Les comités de la France Libre à l'étranger

Leur rĂ´le - leur action

par Jean Hauser

 

Les Français à l'étranger avaient suivi avec angoisse et stupéfaction le déroulement des événements de 1940. Loin de la France et mal informés, ils avaient eu un sursaut d'espérance en voyant arriver aux postes de commandement ceux qui les avaient commandés dans la Grande Guerre. Leur bouleversement fut d'autant plus grand lorsqu'ils apprirent que Bordeaux avait demandé l'armistice. Aussi dès l'appel du 18-Juin, la plupart se rassemblèrent en comités de Gaulle et firent connaître leur adhésion à Londres.

Ils le firent avec d'autant plus d'empressement que le 19 juin au lendemain de son appel, le général de Gaulle avait adressé à toutes les communautés françaises à l'étranger le télégramme suivant :

« Je vous invite à désigner un représentant qui sera directement en rapport avec moi. Télégraphiez-moi nom et qualités de ce représentant. Sympathies. »

Ils comprirent vite que, dans ces circonstances exceptionnelles, ils avaient un rĂ´le Ă  remplir, un devoir Ă  accomplir.

En effet, du fait de l'armistice, la France allait se trouver isolée, coupée du reste du monde.

En acceptant les conditions dictées par Hitler, le gouvernement de Bordeaux s'était placé dans une position telle que, dépourvu de toute liberté d'action, instrument de la volonté du Reich, il ne pouvait plus défendre les intérêts de la France. Et il était évident quelle que puisse être l'issue de la guerre, que la France était condamnée à n'apparaître désormais que comme un pays vaincu, vaincu par Hitler en cas de victoire nazie, vaincu avec lui, en cas de victoire alliée.

Au contact de l'opinion publique des pays où ils résidaient, les Français de l'étranger se rendirent compte qu'aux yeux de ses amis les plus fidèles, la France, au travers de son gouvernement, apparaissait avoir renié l'idéal qui, dans le passé, avait fait son renom.

Il fallait donc réagir : la France Libre devait faire entendre sa voix, affirmer sa présence et la permanence du génie français. Mais, comme les diplomates étaient peu nombreux à rallier Londres, ce furent des hommes, commerçants ou techniciens pour la plupart qui, en quelques jours, et sans préparation aucune, se substituèrent à eux et assumèrent de lourdes responsabilités.

Ils étaient animés par l'amour de la Patrie. Conscients des dangers qu'elle courait, ils sacrifièrent leurs intérêts personnels pour agir au sein de ces comités de la France Libre qui « resteront dans l'Histoire une des plus originales et des plus fécondes créations de l'élan donné par l'appel du 18 juin ».

Ces comités se proposaient de maintenir le vrai visage de la France et de faire connaître - en attendant que la résistance intérieure prit corps - comment partout dans le monde, des Français Libres se levaient pour rester fidèles à l'idéal séculaire de la France. Ils devaient, en outre, recevoir les engagements des volontaires, recueillir des fonds pour les acheminer vers Londres, alimenter le fonds d'action du général de Gaulle, soutenir les oeuvres d'assistance et les familles des volontaires, subvenir aux dépenses de propagande et maintenir les activités culturelles.

Tous ces objectifs furent atteints.

Et en particulier, grâce à un effort de propagande intense mené par les bulletins périodiques, les publications, les émissions de radio, les comités centraux de la France Libre secondés par leurs comités locaux, démontrèrent dans le monde entier que, lorsqu'elle avait la possibilité de s'exprimer librement, l'opinion française rejetait Vichy, et répondait à l'appel du général de Gaulle.

Ainsi l'opinion publique étrangère se modifia à l'égard de notre pays : méprisant Vichy, elle comprenait que le peuple de France ne pouvait être tenu responsable des actes d'un gouvernement qui lui était imposé ; approuvant l'action du général de Gaulle, elle reconnaissait en lui celui qui avait sauvé l'honneur de la France en la maintenant dans la guerre.

Tout cela n'alla pas sans entraîner de vives réactions de Vichy, et même de la part de l'ennemi qui protesta en novembre 1940 à la Commission d'armistice de Wiesbaden, contre les activités de comités en Amérique.

Cependant, bien souvent, les comités de la France Libre, assumèrent des activités relevant plus de diplomates de carrière que de volontaires. Le président du Comité France Libre a été à l'origine - et est parfois resté - le représentant du général de Gaulle. De ce fait, il fut souvent appelé à jouer auprès des pouvoirs publics de sa résidence, un rôle autrefois réservé aux diplomates et aux consuls pour la préservation des intérêts nationaux.

Ce n'est qu'en 1942 que le Comité national français fut en mesure d'organiser sa représentation diplomatique en ouvrant des délégations dans de nombreux pays. Il limita en même temps les attributions des comités qui poursuivirent leur action restreinte jusqu'à la réorganisation complète des services d'information après la libération de la France.

Ces comités - selon les paroles de Georges Bernanos - ont été durant la guerre « le foyer, la flamme, la ferveur de l'opinion française proprement dite et aussi des amitiés françaises dans le monde. »

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Au J.O. de la France Combattante du 28 août 1942, le Comité national français fit paraître la liste des comités de la France Libre à l'étranger (Décret n° 349).

Leurs attributions avaient été fixées antérieurement par décret paru au J.O. de la France Libre du 12 mai 1942.

Dans cette liste ne figurent pas les anciens comités d'Extrême-Orient créés dès juin 1940, mais qui, du fait de l'avance japonaise, avaient disparu lors de l'établissement du décret.

(Le numéro du J.O. de la F.C. porte « deuxième année » bien que la dénomination de F.C. soit récente, c'est parce que la France Combattante est bien la continuation de la France Libre).

 

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 156 bis, juin 1965.