√Čvasion double

Prisonnier le 20 juin 1940, amen√© au stalag XVII B (Krems Ander Donau), Autriche. Apr√®s un an pass√© √† ce stalag, baraques 30 et 31 (baraques de sous-officiers), √©tant sous-officier, je n'√©tais pas astreint au travail obligatoire, je me suis fait inscrire pour aller travailler en kommando, afin de pouvoir m'√©vader. Donc, en avril-mai 1941, j'√©tais en kommando √† Gaspolsthofen, d√®s mon arriv√©e j'ai contact√© des camarades qui voulaient s'√©vader et nous avons commenc√© √† nous organiser. En juin 1941, avec deux camarades (Calid et Bernon), nous avons tromp√© la surveillance de la sentinelle et sommes partis vers 1 heure du matin, sac au dos, contenant quelques vivres et une couverture. Nous esp√©rions rejoindre la fronti√®re suisse, mais c'est assez loin d'o√Ļ nous √©tions. Apr√®s trois jours de marche sous la pluie, nous √©tions presque arriv√©s √† Salzburg, nous marchions sur la route, une voiture s'arr√™ta √† nos c√īt√©s, un policier sortit de ce v√©hicule, un autre homme restait dans la voiture ainsi qu'une femme, il nous demanda nos papiers, il nous fouilla pour savoir si nous n'√©tions par arm√©s, apr√®s avoir discut√© avec l'homme qui se trouvait dans la voiture, ils nous firent monter dans la voiture et nous abandonn√®rent √† la police √† Gnil, faubourg de Salzburg, o√Ļ nous avons √©t√© identifi√©s.

Apr√®s les formalit√©s polici√®res, nous avons √©t√© conduits √† la prison centrale de Salzburg o√Ļ nous avons pass√© la nuit et, au matin, une sentinelle est venue prendre livraison de nous, pour nous ramener au stalag. Arriv√©s au stalag, nous avons purg√© 14 jours de cellule. Apr√®s avoir purg√© la peine et de retour dans le stalag, je me suis fait inscrire de nouveau pour aller travailler avec les m√™mes camarades. Afin de pouvoir m'√©vader de nouveau.

Nous avons √©t√© envoy√©s √† Neumark-Kallham au mois d'octobre. D√®s notre arriv√©e, nous avons commenc√© √† nous organiser pour nous √©vader et, au mois de mars 1942, nous prenons le train avec deux camarades, Courtay et Petiot, pour Linz d'o√Ļ nous esp√©rions emprunter le rapide Vienne-Paris et nous camoufler dans l'espace qui se trouve entre le toit et les w.c. √Ä Linz, nous avons pris un billet pour Augsburg, au cas o√Ļ nous n'aurions pas trouv√© √† nous camoufler dans ce train, nous serions mont√©s dans un autre √† Augsburg. Nous sommes donc mont√©s dans ce train et au d√©part de celui-ci, avons cherch√© √† nous camoufler, nous n'avons rien trouv√© et sommes revenus dans un compartiment. Apr√®s avoir roul√© plus de huit heures, nous arrivons en gare de Munchen, beaucoup de voyageurs sont descendus et peu de temps apr√®s l'arr√™t du train un policier accompagn√© d'un civil nous a demand√© ¬ę Ausweis papiers Vozeigen ¬Ľ. Nous lui avons r√©pondu que nous n'avions pas de papiers, alors, il nous a demand√© le billet et nous avons montr√© notre billet. Qu'allez-vous faire √† Augsburg ? Nous lui avons r√©pondu que nous √©tions travailleurs italiens et que nous allions voir un fr√®re qui venait d'avoir un grave accident. Ils nous a fait descendre, et amen√©s √† la l√©gation d'Italie en gare de Munich, o√Ļ l'Italien qui se trouvait l√† s'aper√ßut bien vite que nous n'√©tions pas des travailleurs italiens. Nous √©tions pris. Apr√®s avoir pass√© la nuit dans une cellule, nous avons √©t√© conduits au stalag VII A, √† Moosburg, √† la baraque disciplinaire. Apr√®s plus d'un mois pass√© √† cette baraque, avec plusieurs autres prisonniers, nous avons √©t√© ramen√©s au stalag XVII B - baraque disciplinaire. Apr√®s quelque temps pass√© au XVII B, nous avons √©t√© conduits avec plusieurs autres prisonniers au stalag XVII A (Kaisersteinbruck). Nous √©tions rassembl√©s dans ce stalag dans des baraques disciplinaires en vue d'un d√©part prochain pour le camp disciplinaire de Rawaruska en Pologne. Le 12 juin 1942 nous √©tions rassembl√©s pour aller √† la gare, gard√©s par des sentinelles arm√©es de mitraillettes pr√™tes √† faire feu. Nous nous sommes jet√©s dans un buisson en passant dans un sentier o√Ļ la route √©tait un peu sinueuse avec un camarade, Courtay Corantin. Lorsque la colonne eut parcouru environ 100 m√®tres, nous sommes sortis du buisson, la figure et les mains couvertes de sang √† cause des √©pines et nous nous sommes dirig√©s rapidement vers les montagnes (Leita-Gebirget) o√Ļ se trouvait pas tr√®s loin la fronti√®re austro-hongroise.

Apr√®s une nuit et un jour de marche, nous sommes arriv√©s √† proximit√© de la fronti√®re (Nickeldorf) o√Ļ nous avons attendu la nuit, il pleuvait, et puis la nuit venue, nous nous sommes mis en route en rampant. Nous sommes pass√©s √† quelques m√®tres de la sentinelle, nous nous sommes lev√©s et avons continu√© √† suivre la voie ferr√©e, mais il nous semblait que nous revenions sur nos pas, aussi nous avons attendu le jour et, d√®s l'aube, avons regard√© les √©criteaux qui se trouvent sur les passages des voies non gard√©es et avons pu nous rendre compte que ce n'√©tait pas √©crit en allemand, nous √©tions donc en Hongrie. D'apr√®s le plan que nous avions, nous apercevions une ville avec beaucoup de lumi√®res, ce devait √™tre Bratislava (Tch√©coslovaquie). La voie ferr√©e sur laquelle nous √©tions continuait sur Budapest.

Dans la matin√©e, nous nous sommes arr√™t√©s au premier village rencontr√© et avons vu une maison o√Ļ √©tait √©crit entre autres ¬ę Christum ¬Ľ, nous avons frapp√© √† la porte pensant trouver un pr√™tre, mais c'√©tait une √©cole catholique. Le professeur, en nous voyant, sortit quelques pi√®ces de monnaie, nous prenant pour des mendiants, nous lui avons fait comprendre que ce n'√©tait pas cela que nous cherchions, mais s'il pouvait nous conduire aupr√®s du cur√© du village, ce qu'il fit. Nous avons demand√© √† celui-ci au cas o√Ļ la police nous arr√™terait, si elle nous remettrait aux autorit√©s allemandes, il n'a pas pu nous donner une r√©ponse, mais pensait bien, que si nous √©tions arr√™t√©s, nous serions remis aux Allemands. Nous lui avons demand√© de ne pas pr√©venir la police et avons pris cong√© de lui.

Apr√®s les quelques jours pass√©s sous la pluie, j'avais mes chaussures qui avaient durci et j'ai d√Ľ les enlever, elles me coupaient les pieds. Nous nous trouvions sur l'une des plus grandes routes nationales de Hongrie et qui conduit √† Budapest en longeant le Danube. Nous nous sommes mis en route. Arriv√©s dans un village, nous sommes entr√©s dans une boutique pour essayer d'acheter quelque chose √† manger, nous avions des reichmarks, mais les commer√ßants n'en voulaient pas. Avant notre d√©part du stalag, nous avions per√ßu les vivres ¬ę P√©tain ¬Ľ : biscuits de guerre et chocolat, que nous avions dans nos poches. Plus de 100 kilom√®tres nous s√©paraient de Budapest et nous cherchions quel √©tait le moyen qui nous conduirait le plus vite, nous pensions au train. Mais sans billet nous risquions d'√™tre arr√™t√©s et d'√™tre remis √† la police, nous pensions prendre des v√©los que nous aurions aper√ßus sans leur propri√©taire, nous risquions aussi d'avoir √† faire √† la police, donc nous avons continu√© √† marcher √† pied. Quand nous rencontrions une voiture hippomobile, il y en avait pas mal, nous montions, les conducteurs ne se formalisaient pas beaucoup sur notre origine. Nous avions un rasoir m√©canique et tous les matins nous nous rasions.
Apr√®s six jours de d√©part du stalag, nous √©tions aux portes de Budapest (18 juin 1942), nous avions seulement mang√©, pendant tout ce temps, les biscuits et chocolat et bu beaucoup d'eau, la nuit commen√ßait √† tomber, alors nous avons pass√© la nuit dans une meule de paille qui se trouvait au bord de la route et le matin 19 juin, nous faisions notre entr√©e dans Budapest, je remettais mes chaussures. Nous pensions trouver un magasin o√Ļ sur la devanture serait inscrit : ¬ę Ici on parle fran√ßais ¬Ľ, rentrer et se renseigner. Apr√®s une demi-heure de marche dans Budapest, sur notre droite, nous apercevons √©crit en fran√ßais : ¬ę Caisse d'Epargne ¬Ľ et comme il y avait un agent qui faisait les cent pas √† 30 m√®tres de nous, nous avons continu√©. En arrivant √† la hauteur de l'agent, une grande porte et au-dessus un drapeau fran√ßais et √† c√īt√© l'inscription ¬ę L√©gation de France ¬Ľ, un homme de petite taille, serviette sous le bras, avait l'air de se diriger vers cette porte, nous l'avons suivi et sommes entr√©s avant qu'il ait eu le temps de refermer la porte.

- Vous êtes prisonniers ? Vous avez des camarades en haut, montez, et il nous fit monter dans l'ascenseur.

Nous √©tions sauv√©s. Deux camarades prisonniers √©taient l√† arriv√©s depuis quelque temps. Je n'arrivais pas a r√©aliser, surtout lorsque nous re√ß√Ľmes un repas chaud. Nous avons √©t√© habill√©s. Nous mangions √† la l√©gation. Les repas √©taient pris √† un restaurant et apport√©s dans notre chambre.

Nous sommes restés à Budapest jusqu'au 13 juillet 1942 et ensuite, avec de faux papiers en poche, ainsi que billets de chemin de fer et quelque argent nous avons pris le train pour la France, via la Yougoslavie et l'Italie.

Le 14 juillet, un peu avant midi, nous arrivions √† Zagreb, mais avant de descendre, un policier en civil, en blouse bleue, nous demanda nos papiers. Nos passeports √©taient dat√©s du 14 juillet. Il nous pria de le suivre jusqu'aux bureaux de police, l√†, apr√®s pas mal de discussions, nous avons √©t√© rel√Ęch√©s, nous sommes all√©s √† la l√©gation de France o√Ļ l'ap√©ritif nous a √©t√© offert dans la cuisine, car c'√©tait le 18 juillet. Nous avons pass√© la journ√©e et la nuit √† Zagreb et le lendemain nous prenions le train pour l'Italie. Ce train comportait une escorte militaire, car les trains √©taient attaqu√©s par les partisans du g√©n√©ral Mihalovitch. Nous sommes arriv√©s √† Fiume sans incident, nous avons pass√© la nuit dans la gare et le lendemain repartions vers Trieste, Venise, Milan, Turin et enfin nous √©tions √† la fronti√®re, √† Modane. Nous avons continu√© sur Vichy o√Ļ nous avons √©t√© pris en charge par l'h√īpital militaire (...).

Apr√®s ma d√©mobilisation, je disais ¬ę au revoir ¬Ľ √† mon camarade Courtay et je regagnais la Provence, ma contr√©e de naissance et o√Ļ √©tait ma famille. Pendant quelques mois pass√©s aupr√®s de ma famille, je contactai des camarades qui auraient voulu venir avec moi rejoindre les F.F.L. mais pas beaucoup de succ√®s, quelques-uns √©taient d'accord, mais le jour du d√©part ils se ¬ę d√©gonflaient ¬Ľ et pour partir tout seul cela ne m'enchantait pas beaucoup. Enfin un jour, un jeune camarade qui venait de terminer ses √©tudes et qui devait partir aux chantiers de jeunesse me paraissait bien d√©cid√© (il s'appelle Fernand Pin et en ce moment il est officier dans la marine). Tous les jours il n'√©tait question que de cela, nous avons tout mis au point et le jour √©tait fix√©, janvier 1943. Nous devions nous rendre √† C√©ret, √† proximit√© de la fronti√®re espagnole, mon camarade connaissait deux dames ag√©es habitant C√©ret.

Nous √©tions donc √† M√©zel (Basses-Alpes) et, le jour du d√©part, nous avons dit aux gens qui nous voyaient attendre le car, que nous allions ¬ę faire un tour √† Marseille ¬Ľ. Nous emportions pour le voyage quelques biscuits fabriqu√©s avec du bl√© moulu avec un moulin √† caf√©.

Nous avons donc pris le car pour Marseille o√Ļ nous avons couch√© chez un oncle de mon camarade et le lendemain nous partions pour N√ģmes, mon camarade y connaissait une personne o√Ļ nous avons pu coucher. Nous repartions le jour suivant pour Perpignan. Nous allions nous renseigner pour aller √† C√©ret, il y avait un car, nous nous sommes rendus √† l'emplacement de d√©part du car, il se trouvait l√† avec son chauffeur, nous lui avons demand√© si ce car allait bien √† C√©ret, il nous a bien regard√©s et nous a dit :

¬ę Vous voulez passer de l'autre c√īt√© ?

Comme nous ne savions pas à qui nous avions à faire, nous lui avons dit :

¬ę Nous allons √† C√©ret voir des parents.

Je ne vous crois pas, nous dit-il. Surtout ne prenez pas ce car, il est inspect√© √† chaque trajet, si vous voulez passer de l'autre c√īt√©, je peux vous donner ¬ę un tuyau ¬Ľ. Il y a des passeurs que je connais et si vous voulez revenez demain.

¬ę Mais nous n'avons pas d'argent pour payer les passeurs.

¬ę Vous leur payez seulement les espadrilles, c'est tout.

Alors nous avons accept√©. Le lendemain, √† l'endroit convenu, ¬ę dans un caf√© ¬Ľ, nous rencontrions les passeurs. Nous nous sommes mis d'accord. Le lendemain, nous prenions le train jusqu'√† un petit village, je ne me souviens plus du nom, et de l√† un car nous a conduits jusqu'√† proximit√© de la fronti√®re, je crois ¬ę Prats-de-Mollo ¬Ľ, o√Ļ les passeurs nous attendaient. Il √©tait environ 21 heures, nous n'√©tions pas seuls, une dizaine qui faisaient comme nous : une dame assez √Ęg√©e avec son mari, quelques jeunes et d'autres personnes. Avant d'entreprendre la ¬ę mont√©e ¬Ľ, les passeurs nous ont demand√© si nous pouvions leur laisser une pi√®ce d'identit√©, moi j'ai laiss√© mon livret militaire, je n'avais rien d'autre et nous avons commenc√© √† escalader. La dame √Ęg√©e avait un sac tyrolien, elle ne pouvait plus avancer, alors mon camarade a pris son sac ; un homme d'un √Ęge moyen, veste de cuir, voyait des Allemands partout, si bien qu'√† un certain moment ses jambes flageolaient et il fallait presque le porter.

Enfin, nous arrivons au sommet vers minuit, 1 heure du matin. Les passeurs nous ont dit :

- Vous êtes en Espagne, en marchant tout droit vous allez sur Figueras (...).

√Ä la premi√®re pause nous n'√©tions plus que trois, mon camarade et le Catalan - les deux jeunes (18 √† 20 ans) n'√©taient plus l√†. Nous avons continu√© √† marcher et le jour se levant, nous avons rencontr√© un paysan espagnol, le Catalan lui a demand√© la route pour Figueras et nous avons continu√© bon train. Vers 9 heures, nous avons fait une pause, mon camarade avait toujours le sac tyrolien de la dame, nous avons d√©cid√© d'en faire l'inventaire avant de l'abandonner. √Ä l'int√©rieur, il y avait deux paquets de gauloises, une vieille montre de poche et des sous-v√™tements usag√©s, nous avons gard√© la montre et les cigarettes, le sac ainsi que son contenu, nous l'avons donn√© dans un village √† une femme qui √©tait bien contente, elle nous a offert un caf√© chaud avec un peu d'aguardiente. Nous avons continu√© notre route et dans la fin de l'apr√®s-midi nous √©tions √† proximit√© de Figueras. Nous nous sommes arr√™t√©s au bord d'un ruisseau camoufl√© par des buissons et le Catalan est parti tout seul vers Figueras, nous priant de l'attendre. Je me suis endormi, je ne sais ce que je r√™vais quand mon camarade me r√©veilla. Le Catalan √©tait revenu avec des oranges et des bananes, je n'en avais plus mang√© depuis 1939. Il nous dit qu'il avait trouv√© son oncle et qu'il s'arr√™tait √† Figueras, il nous a laiss√© quelques pesetas et nous a souhait√© ¬ę bonne chance ¬Ľ.

À présent, comme au départ de Mézel, nous n'étions plus que tous les deux. Nous nous sommes mis en route pour Barcelone, traversant champs, rivières et bosquets. Nous avons marché presque toute la nuit, au lever du jour nous avons fait une pause et ensuite en route de nouveau. Vers 9 heures du matin nous entrons dans une boutique pour acheter à manger. Nous voulions des bananes, mais impossible de nous faire comprendre, nous avons fait un dessin, car il n'y en avait pas dans la boutique.

- Oh ! ¬ę Platanos ¬Ľ ! nous dit l'√©picier et il est all√© nous en chercher (...).

Les deux évadés tentent de gagner Barcelone par le train. Ils ont quelques aventures, ce faisant et atteignent finalement le consulat de Grande-Bretagne.

Il a fallu attendre plus d'une heure avant de pouvoir √™tre admis √† p√©n√©trer dans les bureaux, ensuite nous avons pu voir les employ√©s d'ambassade qui nous ont demand√© noms, etc., papiers et argent fran√ßais que nous poss√©dions. Il me restait ma fiche de d√©mobilisation et 14.000 francs que je leur ai remis. Ils nous ont fait signer des papiers et donn√© un nom canadien (moi je me serais appel√© Harry James) au cas o√Ļ la police nous aurait arr√™t√©s nous aurions pr√©tendu √™tre Canadiens. Nous avons re√ßu quelque argent de poche et une adresse √† Barcelone o√Ļ il fallait se rendre.

Nous avons per√ßu des v√™tements et sommes all√©e √† l'adresse, c'√©tait un restaurant, c'est-√†-dire une pi√®ce √† l'√©tage d'un restaurant o√Ļ se trouvaient d'autres Fran√ßais comme nous. Nous avons eu √† manger et le lendemain nous devions repartir √† Valencia. Nous avions en plus un camarade de voyage du nom de Laqueille et le lendemain matin nous prenions le train pour Valencia, o√Ļ nous sommes arriv√©s sans incident. Nous nous sommes pr√©sent√©s au consulat en montrant notre morceau de photo. Nous avons re√ßu de l'argent de poche et une adresse pour passer la nuit. Nous avons pass√© la nuit √† l'adresse indiqu√©e et le lendemain matin nous prenions le car pour Alicante o√Ļ nous sommes arriv√©s dans la journ√©e. Nous avions √©galement un morceau de papier photo d√©chir√© √† remettre au consulat d'Alicante.

Arriv√©s √† Alicante sans incident nous nous sommes pr√©sent√©s au consulat o√Ļ nous avons re√ßu de l'argent de poche, une adresse pour passer la journ√©e et la nuit. Le lendemain, nous devions repartir pour Grenade. Au restaurant qui nous avait √©t√© indiqu√©, nous avons trouv√© du renfort - un Alg√©rois, un Danois, un Russe et un Africain de Djibouti qui devaient aller √† Grenade comme nous. Le lendemain nous prenons le train pour Grenade et arrivons dans cette ville sans incident, le soir, environ √† 20 heures. Nous nous pr√©sentons au consulat o√Ļ la concierge nous dit demain matin √† 8 heures et impossible de se faire recevoir. Nous sommes rest√©s longtemps dans un jardin sur un banc (campo de los martiros), comme nous avions froid, nous nous sommes d√©cid√©s √† aller coucher dans un h√ītel o√Ļ les papiers ne seraient pas exig√©s. Nous avons pass√© la nuit √† l'h√ītel et le lendemain, √† 8 heures, nous nous pr√©sentions au consulat o√Ļ nous re√ß√Ľmes un peu d'argent. Nous devions partir pour S√©ville le jour m√™me, ce que nous avons fait. Nous avons pris le train, dans ce train, dans les compartiments voyageurs, il y avait des moutons, des sacs, de la volaille, etc.

Avec mon camarade, nous √©tions dans un compartiment o√Ļ les personnes discutaient avec nous, un homme se disant radio-√©lectricien √† S√©ville, nous a donn√© son adresse et son nom pour lui √©crire du Canada, il avait l'intention de s'y rendre. Il nous est arriv√© quelques histoires dans ce train, mais sans grande importance et dans le fond assez amusantes surtout √† pr√©sent.

Nous voici arriv√©s, la nuit est d√©j√† l√† ! √Ä la sortie de la gare, nous nous pr√©sentons √† l'adresse indiqu√©e, mais √† peine arriv√©s une voiture nous a pris en charge, la personne nous dit que, la veille, les policiers avaient perquisitionn√© chez eux, il nous a emmen√©s √† une autre adresse o√Ļ nous devions attendre toute la journ√©e du lendemain sans sortir.

Le lendemain au soir, nous √©tions six plus le chauffeur et une autre personne, une voiture est venue nous chercher et nous a emmen√©s √† c√īt√© de Huelve je crois. Arriv√©s vers minuit √† un certain lieu, la voiture nous a laiss√©s, mais un homme est rest√© avec nous, c'√©tait un passeur au nom de Joan et nous voici en route ; comme consigne, si nous √©tions interpell√©s, il fallait crier : ¬ę Viva Franco, arriba Espagna ¬Ľ, nous n'avons pas eu √† le crier. Le matin, peu apr√®s l'aube, nous sommes arriv√©s dans une maison isol√©e dans la montagne, c'√©taient de pauvres cultivateurs, un docteur fran√ßais √©tait rest√© l√† plus d'un mois, il avait eu une jambe f√™l√©e. Nous avons pass√© la journ√©e et une partie de la nuit dans cette maison qui poss√©dait seulement les murs et la toiture ; le parterre √©tait de la terre, le feu √©tait au milieu de la pi√®ce (...).

√Ä un certain moment, il √©tait environ 2 ou 3 heures du matin, nous avons pass√© une rivi√®re avec de l'eau jusqu'au nombril, ensuite il a fallu escalader et une heure apr√®s nous √©tions au Portugal o√Ļ nous nous sommes arr√™t√©s dans une maison ; nous avons pu nous r√©chauffer et manger quelques tranches de pain cuites dans l'huile d'olive et ensuite de nouveau en route ; le passeur, infatigable, nous disait toujours, dans une heure, nous arrivons. Nous √©tions tous fatigu√©s, cette heure de passeur s'est prolong√©e jusqu'√† 11 heures du matin environ, o√Ļ nous sommes arriv√©s √† une maison qui recevait les √©vad√©s ; l√†, nous avons pu nous reposer, nous laver, manger, nous avons re√ßu des habits et, le lendemain matin, une voiture √† chevaux nous prenait et nous emmenait, toujours avec le passeur, √† une gare, o√Ļ nous montions dans le train qui nous conduisit en face de Lisbonne ; il y avait le Tage √† traverser, c'est une embarcation qui s'en est charg√©e.

Arriv√©s √† Lisbonne, nous avons √©t√© conduits √† un restaurant o√Ļ nous avons bien mang√©, ensuite au consulat britannique o√Ļ nous avons √©t√© questionn√©s et enfin nous avons √©t√© conduits au consulat de la France Libre. Le soir m√™me, nous prenions le train pour un petit village √† c√īt√© de Lisbonne du nom de Paco d'Arcos, je crois que nous √©tions le 1er avril. En arrivant dans ce village des camarades sont sortis, moi je me suis couch√©, j'√©tais bien fatigu√©, le lendemain, je croyais que c'√©tait un r√™ve que j'avais fait (nous √©tions sauv√©s), dans quelque temps nous partirions, certains prenaient le bateau pour l'A.F.N., je pr√©f√©rais aller en Angleterre par avion.

Nous √©tions tr√®s bien au Portugal, mais j'avais h√Ęte de partir, enfin, apr√®s 20 jours, j'√©tais pr√©venu avec mon camarade Pin que nous prendrions l'hydravion pour l'Angleterre ; nous nous sommes rendus √† Lisbonne le jour convenu, mais il a fallu revenir √† Paco d'Arcos, l'avion √©tait complet. Quelques jours apr√®s, nous nous sommes rendus de nouveau √† Lisbonne sur ordre et cette fois-ci nous avons eu notre place sur l'hydravion ; juste √† c√īt√© de moi se trouvait le ministre de Yougoslavie : Mitchich, qui √©tait content d'avoir quelques maigres nouvelles de son pays que je pouvais lui fournir.

Nous avons fait une halte en Irlande o√Ļ nous avons eu un breakfast, ensuite nous sommes repartis et avons pris l'air en direction de la Grande-Bretagne ; nous avons eu pour midi un repas froid et avons amerri dans l'apr√®s-midi √† Blackpool. Nous sommes pass√©s √† la douane, comme bagages je n'avais seulement qu'un paquet de bonbons et cela a √©t√© vite fait, comme il y avait plusieurs √©vad√©s comme nous, nous avons √©t√© rassembl√©s et un v√©hicule militaire est venu nous chercher pour nous conduire √† Londres dans un centre de rassemblement ¬ę Camberwell ¬Ľ. L√†, il y avait beaucoup d'√©vad√©s. Nous y sommes rest√©s quelques jours et puis nous avons √©t√© conduits √† Patriotic School √©galement un centre de rassemblement gard√© militairement ; j'√©tais toujours avec mon camarade Pin.

Après quelques jours passés dans le centre, nous avons été convoqués individuellement au bureau. J'ai subi un interrogatoire qui a duré quatre jours (raconter ma vie depuis ma naissance jusqu'à ce jour, avec assez de détails).

Enfin un jour, √† peu pr√®s un mois apr√®s notre arriv√©e, notre nom √©tait inscrit sur le tableau noir, c'est-√†-dire que nous allions sortir, nous avons √©t√© pr√©venus qu'il fallait se tenir pr√™ts, un v√©hicule est venu nous chercher et nous √† conduits au centre d'accueil fran√ßais √† Earls Court, de l√†, tous les jours, nous √©tions convoqu√©s dans les bureaux fran√ßais, dont Dolphin Square o√Ļ j'ai contract√© un engagement pour les F.F.L.

Apr√®s avoir pass√© la visite, nous avons eu 20 jours de convalescence, au retour je devais rejoindre Camberley, o√Ļ j'√©tais affect√©. Mon camarade Pin avait choisi la marine et restait √† Londres pour le moment. √Ä Camberley, j'√©tais affect√© aux transmissions comme instructeur.

Maurice Capello
Carte membre n¬į 7.032


Extrait de la Revue de la France Libre, n¬į 119, juin 1959.