Témoignage de l'armée italienne

Extrait du journal de marche de la division « Trieste »


Cette division, avec la 90e division légère allemande, mena les assauts de la deuxième offensive contre Bir-Hakim, du 2 au 11 juin. Moins d'un an après, le 13 mai 1943, elle se rendait en masse, avec tout son matériel automobile, aux forces alliées en Tunisie. C'est ainsi que la 1re division française libre trouva, sur les positions enlevées de haute lutte, le document ci-dessous. Mais il semble que les faits qu'il relate sont présentés avec un certain souci de vérité. Sauf quand il fait mention des « combats violents » du 11 juin 1942 au matin et parle des « points d'appui et des ouvrages qui cèdent les uns après les autres ». Les points d'appui et les ouvrages devaient en effet céder sans trop de difficultés pour l'assaillant puisque nos unités avaient évacué la position au cours de la nuit. Considérons que c'est là tout simplement une formule italienne de style et retenons que le chiffre des prisonniers capturés en cette journée s'élevait à 170, alors que le reporter allemand Lutz Koch n'hésitait pas à parler des centaines de prisonniers parqués dans Bir-Hakim.

Voici un extrait de ce journal de marche :

« Le début de l'offensive de l'Axe trouve la division motorisée « Trieste » dans la zone au sud de Segnali entre le Garet Merien et le Garet Meibar. Elle dispose de deux régiments d'infanterie de deux bataillons chacun, d'un bataillon de chars, d'un bataillon d'autos blindées, de cinq groupes d'artillerie et de deux groupes de 149 de renfort.

« Aux premières heures de la journée du 27, la division «
Ariete » qui a marché dans la nuit sur la droite de la « Trieste » investit par le Sud-Ouest les défenses du camp retranché de Bir-Hakim et s'ouvre un passage vers le Nord tandis que la 90e division légère allemande passe plus à l'Est sur le flanc droit de l'« Ariete » et pointe aussi vers Trigh el Abd.

« La division «
Trieste » dont les éléments motorisés sont pris sous le feu de l'artillerie de la défense de Bir-Hakim, se dégage et complétant la tâche assignée pour la journée, se porte au Nord-Nord-Ouest de Bir-Hakim.

« À 11 heures, le bataillon de chars, appuyé par un groupe d'artillerie de 75-27 attaque un centre de résistance du système défensif ennemi qui barre le passage vers le Nord. Le bataillon de chars tombe sur un terrain miné, non signalé, et subit de graves pertes.

« La division est l'objet d'un tir violent d'artillerie de l'Est et du Nord-Est.

« Des reconnaissances en profondeur, avec des patrouilles d'autos blindées sont lancées et on commence la détection des mines pour ouvrir un passage vers le Nord. (...)

« Dans la nuit du 2 juin, la division reçoit l'ordre de se porter à l'aube sur Bir-Hakim, pour attaquer le camp retranché.

« Après une marche difficile à travers les champs de mines profonds de plusieurs kilomètres, les avant-gardes prennent contact à 10 heures avec le dispositif adverse.

« Le colonel Aldo Calloni, commandant le 21e régiment d'artillerie est tué.

« Un détachement d'autos blindées et des éléments d'infanterie en patrouille surprennent une colonne de ravitaillement et capturent, outre 350 prisonniers, quelques dizaines d'autos.

« Par les prisonniers, il est confirmé que le camp retranché de Bir-Hakim est occupé par la 1re brigade des Français libres, des éléments de la Légion étrangère, d'artillerie anglaise et de chars.

« Les défenses sont disposées en profondeur, protégées par de grands champs de mines. On apprend également que les assiégés disposent de très abondantes réserves de vivres et de munitions, mais que l'eau est rare.

« La division se dispose, face au Sud et au Sud-Est ayant sur sa gauche, à environ 6 à 7 kilomètres, la 90e division légère allemande et sur la droite un détachement allemand de reconnaissance.

« À midi, le colonel-général Rommel visite le dispositif et ordonne au général commandant d'envoyer des plénipotentiaires au commandant de la défense de Bir-Hakim pour lui intimer la capitulation.

« La mission fut confiée à deux officiers de l'état-major qui se présentent dans les lignes ennemies au général français qui refuse de capituler.

« L'attaque a lieu immédiatement, mais la résistance de l'adversaire, qui riposte vigoureusement, la rend très dure. Quelques points sans importance par rapport aux pertes subies, sont occupés.

« L'encerclement de Bir-Hakim est complété au Sud et au Sud-Ouest du 4 au 8 par l'arrivée de détachements allemands. La défense du camp est prise sous le feu de l'artillerie et de l'aviation de l'Axe.

« L'attaque est reprise par les 65e et 66e régiments d'infanterie qui gagnent du terrain, mais lentement et avec des pertes considérables.

« À plusieurs reprises, dans la journée et les jours suivants, de nombreux avions d'assaut mitraillent nos lignes. Quatre appareils du type
Curtiss sont abattus en deux jours.

« Toute la journée et toute la nuit, de violents combats ont lieu sur tout le front. Après neuf jours de rudes combats, l'ennemi, attaqué de tous côtés, décide d'abandonner la lutte, fuyant à la faveur de la nuit, à travers les lignes, surtout vers le Sud et le Sud-Ouest.

« À l'aube du 11, l'attaque est reprise avec violence.

« Les points d'appui et les ouvrages ennemis cèdent l'un après l'autre.

« À 8 heures, tous les objectifs sont occupés. Les avant-gardes des 65e et 66e régiments d'infanterie entrent dans le fortin de Bir-Hakim où ils rencontreront leurs camarades allemands de la 90e division légère venant du Sud, 170 prisonniers sont faits. Le butin est énorme mais on ne peut procéder qu'à un recensement sommaire, car, entre temps, la division a reçu l'ordre de partir immédiatement pour le Nord. »


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 19, juin 1949.