Dès avant l’armistice,
lorsque Pétain nous disait à la radio
«il faut cesser le combat» avec une voix
que je n’oublierai jamais, j’ai refusé
catégoriquement et totalement la défaite
et n’ai eu qu’un désir : continuer,
puis reprendre le combat. Il n’y avait pas à
la base de ma position une analyse critique de la situation,
ou une motivation d’ordre politique quelconque
(ce n’est qu’après la guerre que
je me suis engagé dans l’action politique),
mais simplement la conviction élémentaire
qu’il y avait incompatibilité entre la
dignité et la soumission, et aussi l’idée
que nous finirions par gagner et que le devoir de tout
Français normalement constitué était
de se battre pour participer à cette victoire,
que je pensais d’ailleurs avoir peu de chance
de voir.
Se battre dans la résistance, se battre à
visage découvert, l’alternative était
secondaire. J’avoue cependant que, quand j’ai
rejoint Londres en 1943 après deux ans d’actions
clandestines, je n’avais qu’un désir,
combattre avec les armées, en soldat. Je me suis
laissé convaincre de rentrer en France et je
reconnais que c’était sans doute là
que mon expérience me permettait de rendre le
plus de services. Mais je reconnais aussi avoir fait
ce voyage de retour sans plaisir. Le contenu de cet article est
issu de l'ouvrage en 7 volumes "La
mémoire des Français libres. Hommes &
Combats" édité par la Fondation de
la France Libre. |