Pourquoi j'ai rallié la France Libre, par André Boulloche

Dès avant l'armistice, lorsque Pétain nous disait à la radio «il faut cesser le combat» avec une voix que je n'oublierai jamais, j'ai refusé catégoriquement et totalement la défaite et n'ai eu qu'un désir : continuer, puis reprendre le combat. Il n'y avait pas à la base de ma position une analyse critique de la situation, ou une motivation d'ordre politique quelconque (ce n'est qu'après la guerre que je me suis engagé dans l'action politique), mais simplement la conviction élémentaire qu'il y avait incompatibilité entre la dignité et la soumission, et aussi l'idée que nous finirions par gagner et que le devoir de tout Français normalement constitué était de se battre pour participer à cette victoire, que je pensais d'ailleurs avoir peu de chance de voir.

Se battre dans la résistance, se battre à visage découvert, l'alternative était secondaire. J'avoue cependant que, quand j'ai rejoint Londres en 1943 après deux ans d'actions clandestines, je n'avais qu'un désir, combattre avec les armées, en soldat. Je me suis laissé convaincre de rentrer en France et je reconnais que c'était sans doute là que mon expérience me permettait de rendre le plus de services. Mais je reconnais aussi avoir fait ce voyage de retour sans plaisir.


Le contenu de cet article est issu de l'ouvrage en 7 volumes "La mémoire des Français libres. Hommes & Combats" édité par la Fondation de la France Libre.