Le ralliement de légionnaires du Levant

En Syrie, par Maurice Carriac

spinewood-1940J'ai répondu à l'appel du général de Gaulle en 1940.

Nous étions plusieurs camarades dans la même compagnie du 6e régiment de la Légion étrangère, tous d'accord pour aller le rejoindre.

Nous nous sommes évadés à six, Devarazignac, Gans, Adamovich, Krisqui, un Anglais dont je ne me souviens plus du nom et moi, le 12 octobre 1940 avec beaucoup de peine.

Nous étions en Syrie à Smaïda sur la frontière de Transjordanie.

Nous sommes partis de la caserne, après l'appel du soir, avec un petit ravitaillement pour nous donner des forces. Mais de Smaïda, il fallait rentrer en Transjordanie et parcourir 30 à 40 kilomètres. Nous ne pouvions marcher que la nuit, le jour cela nous était impossible, de peur de nous faire prendre par les Druses, qui nous auraient ramenés à notre bataillon et nous aurions passé devant le tribunal militaire.

Nous avons eu un peu de chance, malgré notre fatigue. Car nous avons réussi à trouver un petit fortin abandonné où nous nous sommes un peu reposés. Quand la police druse est arrivée, nous nous sommes cachés dans une grotte et nous avons attendu la nuit pour reprendre le chemin du ralliement aux F.F.L.

Nous n'avions plus rien à boire, ni à manger. Nous avons rencontré un campement de Bédouins qui nous ont donné à boire, mais ces gens étaient bizarres, ils avaient l'intention de nous livrer aux Druses, nous nous en sommes aperçus et nous avons pris la fuite... Nous n'étions pas encore au bout de nos peines, nous sommes partis à la bonne aventure (sic) dans le désert, couchant dehors. À la pointe du jour, nous avons aperçu une piste et nous cherchions à savoir où nous étions, quand j'ai trouvé un paquet de cigarettes marqué Palestine, mais nous ne savions quelle direction prendre, nous sommes donc partis au hasard quand tout à coup arriva un convoi de camions. Nous nous sommes éparpillés tous les six car ils tiraient des coups de feu à droite et à gauche pour nous faire peur. Ils nous ont capturés et nous ont demandé ce que nous faisions. Heureusement que parmi nous il y avait un soldat anglais qui leur parla en anglais, ils nous ont hébergés et nous leur avons dit que nous étions là pour rejoindre le général de Gaulle, ils nous ont répondu F.F.L.

Ensuite nous sommes partis en Égypte à Ismaïlia au B.I.M. où nous avons été dispersés dans diverses unités.


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 156 bis, juin 1965.