus souvent massacrés ou décapités.
Après les premiers jours, près de 37 000 Français sont faits prisonniers, 22 000 civils placés en résidence surveillée dans des immeubles ou des quartiers de Hanoï, Haïphong, Nam Dinh, Vinh, Hué, Nha Trang, Dalat, Saïgon et Phnom Penh, 7 000 militaires et 2 000 civils (policiers, fonctionnaires, etc.) internés dans des camps disciplinaires, enfin, 5 000 militaires et 900 civils déportés en raison de leur résistance au coup de force.
A partir du prisonniers-kempetai21 juin, les Japonais créent des « camps de la mort » accueillant des prisonniers tirés des camps disciplinaires, dans le but d’obtenir leur élimination physique par malnutrition, le manque de soins, des travaux pénibles et des sévices. Il s’agit du camp de Pakson, bâti près d’un village laotien, au centre de l’Indochine, qui reçoit 680 civils et militaires jugés hostiles au Japon (dont seuls 300 survivront), et des camps de travaux forcés répartis le long de la route en construction de Hoa Binh, au Tonkin, où, en 55 jours (21 juin-15 août), 98 personnes trouvent la mort, sur 1 800 détenus.
Par ailleurs, l’occupant reprend alors à son compte la répression de la Résistance en Indochine. Récupérant les listes de suspects de gaullisme découvertes dans les dossiers de la Sûreté, la Kempetaï capture plusieurs responsables de la Résistance et du renseignement civil et militaire – les mesures d’éloignement prises par les autorités vichystes à l’encontre de résistants gaullistes permettent cependant à certains de lui échapper, comme le capitaine Mingant.
Parmi ceux qui tombent aux mains des Japonais figure le chef de bataillon Bjerring, chef d’un réseau arrêté à son domicile le 1er avril et détenu dans un cachot de la Sûreté. Soumis à la torture, il contracte bientôt la dysenterie et doit être transféré le 15 mai à la prison de l’hôpital Lanessan, où il meurt onze jours plus tard.
Après la guerre, les membres de la Kempetaï d’Indochine comparaissent devant le tribunal militaire international siégeant à Saïgon, sous l’accusation de crimes de guerre. Le 13 février 1947, treize officiers et sous-officiers sont condamnés à mort, 27 sous-officiers et soldats à la réclusion à perpétuité.
Sylvain Cornil-Frerrot

Sources

René Poujade, Cours martiales en Indochine, 1940-1945 : les évasions de résistants dans l’Indochine occupée par les Japonais, La Bruyère, 1997, 252 pages.
René Poujade, L’Indochine dans la sphère de coprospérité japonaise de 1940 à 1945 : témoignages et documents, L’Harmattan, 2007, 228 pages.
Pierre Boulle, Aux sources de la rivière Kwaï, René Julliard, 1966 (Romans héroïques, Omnibus, 1999)
« Les camps japonais en Indochine pendant la Seconde Guerre mondiale », dossier réalisée par Pierre Jautée, Mémoire vivante, bulletin trimestriel de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, n° 52, avril 2007, p. 1-9 (disponible en ligne sur le site de la FMD)
(1) Ainsi, une circulaire du 6 novembre 1940, prenant effet le 20 décembre suivant, instaure en Indochine le statut des Juifs, décidé par Vichy le 3 octobre 1940.
(2) Pour plus d’éléments sur la Résistance française en Indochine, se reporter à René J. Poujade, « La France libre en guerre contre le Japon en Indochine 1940-1945 », Fondation de la France Libre, n° 36, p. 19-20, et n° 37, p. 17-18.
(3) L’épouse de Louis Bonvin est, quant à elle, condamnée par le tribunal militaire de Saïgon aux travaux forcés à perpétuité. Voir Jean-Claude Degras, Félix Eboué, Le Manuscrit, 2004, p. 202, note 194.
(4) Evaluation établie en 1985 par Claude Hesse d’Alzon, cité par Michel Huguier dans De Gaulle, Roosevelt et l’Indochine de 1940 à 1945, L’Harmattan, 2010, p. 23.
(5) Il fit 60 jours de cachot, dont la moitié pour une prétendue tentative d’évasion de la maison centrale, à la suite d’une dénonciation de son « boy ». Libéré à la fin de 1944, il fut capturé par les Japonais en mars 1945 pour un dépôt d’armes camouflé derrière un doublage et torturé par la Kempetaï.
(6) Evaluation établie par le général Sabattier à la date du 24 mai 1945. Ces hommes seront maintenus en Chine par les Chinois et les Américains jusqu’en février 1946. Voir Gérard Gilles Epain, Indochine, une histoire coloniale oubliée, L’Harmattan, 2007, p. 203.
(7) 119 officiers, 598 sous-officiers et 1 322 hommes de troupe, selon la statistique établie par l’état-major du corps expéditionnaire en 1947. Voir Philippe Grandjean, L’Indochine face au Japon (1940-1945), L’Harmattan, 2004, p. 191-192.