Les réseaux FFL

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Les réseaux FFL
Estienne d'Orves / Gallia
Autres réseaux de renseignement
RĂ©seaux Action

Nous aurions aimĂ© publier un historique complet de chacun de nos rĂ©seaux F.F.L. Mais, dans de nombreux cas, les principaux protagonistes ont disparu, soit qu'ils aient Ă©tĂ© tuĂ©s au cours de leur mission, soit qu'ils soient morts en dĂ©portation ou depuis la fin des hostilitĂ©s, soit qu'ils se soient Ă©tablis Ă  l'Ă©tranger et ne puissent plus ĂȘtre atteints. Les tĂ©moignages valables sont peu nombreux et souvent fragmentaires.

Reconstituer au jour le jour l'activitĂ© d'une unitĂ© ne prĂ©sente gĂ©nĂ©ralement pas de difficultĂ©s. Il n'en est pas de mĂȘme des rĂ©seaux, en fonction mĂȘme de leur structure et de leur organisation. Le cloisonnement idĂ©al voulait que l'agent ne connaisse que son chef et son subordonnĂ© ou l'agent de liaison. Encore souvent ne se connaissaient-ils que sous des identitĂ©s d'emprunt.

Des milliers d'agents n'ont appris qu'aprÚs la libération le nom du réseau dont ils faisaient partie; des milliers d'autres n'ont jamais pu retrouver les contacts qu'ils avaient. De ce fait, pour bon nombre de réseaux, l'effectif des agents homologués est trÚs inférieur à l'effectif réel. La perte d'un chef de secteur pouvait faire perdre la trace d'une centaine d'agents, parfois davantage. Et puis, moins on écrivait, mieux cela valait et l'inobservance de cette rÚgle a souvent coûté fort cher en vies humaines. Il est donc normal, dans ces conditions, qu'à de rares exceptions prÚs, les réseaux n'aient pu rassembler les éléments permettant un exposé détaillé et cohérent de leur action. Quelques-uns ont bien voulu mettre à notre disposition la documentation qu'ils possÚdent mais, pour la plupart, nous devons nous borner à rappeler la date de leur création, le nombre d'agents homologués et le chiffre de leurs pertes. En classant par ordre alphabétique la liste des réseaux F.F.L. nous trouvons :

AJAX - En juin 1943 notre ami Peretti qui, depuis janvier 1942 faisait partie du réseau Ali reçut au cours d'une mission en Angleterre, l'ordre de créer un nouveau réseau qui eut au départ 75 agents du réseau Ali. La zone géographique couverte par Ajax fut considérable : le sous-réseau Candide opérait en zone sud et avait des prolongements en Italie, en Espagne, en Suisse ; le sous-réseau Zadig opérait en zone nord et dans les pays limitrophes. Leur mission principale était le contre-espionnage, tandis que le sous-réseau Micromegas s'occupait exclusivement des renseignements militaires. Au total 1.189 agents homologués dont 18 furent tués ou fusillés et 11 moururent en déportation.

AMARANTE - CrĂ©Ă© en fĂ©vrier 1943 par Vector, ex-agent de C.N.D., n'eut qu'une brĂšve existence. Vector fut arrĂȘtĂ© en juillet 1944, dĂ©portĂ© et portĂ© disparu. On ne put par la suite identifier que 62 agents.

ANDALOUSIE - Sous réseau de C.N.D. Castille créé en décembre 1943 par François Bistos (Franck) comporta au départ une majorité d'agents récupérés de réseaux décimés. Son effectif : 682 agents homologués. Parmi eux : deux tués, huit morts en déportation, 18 déportés et internés.

NESTLÉ-ANDROMÈDE-ATHÉNÉE - CrĂ©Ă© en juillet 1943 par Albert Kohan (Berthaud) mort en service commandĂ© le 17 dĂ©cembre 1943. Il fut remplacĂ© par son adjoint Henri Jacquier-Garnier qui, appelĂ© Ă  Londres le 9 juillet 1944, confia la direction du rĂ©seau Ă  Maxime Blum Ă  partir du 13 aoĂ»t 1944. Sur un effectif de 454 agents homologuĂ©s, huit furent tuĂ©s, 43 furent dĂ©portĂ©s et parmi ces derniers 22 ne revinrent pas.

BERTAUX - Créé en mars 1941 par Fourcaud eut pour chef Pierre Bertaux, professeur agrégé à la faculté de lettres de Toulouse. Le réseau fut détruit en décembre 1941 par une série d'arrestations. Sur 31 agents homologués : un tué, un mort en déportation et 18 déportés.

BRUTUS - Un de nos plus anciens et plus importants réseaux. Créé en septembre 1940 par Pierre Fourcaud, il totalisa 1.124 agents homologués dont 64 furent tués ou fusillés et 101 déportés.

CARMEL - fondé par Henri Benoit qui avait été parachuté le 30 mai 1942. Il comprenait 114 agents dont trois furent tués et 20 déportés; parmi ces derniers 13 succombÚrent dans les camps.

C.N.D. avec CENTURIE - CrĂ©Ă© en septembre 1941 par Gilbert Renault, alias Raymond, alias RĂ©my, alias Roulier. Le plus cĂ©lĂšbre et peut-ĂȘtre le plus important de nos rĂ©seaux puisque l'effectif homologuĂ© est de 1.375 agents pour C.N.D. et 1.682 pour Centurie. Les pertes, pour C.N.D. furent : 172 tuĂ©s, fusillĂ©s ou morts en dĂ©portation, et 227 dĂ©portĂ©s ou internĂ©s. «ConfrĂ©rie Notre-Dame» avait pour tĂąche principale de surveiller les mouvements de l'ennemi sur la cĂŽte Atlantique, depuis la frontiĂšre espagnole jusqu'Ă  Brest. Plus tard, l'activitĂ© du rĂ©seau de Gilbert Renault, chargĂ© de mission par le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, s'Ă©tendit Ă  toute la zone occupĂ©e et mĂȘme Ă  la Belgique. C.N.D. fut dĂ©vastĂ© en novembre 1943 aprĂšs la trahison d'un de ses agents. Le colonel VerriĂšre, dit «Lecomte» sut rassembler ses Ă©lĂ©ments Ă©pars dans une nouvelle organisation qui, prenant la suite de la premiĂšre reçut le nom de «Castille» et fonctionna jusqu'Ă  la libĂ©ration de Paris. Dans ses MĂ©moires de Guerre, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, a rendu un magnifique hommage au travail accompli par tous ceux et toutes celles que «RĂ©my» avait rassemblĂ©s. Parmi les rĂ©sultats obtenus, on peut citer le raid de commando sur Bruneval (fĂ©vrier 1942), premier dĂ©barquement alliĂ© sur la cĂŽte française depuis la dĂ©faite de 1940; l'immobilisation dans le port de Brest des cuirassĂ©s Sharnhost et Gneisenau, et l'interception du Bismarck due pour une large part aux informations recueillies par Hilarion (capitaine de vaisseau Philippon); le transport en Grande-Bretagne de la carte allemande des dĂ©fenses de la cĂŽte normande, capturĂ©e par les agents du rĂ©seau Centurie et qui servit de base aux prĂ©paratifs du dĂ©barquement du 6 juin 1944 la mise Ă  la disposition de plusieurs autres rĂ©seaux du dispositif de liaisons radio-aĂ©riennes et maritimes ; l'envoi Ă  Londres de plus de 80 courriers. Les MĂ©moires d'un agent secret de la France Libre ont narrĂ© par le dĂ©tail une bonne partie de l'activitĂ© magnifique de C.N.D., et pour beaucoup ce livre a Ă©tĂ© la rĂ©vĂ©lation de ce qu'Ă©tait la vie des rĂ©seaux.

COHORS-ASTURIES - Fondé en septembre 1941, eut 873 agents homologués. Ses pertes s'élevÚrent à 118 morts dont 33 tués et 85 morts en déportation. En plus, 140 agents déportés, ou internés revinrent sains et saufs.