Xavier Gauthier

Un grand Français Libre disparaît


xavier-gauthierNotre ami Xavier Gauthier est mort le 15 mars dernier.

L'Association des Français Libres et la colonie française en Angleterre sont en deuil.

Né le 28 octobre 1891 à Ouroux, Rhône, et ayant terminé ses études classiques, il était mobilisé au 55e bataillon de chasseurs à pied, où, avec ses camarades composant ces troupes d'élite, il combattit avec toute son âme pour la patrie. Le 21 juillet 1917 il était grièvement blessé près de Saint-Quentin, mutilé, sans espoir de rétablissement complet, la réforme n° 1 vint interrompre de façon définitive sa carrière militaire.

Le chasseur Gauthier avait bien servi la France, et la croix de guerre achetée au prix de son sang, avait consacré ses services.

Entré aux Affaires étrangères en 1918, le hasard des affectations diplomatiques l'envoya successivement à Berlin, à Rio de Janeiro au Brésil, à Karsbruhe en Pologne, et ensuite à Malte en 1938. Nommé chevalier de la Légion d'honneur le 8 janvier 1931 ; Malte : 1938 à 1943.

En 1940, Xavier Gauthier est un de ceux qui n'ont pas faibli, ralliant la France Libre le 14 juillet de la même année, ayant discerné sans hésitation là où se trouvait la voie de l'honneur et du devoir.

Révoqué par Vichy le 20 novembre 1942, il était nommé délégué du Comité national français à Malte, quatre jours après, le 24 novembre 1942.

Pendant cette période difficile, quel réconfort, quel soutien incomparable n'a-t-il pas été auprès de nos camarades des Forces françaises libres que les hasards de la guerre jetaient dans cette île. Et, pour tous les Français, quelle satisfaction au cours de ces années tragiques, quand la résistance presque désespérée de Malte suscitait l'admiration du monde entier, de savoir qu'un des nôtres, un grand Français, était là, partageant les dangers des héroïques défenseurs de la forteresse attaquée, accomplissant pleinement la volonté du général de Gaulle qui voulait que la France soit présente partout où l'on combattait.

Et à Malte, Gauthier représentait bien la France Combattante.

Le 12 octobre 1943, il était nommé à Londres comme consul général.

À Londres, il trouve une colonie décapitée depuis 1940 et un consulat endormi dans l'inertie et l'ombre et, avec une rapidité d'action extraordinaire, revivifie la première et transforme le second en véritable maison de France.

Xavier Gauthier avait trois passions : celle de la patrie, celle de la famille et celle du devoir.

Il se pencha surtout et d'abord sur les misères humaines, aidant tout particulièrement tous les comités français d'action charitable.

Il tenait à recevoir personnellement tous ses administrés et sa réception était d'autant plus chaleureuse que ses interlocuteurs étaient les plus pauvres ou les plus misérables.

C'est dire combien cet homme de grand coeur a été pour la colonie française, dans le sens le plus noble du mot, un véritable Pater Familias.

En récompense de tels services, le gouvernement de la République lui accorda de nouveaux avancements. Le 16 janvier 1947 il était promu « administrateur de classe exceptionnelle, et officier de la Légion d'honneur ».

Xavier Gauthier repose maintenant dans l'humble cimetière de Loché par Mâcon, avoisinant son mas où il aurait dû pouvoir passer, comme il y avait droit, de nombreuses et paisibles années d'une retraite bien gagnée.

Il nous a quittés, en paix, d'une façon magnifique, pour aller, a-t-il dit, retrouver tous ses amis, les morts de 1914-1918, les morts de 1939-1945, et tout particulièrement les morts de SA France Libre qu'il considérait comme une deuxième famille.

Et si, sur sa tombe, par les soirs d'été ou d'hiver, surgit un feu follet, il prendra sûrement la forme d'une croix de Lorraine, flamme brillante et pure comme son passé.

Que Mme Xavier Gauthier et ses enfants reçoivent ici l'expression de notre grand chagrin et de nos profondes condoléances.

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An appreciation of Mister Xavier Gauthier, French Consul at Malta during the siege and French Consul General in London from 1944 to 1952.

My wife and I first met Mister Gauthier some time in early 1939, when he came to Malta as French Consul from Gdynia in Poland. We soon became great friends with him, his wife and his young family.

When the crash came in 1940, and France was invaded, like us he was bewildered by the turn of events, « the French regime collapsing, the people fleeing, the Allies retreating, the most illustrious commanders defecting ». Nevertheless, Mister Gauthier believed in France and when the Vichy Government collaborated with the Germans he refused to do so.

At first he had a most difficult time for the French prestige was very low and many hard things were said in the British Colony. Mister Gauthier, however, never faltered, he kept his head high and there was never any doubt about his attitude.

He kept French flag flying and even before de Gaulle took over the leadership of the Free French, Mister Gauthier was waging war, singlehanded, in the Mediterranean against the Germans and defying Vichy. He was the rallying point for all the French who refused to collaborate, and kept the morale of the French Colony high. He restored French prestige and showed us all what one man could do who believed in miracles and believed in France.

When general de Gaulle took over the leadership of the Free French Mister Gauthier was ready and loyally assisted him in every way to the end. From time to time French ships came into Malta and French men escaped from North Africa to join up with the Free French and the Allies. He looked after them well and assisted them in every way. He was the channel of communication between North Africa and the Allies and rendered inestimable service.

Throughout the siege of Malta he never faltered even in the darkest days. He knew that France and the Allies would win through in the end and his example, despite the pitiable state of his homeland, was an inspiration to us all.

He suffered like all of us the bombing and starvation in Malta but his morale despite the appaling conditions was always high. During the siege his son, François, was extremely ill and almost died. Despite this domestic tragedy, he never let it interfere with his work for France.

He stayed on in Malta after we left in 1942 and it was a great joy to us when in 1943 or early 1944, we found that he had been appointed as Consul General in London and we were able to renew our friendship. He was a charming man, a loyal friend, a wise and cultured representative of France. He did much to cement the friendship between the French, British and the Maltese.

We were so sad when he retired a few years ago but it was a great joy to us when we were able to visit him at his house at Mâcon just six months ago where he had settled down most happily.

We have lost one of the best friends we ever had and the tragedy of his sudden death has shocked us.

I was proud to know him, and proud to have served with him during the trying days in Malta, and above all I was struck by his courage, his morale and his feeling that all would be well in the end if we fought on.

H.B.F. Dixon

Brigadier R.A.M.C. retired (Late Officer Commanding Military Hospital, Imtarfa, Malta, 1938-1942


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 78, mai 1955.