Dans un oflag…, par René Wormser

En captivité dans les casernes allemandes de Mayence-Citadelle depuis le 3 juillet 1940, parmi plus de 1.000 officiers prisonniers français, belges et polonais, nous étions tous accablés par l'ampleur de notre défaite, mais quelques-uns seulement d'entre nous déploraient, la rage au coeur, qu'un Clemenceau n'ait pas présidé aux destinées de notre pays en juin 1940 ; trop nombreux parmi nos camarades étaient ceux qui se résignaient à ce qu'ils croyaient inéluctable et définitif et se laissaient endormir par la propagande ennemie.

Mais un jour de juillet, j'éprouvai un réconfort immense et une joie profonde à la lecture de la Frankfurter Zeitung : «Un certain général de Gaulle, à la suite d'un appel lancé par radio avait parlé au nom de la France bâillonnée ; seule une bataille était perdue, mais la guerre n'était pas terminée... »

Malgré les commentaires ironiques dont le journal germanique faisait suivre cette nouvelle réconfortante et peut-être même à cause d'eux, l'appel du général de Gaulle fut pour moi l'aube d'une grande espérance et le moteur de mes projets d'évasion.


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 156 bis, juin 1965.