Messes en Libye

par le révérend père Hirlemann


Au matin de Pâques 1942, nous étions en « Jock Column » assez loin de Bir-Hakeim. Le groupement, sous les ordres du commandant Babonneau, comprenait des éléments du 2e bataillon de la 13e demi-brigade L.E., des auto-mitrailleuses, des fusiliers-marins, du génie, de l'artillerie, du service de santé.

C'est en vain que nous avions essayé de nous rassembler pour assister au Saint-Sacrifice de la messe. Les avions de chasse italiens nous avaient repérés et, par vagues successives nous harcelaient. Il était plus de midi quand le capitaine de Sairigné vint à moi. « Père, peut-être pourrez-vous célébrer maintenant. Les unités restent en place, en alerte, je serai votre assistant. »

A l'abri d'un plissement de terrain, à l'arrière d'un camion, fut installé l'autel portatif - jamais Gabriel de Sairigné ne fut plus grand, ne fut plus beau qu'en ce dimanche de Pâques où seul, à genoux, en pleine désert, il reçut son Dieu dans la Sainte-Communion.

*

Peu après la nuit tragique du 10 au 11 juin, une messe fut dite, au cours de la retraite. Tous les survivants étaient là, groupés en carré, autour du général Kœnig.

A l'écart, une soixantaine de tirailleurs musulmans. « Ils ont voulu venir », me dit le capitaine Lequesne.

Rarement, il y eut assistance plus recueillie, union plus grande dans la prière. Le général de Larminat avait tenu à s'associer à nous dans la pensée de nos morts.

Sur la photo qui fut prise, que de visages aimés de chefs, de compagnons aujourd'hui disparus !

Souvenons-nous.


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 168, juin 1967.