Dominique Ponchardier

Allocution prononcée par le général d'armée Jean Simon, chancelier de l'ordre de la Libération, à l'occasion de ses obsèques, le 19 avril 1986, à Villefranche-sur-Mer


Madame,
Mes Chers Compagnons,

Il m'appartient de rendre un dernier hommage à notre compagnon Dominique Ponchardier et de retracer brièvement devant vous sa carrière haute en couleurs et son exceptionnel caractère.

Pour nous, saluer nos morts n'est pas seulement témoignage de fraternelle estime et d'affection, c'est affirmer aussi qu'à travers les divergences inhérentes à la vie, à travers les options diverses et le temps qui passe, une flamme est entretenue, c'est transmettre par le récit d'une existence, aujourd'hui, celle de notre compagnon Dominique Ponchardier les choix d'un homme et son emprise sur une parcelle de notre histoire.

Nos chemins se sont rarement croisés mais je garde en mémoire sa stature puissante, son solide humour, sa bravoure légendaire. Né le 3 mars 1917 à Saint-Étienne (Loire) dans une famille d'industriels, il termine Maths spé. et fait son service militaire jusqu'à la déclaration de guerre. Blessé lors de la campagne de France le 22 mai 1940, il est soigné dans divers hôpitaux. Dès sa convalescence, il entre dans la Résistance en octobre 1940. Sans communication avec la France Libre, il se lie avec une organisation d'évasion de prisonniers de guerre. Avec sa femme Simone, il opère dans un triangle Dijon, Besançon, Vesoul. Il devient un des pionniers de la diffusion de tracts et de journaux clandestins. Dès cette époque, il collecte renseignements et participe à des sabotages. Traqué à Paris par le PPF, fin décembre 1942 il réussit à s'évader et crée avec son frère un des principaux réseaux de renseignements « Sosies » s'étendant sur la France entière. Il fournit des renseignements hebdomadaires et des documents d'une valeur capitale pour les Alliés.

Parallèlement, il organise le passage des frontières à des résistants recherchés. Il sauve de nombreux condamnés et monte en février 1944 une opération audacieuse contre la prison d'Amiens. Avec l'appui de la RAF, en raison des services rendus, l'opération « Jéricho » sera une totale réussite.

Le 18 février 1944, une escadrille de Mosquito attaque en plein jour la prison. Le commandant Pikard de la RAF sera tué au cours de ce raid auquel participe notre compagnon, le commandant des FAFL, Philippe Livry-Level. Deux cents prisonniers résistants seront libérés dont 12 qui devaient être fusillés le lendemain.

Trahi en janvier 1944, traqué par la Gestapo et la Milice, en même temps que son frère, sa mère et sa femme, il continue malgré les arrestations à réorganiser ses réseaux sans jamais interrompre son activité. Il sera à nouveau blessé en avril 1944 lors d'une mission sur Dieppe.

Chargé en août 1944 avec son frère Pierre Ponchardier de reconstituer un réseau en Alsace-Lorraine, il fait le coup de feu avec lui dans tous les endroits où le maquis se bat contre les Allemands.

Arrêté avec son frère, près de Belfort, par des éléments en retraite de l'armée allemande, il réussit à s'évader avec lui dans la nuit du 7 au 8 septembre 1944, bousculant des sentinelles allemandes.

Le chef de mission de 1re classe à la DGER, Dominique Ponchardier, termine la guerre à 27 ans avec la croix de la Libération, la Légion d'honneur, la croix de guerre avec quatre citations (dont une à l'armée de mer) et la rosette de la Résitance.

Nature généreuse, avec un sens aigu des responsabilités, un mépris total du danger, grâce à son ascendant, il a inspiré à ceux qui ont partagé son extraordinaire aventure un dévouement spontané et total.

La paix revenue, ce sont d'autres aspects de sa multiple personnalité qu'il aura l'occasion de révéler.

Membre du Conseil de direction du RPF, il sera conseiller technique auprès de Michel Maurice-Bokanovski, ministre de l'Industrie, et mènera de pair une carrière littéraire à succès. Sous le pseudonyme d'Antoine Dominique, il crée le gorille de la Série Noire et invente le nom de « Barbouze » pour les agents secrets.

Il reprendra du service lors de la guerre en Algérie comme chargé de mission pour contrer l'OAS.

Ambassadeur en Bolivie de 1964 à 1968, il sera nommé haut commissaire de la République à Djibouti de 1969 à 1971.

Enfin, il présida la Compagnie française pour le développement des fibres textiles.

Cette vie si pleine et si riche en événements sera aussi marquée par la plus grande douleur. Avec vous, Madame, il aura le chagrin infini de perdre, deux enfants : Arnaud et Pascal. Il aura aussi la souffrance de voir notre compagnon, son frère de sang, de coeur et d'arme, Pierre Ponchardier, se tuer dans un accident d'avion.

Aujourd'hui, il rejoint ceux qu'il a tant aimés. Nos pensées se tournent vers vous, Madame. Puisse la présence de ses amis, qui sont là, contribuer à adoucir votre peine et celle de vos enfants.

Le nom de Dominique Ponchardier est gravé sur la plaque de marbre à l'entrée de la chancellerie de l'ordre de la Libération, car, fidèle à la France, homme de courage et d'action, son souvenir à jamais parmi nous demeure.


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 255, 3e trimestre 1986.