Henri Bouquillard

Premier pilote de chasse des Forces Aériennes Françaises Libres à être tué en combat aérien en Grande-Bretagne
Premier aviateur membre du Conseil de l'ordre de la Libération

bouquillardHenri, Jacques Bouquillard est né à Nevers le 14 juin 1909 (1). Il effectue son service militaire dans les Chasseurs alpins en 1928.

Très attiré par l'aviation, il décide dès son retour dans la vie civile de prendre des leçons de pilotage. Devenu pilote de tourisme, il achète un avion sur lequel il effectue de nombreuses heures de vol. Pilote confirmé, il demande et obtient son transfert dans l'armée de l'Air.

Mobilis√© d√®s la d√©claration de la guerre avec le grade de sergent de r√©serve, il est affect√© √† l'√Čcole d'Avord pour y suivre un stage de perfectionnement √† la suite duquel il est mut√© au stage de moniteurs de Salon-de-Provence.

Cette fili√®re, qui doit faire de lui un instructeur, ne lui pla√ģt pas ; il veut participer √† la guerre et fait de nombreuses demandes pour √™tre affect√© dans une unit√© combattante. Peine perdue : au cours du mois de mai 1940, il est mut√© √† Marrakech comme moniteur.

Très affecté par la défaite de la France alors qu'il ne s'est pas battu, il décide de rejoindre l'Angleterre et se rend à Casablanca pour y rechercher un embarquement. Son unité le porte déserteur le 7 juillet 1940.

Il embarque clandestinement sur le cargo, l'Oak Crest, affrété par les Britanniques pour transporter des troupes polonaises en Grande-Bretagne en compagnie de quatre autres aviateurs : Daligot, Forsans, Gary et Wainstein. Après une escale à Gibraltar, ils débarquent à Greenock le 17 juillet 1940.

Dès son arrivée à Londres, il intègre un groupe de pilotes qui s'efforcent d'obtenir une affectation dans une unité combattante de la RAF.

Le 30 juillet 1940, avec Blaize, Bri√®re, Gu√©rin, Fayolle, de Labouch√®re, Lafont, de Montbron, Mouchotte et Perrin, il rejoint la n¬į 1 School of Army Cooperation, o√Ļ il vole sur Tiger Moth et Hawker Hector. Ce stage avait certainement pour but de v√©rifier l'exactitude des d√©clarations faites par les int√©ress√©s √† leur arriv√©e en Grande-Bretagne. Le 19 ao√Ľt 1940, apr√®s un stage tr√®s rapide √† Old Sarum et un court passage √† Odiham, Bouquillard, Lafont, de Montbron, Mouchotte et Perrin sont dirig√©s sur l'OTU (√Čcole de chasse) n¬į 6 √† Sutton Bridge o√Ļ ils volent sur Hawker - Hurricane. Les autres membres de l'√©quipe initiale sont affect√©s √† l'OTU n¬į 5 √† Aston Down.

Le stage termin√©, Xavier de Montbron est affect√© au squadron n¬į 62 et les quatre autres au squadron 245 √† Aldergrove (Irlande du Nord), o√Ļ ils ne restent qu'une petite semaine avant de rejoindre le squadron 615 √† Prestwick le 19 septembre 1940. Le 1er octobre, Bouquillard et Perrin quittent le 615 pour rallier le 242 √† North-Weald, au nord-est de Londres.

Le 16 octobre, au cours d'un engagement avec un groupe de bombardiers allemands, Bouquillard endommage un DO.217.

Moins heureux, le 27 octobre, il est abattu et blessé au-dessus de Rochester, au cours d'un combat aérien contre deux ME.109.

À la fin de sa convalescence, le 5 décembre, il obtient d'être réaffecté au squadron 615 à Kenley (Surrey). Très aimé de tous, il fut chaleureusement accueilli.

Très affecté par la défaite de la France, il acceptait mal la présence de l'ennemi sur le sol français, et n'avait qu'un seul désir, figurer sur l'ordre de vol pour la prochaine mission.

Le 11 mars 1941, Henri Bouquillard est abattu et tu√© en combat a√©rien. Il occupait la place de ¬ę weaver ¬Ľ. Position d√©licate que les pilotes n'enviaient pas de tenir, il volait l√©g√®rement au-dessus de sa formation, et devait pr√©venir la formation en cas d'une √©ventuelle attaque ennemie. Afin de pouvoir surveiller le ciel, il devait continuellement manoeuvrer et, pour cela, utiliser plus de puissance pour ne pas √™tre distanc√©. En cons√©quence, il consommait plus de carburant et risquait d'√™tre √† court d'essence.

Au moment o√Ļ Henri Bouquillard fut abattu, Ren√© Mouchotte, qui faisait partie du dispositif, t√©moin impuissant de ce combat, √©crivit dans ses carnets :

¬ę Nous avons eu un d√©part d'alerte √† 6 h 30, alors qu'une brume crasseuse se collait aux nuages, et sommes grimp√©s √† 30 000 pieds. On nous signalait des ¬ę laudits ¬Ľ un peu partout... Mon avion avait sa surpression d√©fectueuse et je n'arrivais pas √† suivre l'escadrille, si bien que je me suis trouv√© dans la situation critique de l'avion isol√©... J'ai donc tr√®s nettement vu ce qui s'√©tait pass√© et je fus le seul √† le voir. Deux avions, visibles √† la fum√©e blanche que leurs pipes d'√©chappement √©mettaient, sont arriv√©s √† environ 1 000 m√®tres au-dessus de nous. Ils √©taient en vue depuis d√©j√† 5 minutes... Le pauvre Bouquillard a aussit√īt fonc√© sur eux en grimpant. Je les ai vus tourner et j'ai, aussit√īt apr√®s, vu un avion piquer vers le sol comme une pierre. ¬Ľ

Le ¬ę petit p√®re Bouqui ¬Ľ, comme nous l'appelions tous affectueusement, avait eu le triste privil√®ge d'√™tre le premier pilote de chasse des Forces A√©riennes Fran√ßaises Libres √† √™tre abattu en combat a√©rien en Grande-Bretagne.

Contrairement aux usages qui voulaient que les camarades d'escadrille n'assistent pas aux obs√®ques d'un pilote tu√© au combat, nombreux furent ceux du 615 qui tinrent √† √™tre autour de lui au moment de son inhumation au cimeti√®re de Whiteleaf, dans le Surrey. ¬Ľ

Apr√®s la guerre, sa d√©pouille fut ramen√©e en France ; il repose dans le caveau de famille au cimeti√®re Jean Gauthern, carr√© n¬į 8 √† Nevers.

Henri Bouquillard avait été promu sous-lieutenant le 1er mars 1941. Compagnon de la Libération, il fut le premier membre du conseil de l'ordre de la Libération (29 janvier 1941) des FAFL.

Il était officier de la Résistance et titulaire de la croix de guerre.

 

1) Il faut lire 1908 (NDLR).

 

Extrait de la Revue de la France Libre, n¬į 293, premier trimestre 1996.