L'armée française dans le débarquement de Provence, par le général Saint-Hillier - Toulon

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L'armée française dans le débarquement de Provence, par le général Saint-Hillier
Toulon
Marseille

La conquête de Toulon

L'encerclement

Dès le 19 au soir, la DFL prend le contact avec l'ennemi dont les points d'appui sont protégés par de larges champs de mines et des réseaux de fils de fer barbelé. Les Allemands réagissent vigoureusement par des tirs d'armes automatiques et d'artillerie.

Pendant ce temps, le 3e régiment de Spahis algériens du colonel Bonjour, régiment de reconnaissance de la 3e DIA s'enfonce profondément dans le massif montagneux qui domine Toulon au nord. Après avoir parcouru dans des conditions difficiles 80 kilomètres, il se heurte à un bouchon ennemi au carrefour du lieu-dit Le Camp, à 30 kilomètres au nord-ouest de Toulon.

La 1re DFL a ses trois groupements tactiques en ligne : la 2e brigade du colonel Garbay forme le Regimental Combat Team (RCT) n° 2, la 4e brigade du colonel Raynal le RCT3, la 1re brigade du colonel Delange le RCT1.

L'attaque démarre le 20 août au petit jour, après une violente préparation d'artillerie. Elle est couverte sur sa droite par le groupement Magnan dont l'engagement progressif lui donne une bonne protection et va l'aider à entamer la première ligne de défense ennemie. Ce groupement progresse jusqu'à Solliès, mais les contre-attaques allemandes l'empêchent d'aller plus avant.

La journée est rude pour le RCT2, mais ses Africains conquièrent leurs objectifs malgré une forte résistance ennemie et les gardent en dépit de violentes contre-attaques. Le BM.5 du commandant Bertrand enlève le mont Redon après un corps à corps acharné et s'y maintient sous un déluge d'obus, le BM.11 du commandant Langlois s'empare du massif des Pousselons, à son extrémité sud les casemates bétonnées de la côte 101 résistent jusqu'au soir.

Au sud, le RCT3 franchit le Gapeau grâce au travail du bataillon du génie du commandant Tissier, il aborde le massif des Maurettes et en est rejeté vers midi, une nouvelle attaque échoue bien qu'appuyée par les quatre groupes du 1er Régiment d'Artillerie du colonel Bert, tous ceux de l'armée B du général Navereau et même les canons de huit croiseurs de la flotte. Plus au sud, le BM.21 du commandant Fournier s'infiltre jusqu'aux casernes Lazarines d'Hyères qu'il enlève par surprise.

La 1re DFL a donc enfoncé une grande partie de la première ceinture de défense. L'artillerie a joué un rôle important tout autant que l'audace de nos Africains. Malheureusement, l'armée B est obligée de réduire la consommation en munitions : la logistique ne suit pas.

De leur côté, les Spahis de la 3e DIA prennent le camp de Curges après de brefs combats : certaines unités allemandes se défendent jusqu'au bout, d'autres se rendent à la première sommation. Pendant ce temps, le 3e régiment de tirailleurs algériens du colonel de Linarès, guidé par les moines de Montrieux, traverse un massif montagneux sur des pistes réputées impraticables et arrivent aux portes de Toulon sans recevoir un coup de feu : le Revest est atteint. Ces mouvements montrent la faiblesse du dispositif ennemi dans la région et permettent au général de Monsabert d'envisager une action sur Marseille.

Le soir du 20 août, le général de Lattre déclare que «la place est dans la nasse .»

Le lendemain 21 août, le groupement Magnan s'empare de Solliès et un de ses détachements blindés est même arrivé jusqu'à La Valette, où il restera encerclé durant quarante-huit heures. Les commandos d'Afrique abordent le fort du Coudon, qui culmine à 702 mètres, défendu par 150 marins de la Kriegsmarine ; ils en viennent à bout après un sauvage corps-à-corps mené jusque dans les souterrains. Lorsque les six derniers survivants se rendent, leur chef fait déclencher un violent bombardement sur le fort, frappant indistinctement Français et Allemands.

La journée est tout aussi âpre et coûteuse pour la 1re DFL. Au nord, le 22e Bataillon de Marche Nord-Africain (BMNA) du commandant Lequesne, appartenant au RCT1 s'empare, près du village de La Farlède, de la forme fortifiée de Beaulieu qui cède après trois assauts consécutifs, puis il se joint au BM.11 pour conquérir La Crau. Les ouvrages bétonnés de la côte 101 et de La Crau, bouleversés par les tirs d'artillerie, sont enlevés à la troisième tentative.

Le RCT3 nettoie le massif des Maurettes (BM.4 du commandant Buttin), le Bataillon d'Infanterie de Marine et du Pacifique du commandant Magendie s'empare des crêtes qui surplombent le Golf Hotel. De ce réduit partent des tirs impressionnants qui interdisent toute approche à moins de 400 mètres. Le gratte-ciel de béton, formidable forteresse, dont les caves à elle seules abritent deux compagnies en plus des défenseurs du niveau du sol, est transformé en passoire par le tir des canons du 80 RCA du colonel Simon, de nos canons et de ceux de la flotte. À 18 h 30, après un assaut qui échoue dans l'épaisse ceinture de barbelés, le Golf Hotel reçoit trois «marteaux» de 1000 obus, puis, aveuglé par des obus fumigènes, il est enlevé à la grenade et à la mi-traillette : 200 Allemands sont tués et 160 faits prisonniers, tous blessés, le squelette décharné du Golf Hotel domine le paysage après avoir encaissé plus de 6 000 obus. La ville d'Hyères est prise conjointement par le BM.24 du commandant Sambron et le BM.21.

Avec l'appui de l'escadre de l'amiral Lemonnier et celui des bombardiers du général Bouscat, les batteries de Porquerolles et le centre de résistance du Mont des Oiseaux sont enlevés par le 1er Bataillon de Légion Étrangère du commandant de Sairigné.

Le 3e Spahis de la 3e DIA atteint le 22 août le rivage de la Méditerranée à Bandol et Sanary, mais les tirailleurs de Linarès se heurtent au centre de résistance de la Poudrière, qui résistera jusqu'au soir, laissant alors entre leurs mains 160 prisonniers dont 50 blessés graves gisant au milieu de 200 Allemands tués.

Au petit jour, la DFL précédée de ses éléments blindés (80 RCA et 1er Régiment de Fusiliers-Marins du capitaine de corvette de Morsier) progresse vers Toulon. Carqueiranne est rapidement dépassé et dès 9 heures le contact est pris avec la deuxième ligne fortifiée. Vers Les Paluds, deux batteries allemandes sont détruites au canon par les tank-destroyers du 80 RCA, et le RCT2 enlève dans l'après-midi au milieu des pins en flammes l'éperon avancé du Touar qu'il conserve malgré une furieuse contre-attaque arrêtée in extremis par les chars légers du 1er RFM. Le RCT3 se heurte alors aux points d'appui de La Garde et du Pradet qui changent par deux fois de mains. Il faudra un ultime assaut mené de nuit par le BIMP pour conquérir La Garde. Heureusement la marine a muselé l'artillerie des forts de Carqueiranne et de Sainte-Marguerite.

Précédant le groupement Magnan, le bataillon de choc pousse jusqu'au Faron qui est vide et de là au fort de la Croix du Faron qui se rend à la tombée de la nuit.

Le démantèlement

La 1re DFL et la 9e DIC se trouvent le 23 août devant la ligne d'arrêt, au contact d'un ennemi décidé et solidement retranché dans des organisations bétonnées ou enterrées préparées de longue date.

Le sous-groupement Salan s'empare après de durs combats de La Valette (II/6e RTS du commandant Gauvin) et le soir venu commence à s'infiltrer dans Toulon.

Les BM.4 et BM.5 de la DFL, précédés d'un barrage d'artillerie, partent à l'assaut du massif du Touar dont les ouvrages doivent être réduits un à un; ils subissent le tir à bout portant de canons sous tourelles. La progression continue dans des forêts en feu où les dépôts d'obus et les mines sautent, les ambulanciers se démènent pour sauver les blessés que l'incendie menace. Ce n'est qu'à 16 heures, après six heures de durs combats, que l'ennemi cède; il fait sauter ses canons après avoir épuisé toutes ses munitions : le massif du Touar est à nous. Les dernières résistances du Mont des Oiseaux et de la presqu'île de Giens capitulent devant la Légion.

Toute la partie est de Toulon est occupée, le commandant Mirkin obtient par un merveilleux coup d'audace la reddition de 800 Allemands retranchés dans le quartier de Saint- Jean-du-Var. Le général de Lattre vient au PC de la division féliciter chaleureusement le général Brosset.

Porquerolles et San Salvador se rendent aux bâtiments de guerre américains. Un groupe FFI, commandé par le lieutenant Vallier, le seul à avoir participé à notre combat, capture 154 Allemands à La Badine.

Les derniers points d'appui de Sainte-Musse et du Cap-Brun, les ouvrages côtiers de Toulon, se rendent le 24 août à la DFL, tandis que le groupement Magnan entre dans Toulon par le nord (RICM - lieutenant-colonel Le Puloch).

La 3e DIA atteint la place de la Liberté au centre de Toulon. Peu après, arrivent quelques volontaires de la DFL et les RCCC de la 9e DIC (régiment colonial de chasseurs de chars du colonel Charles). Mais, auparavant, le général Brosset, tout seul, en Jeep, avait déjà traversé la ville.

La DFL est arrêtée aux portes de Toulon par ordre du général commandant l'armée B, afin de laisser à la 9e DIC du général Magnan le soin de nettoyer la ville; elle y perdit bien du monde. Il comptait donner «en compensation» la ville de Marseille à la 1re DFL, mais il ne pouvait prévoir ni la rapidité avec laquelle les FFI soulevés allaient aspirer la 3e DIA dans Marseille, ni la puissance de la résistance que l'amiral Ruhfus opposerait à Toulon. Le but du général de Lattre est de faire de la cité, conquise de haute lutte, la garnison principale des troupes coloniales; il compte voir, ici, l'armée de terre prendre le pas sur la marine.

Le commissaire à la guerre, M. Diethelm, et le commissaire à la marine, M. Jacquinot, se réservèrent le soin de résoudre ce problème.

La 9e DIC débouche sur le port le 25 août, de furieux combats se déroulent dans la presqu'île du Mourillon et au fort de Malbousquet. Le fort d'Artigues capitule, au cap Sicié le fort de Six-Fours et la batterie du Bregaillon sont pris.

L'escadre française de l'amiral Lemonnier pénètre dans la rade de Toulon, dont les passes viennent d'être déminées. L'amiral Ruhfus capitule le 28 août, après une dernière intervention de l'aviation.