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Allocution de Georges Caïtucoli, président
de l’amicale des SAS
Georges Caïtucoli, président
national des Parachutistes Français Libres du
« Special Air Service », a rejoint cette
unité en Angleterre en provenance de Rayak.
Chef de stick, parachuté en Saône-et-Loire
début août 1944 pour préparer le
débarquement du sud, il participe à toutes
les opérations de sabotages et d’embuscades
sur les voies de communication ennemies.
Cité à l’ordre de l’Armée
aérienne, il obtient la médaille militaire
et la Military Medal britannique.
Parachuté en Hollande le 7 avril 1945, encerclé,
il refuse avec son stick de se rendre. Il est blessé
dans le combat qui a suivi. Prisonnier, il est amené au camp spécial de Taarmstedt entre Cologne et Hambourg, il s'en évadera deux semaines après, porteur de messages pour le Q.G. du général Montgomery, commandant la VIIIe Armée.
Cité à l’ordre de l’Armée,
il est décoré de la croix de guerre hollandaise.
NDLR
L’année dernière prenant, ici même,
la parole par tradition, je vous disais mon vœu,
mon espoir de dédier un jour ce Mémorial
que nous avions inauguré le 4 septembre 1984,
à tous les hommes du «Special Air Service»,
à tous ceux qui, exaltés par leur fameuse
devise «Qui ose gagne», ont combattu jusqu’à
l’ultime sacrifice.
Aujourd’hui, en lisant, la gorge serrée,
ces noms gravés pour toujours en ce lieu, nous
vétérans que seul le hasard a transformés
en survivants, car il y a eu, lors de nos combats, tant
de balles connues et inconnues qui nous ont frôlés,
nous que le destin a voulu épargner, nous qui
sommes encore là, dernière mémoire
de ces temps de guerre, nous revoyons, comme dans un
rêve, défiler la cohorte de ceux qui sont
morts à nos côtés.
Passant qui demain s’arrêtera ici, enfants
de France, enfants de partout si vous saviez quelle
foi, quelle force, quelle détermination étaient
en eux. Si nous avions pu ajouter sur ces stèles
l’âge de chacun, vous auriez découvert
que la plupart avaient à peine 20 ans. Vingt
ans et une formidable envie de vivre. Cette vie qu’ils
ont offerte sans marchander, jusqu’au jour où
l’heure de la donner est venue, parce que c’était
le prix à payer pour votre liberté d’aujourd’hui.
Alors, sachez qu’ils sont tombés sur tous
les fronts, en avant-garde de toutes les offensives,
de la Cyrénaïque, la Tripo-litaine, la Tunisie,
l’Italie, la France, la Belgique, jusqu’à
la Hollande pour finir, fiers d’appartenir à
cette exceptionnelle unité de combat dont le
sigle des trois lettres SAS allait devenir, et ils ne
le savaient pas, légendaire grâce à
eux.
En revoyant tous ces visages disparus à jamais,
en entendant encore le rire merveilleux de certains
d’entre eux, je mesure mieux la difficulté
d’évoquer pour les jeunes générations,
la formidable aventure vécue par cette poignée
d’hommes qui, en maintes occasions, fut amenée
à se dépasser.
Avec l’humilité dont les survivants ne
devraient jamais se départir, je vais essayer
de vous dire comment et pourquoi, avec enthousiasme,
ils se sont portés volontaires pour l’unité
sûrement la moins conventionnelle, la moins classique
des armées britanniques qui prit le nom mystérieux
de «Special Air Service».
Tout a commencé en 1941. À l’époque
la Libye et l’Égypte étaient les
seuls territoires où forces de l’axe et
Alliés s’affrontent dans un va-et-vient
d’offensives et de contre-offensives.
La VIIIe Armée britannique venait d’être
bousculée par l’Afrika-Korps. Les Français
Libres de Kœnig engagés dans cette bataille
avaient alors permis d’éviter que cette
défaite ne se transforma en déroute. Tenant
héroïquement Bir-Hakeim, carrefour du désert,
ils avaient empêché les Allemands de compléter
leur victoire par un encerclement des forces alliées
prises à revers.
Au milieu de ces hommes qui se battirent, encerclés
dans les sables, à un contre dix, dans des conditions
qui firent l’admiration de tous et même
celle de l’adversaire, il y avait le capitaine
Jean Simon, plus tard général d’armée,
aujourd’hui chancelier de l’ordre de la
Libération que nous sommes si fiers d’avoir
près de nous, ici, pour honorer cette cérémonie.
Mais cela n’avait pas empêché Rommel
de pénétrer profondément en Égypte,
de contrôler les deux bords de la Méditerranée
et de refouler les bases de la Royal Air Force, jusqu'au Nil. Celle-ci, avec un rayon d’action
rétréci ne pouvait plus protéger
efficacement les indispensables convois maritimes de
ravitaillement. Comment empêcher la Luftwaffe de détruire
impunément les convois, sans défense aérienne
possible sur une importante partie de leur trajet?
C’est alors que David Stirling, officier écossais
des Guards incorporé aux "Specials Forces", à l’imposante stature, à
la volonté et à la ténacité
bien connues, aux pensées militaires réputées
pour leur non conformisme, en eut une nouvelle qu’il
proposa à un haut commandement, parfaitement
stupéfié par une telle suggestion.
Privilégiant comme toujours l’action individuelle,
il suggérait, tenant compte de la situation inquiétante
de cette fin d’année 1941, et pour suppléer
l’infériorité de la RAF, de faire
attaquer au sol les avions allemands, directement sur leurs
aérodromes, par des petits groupes de combat spécialement
entraînés, s’infiltrant très
loin sur les arrières ennemis.
Après bien des hésitations, les généraux
Ritchie et Auckin-leck, parce que cela demandait peu
de moyens, risquait peu de monde et qu’ils étaient
à court de solutions, donnèrent leur accord.
Le «Special Air Service» était né.
Pour commencer, David Stirling, histoire d’impressionner
et bluffer l’ennemi, le qualifia de brigade, alors
que son effectif opérationnel ne devait pas atteindre trois cents
hommes.
Premières missions, premiers échecs,
premières pertes, car il y avait tout à
apprendre pour les hommes de la bande à Stirling
parfaitement préparés, particulièrement
motivés, ne reculant devant aucune audace, mais
obligés d’improviser dans l’action
même, et dotés de moyens rudimentaires
mal adaptés à ce type inédit d’opération.
Les leçons rapidement tirées, le patron
des SAS qui n’avait jamais su conjuguer le verbe
se décourager, organisa, avec ses premiers complices,
le grand, le formidable Paddy Mayne, Lewis, Fraser,
pour ne citer qu’eux, de nouvelles missions.
Elles furent des victoires qui stupéfièrent
l’état-major. À Tamet où
Paddy Mayne eut le toupet, en décembre 1941,
de retourner deux fois à 15 jours d’intervalle
24 + 27, au total 51 appareils détruits. À
Agebadia, où Fraser battit le record des destructions
en faisant, avec son petit groupe de cinq hommes, sauter
34 avions de guerre. Dans la chasse à l’homme
qui suivit, Lewis fut tué. Fraser, de son côté,
n’arriva pas à temps au point de rendez-vous
où il devait être récupéré.
Alors ne doutant de rien, il décida de regagner,
avec son équipe, les lignes anglaises à
pied. 200 km de désert pratiquement sans eau,
sans vivres. Après d’incroyables péripéties,
récupérant de quoi subsister en attaquant
les véhicules ennemis isolés, ils sont
enfin découverts par une patrouille anglaise.
Épuisés, ils étaient à la
limite de leurs forces et ne pouvaient plus que se traîner
sur le sable.
Le commandement impressionné nomma Stirling
major et favorisa le recrutement nécessaire à
la poursuite des missions. Mais former des hommes à
de telles aventures, c’est long.
C’est alors que le chef des SAS apprend l’arrivée
au Moyen-Orient de la 1re Compagnie de parachutistes
Français Libres. Venant d’Angleterre où
elle a été formée, elle est commandée
par le capitaine Bergé, un Gascon, force de la
nature, décidé, entêté, à
qui le général de Gaulle a demandé,
dès le mois d’octobre 1940, de former une
unité de parachutistes avec des volontaires ayant
rejoint l’Angleterre, En réalité,
ils ne sont que 70, mais tous brevetés, parfaitement
entraînés, motivés. C’est
exactement ce que Stirling recherchait.
Ce dernier, après une mémorable entrevue
avec le général de Gaulle, obtient, mais
seulement parce qu’il est Écossais, nuance
déterminante, d’intégrer sous le
nom de «French Squadron», la 1re Compagnie
au SAS.
Le major est d’autant plus heureux de cet apport
qu’il découvre que le capitaine Bergé
est un homme comme il les aime. Son histoire l’impressionne
et il y a de quoi. En juin 1940, Bergé fait partie
de ceux qui se battent, alors qu’autour on ne
parle que de retraite. Blessé au combat, il n’accepte
pas la défaite et réussit à embarquer
pour l’Angleterre depuis Saint-Jean-de-Luz.
Sur ordre du Général, il constitue, recrute,
forme cette unité de parachutistes dans les rangs
de laquelle seront sélectionnés ceux qui
vont avoir le redoutable honneur d’accomplir les
premières missions spéciales en France
occupée. C’est ainsi que le capitaine Bergé sera
avec Joël Le Tac, Forman et deux autres camarades,
parachuté dès le mois de mars 1941, en
Bretagne, pour tenter la première de toutes les
interventions militaires alliées en Europe, depuis
la défaite de notre pays. Revenu en Angleterre par sous-marin, le capitaine Bergé
a donc, déjà, sans le savoir, et dans
des conditions extrêmement difficiles, réalisé
un type d’opération que n’aurait
pas renié David Stirling. Il ne leur sera pas
difficile de s’entendre.
Aussi, après un entraînement spécifique
complémentaire, les hommes de Bergé sont
progressivement intégrés à leurs
camarades britanniques pour de premières missions.
Cela se réalisera, par exemple, en juillet 1942,
lorsque David Stirling aura décidé une
attaque générale des aérodromes
allemands. Des groupes, opérant simultanément,
se chargeront des terrains d’envol de la côte
libyenne. L’un d’entre eux sera même
envoyé par sous-marin en Crète pour s’occuper
de la base de Héraklion d’où décollent
les avions spécialisés dans l’attaque
des convois.
C’est Bergé qui est désigné
pour cette mission avec Lord Jellicoe, trois Français
et un Grec. Elle sera une formidable réussite.
Vingt-deux appareils détruits ainsi que les dépôts
de bombes et de carburant. Mais dans la traque impitoyable
qui suivra, l’équipe sera décimée.
Loestic qui n’avait que 17 ans sera tué.
Bergé, Sibard et Mouhot seront pris. Ce
dernier réussira un formidable exploit. Trois fois il s'évadera mais sera repris pour être placé dans des camps disciplinaires. la troisième fois, les Allemands ne le reverront plus et, traversant seul, sans aide, l'Allemagne, les Pays Bas, la Belgique, la France et l'Espagne, un an après presque jour pour jour, il rejoindra son unité en Angleterre.
De leur côté, sur la côte, les hommes
de Stirling ont, par dizaines, fait sauter les avions
de guerre de la Luftwaffe. Si vous saviez, vous qui
m’écoutez, que de fabuleux exploits se
cachent sous la sécheresse de ces deux lignes
de bilan et combien je regrette, le temps m’étant
compté, de ne pas pouvoir vous raconter certains
d’entre eux. Quelques mois plus tard, Stirling va en réussir
un autre qui est devenu légendaire.
Changeant de tactique, il décide de s’équiper
en Jeep sur lesquelles il monte des mitrailleuses jumelées complétées par des mitrailleuses lourdes de 12/7
pour leur donner une puissance de feu pouvant faire
des ravages.
Avec ces engins il projette tout simplement de se «promener»
en territoire ennemi, et, au moment propice, pénétrer
en force sur un aérodrome pour tout y détruire.
Idée folle mais «Qui ose gagne»,
elle va réussir.
Après un détour par le sud désertique,
il remonte cap au nord et, après mille difficultés
que je vous laisse imaginer, il est à l’approche
du terrain d’envol de Sidi Hanneisch.
La nuit venue, il dispose ses 16 Jeep en U renversé.
Trois d’entre elles ont des équipages français
avec à leur tête le capitaine Jordan qui
a pris la succession de Bergé, au commandement
du «French Squadron. » À 1 heure du matin c’est l’attaque.
Elle cloue sur place une défense qui n’a
pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait. Soixante
mitrailleuses avançant comme à la parade,
crachent la mort sur leur passage et laissent en feu
34 avions de guerre.
Quelle escadrille n’a pas rêvé d’un
tel tableau de chasse en quelques instants de combat...
Une seule Jeep a été perdue mais dans
la poursuite organisée par un ennemi rendu enragé
par cette défaite, l’aspirant André
Zirnheld succombera à ses blessures.
Dans ses papiers, ses camarades trouveront une admirable
prière aujourd’hui récitée
avec ferveur par tous les paras.
Après ce formidable succès, David Stirling
se lancera avec ses Jeep dans un harcèlement
permanent des arrières ennemis, y créant
un maximum d’insécurité afin de
favoriser la poursuite victorieuse de l’offensive
de la VIIIe Armée de Montgomery, lancée depuis El Alamein. Il continuera
son action en Tunisie. C’est là qu’un
matin, il sera pris. Quelques jours plus tard Jordan
tombera à son tour aux mains de l’ennemi.
Tous deux rejoindront Bergé à la fameuse
forteresse de Colditz où les Allemandes l’ont
enfermé.
Ainsi, par la force des choses, dans cette rétrospective,
je ne vous parlerai plus directement d’eux. Alors
avant de les quitter seulement dans ce discours, je
veux dire à David Stirling que nous avons la
joie et l’honneur d’avoir ici, parmi nous,
entouré de ses camarades de combat et d’infortune,
Bergé et Jordan, d’abord notre admiration
pour les formidables victoires grâce à
lui obtenues dans cette lutte contre la Luftwaffe. Parce
que plus de 400 avions ont été détruits
par ses SAS, Montgomery dira plus tard que cela a pesé
très lourd dans la bataille contre l’Afrika-Korps
de Rommel.
Ensuite, notre immense reconnaissance pour avoir donné
aux parachutistes de la France Libre, la possibilité
de se battre dans de si extraordinaires conditions et
d’être associés à tant de
succès.
Notre gratitude aussi au général Bergé,
héros de la première mission en France
qui a permis que sa première compagnie devienne
le «French Squadron», et à son successeur
Jordan, futur ambassadeur, qui fut de toutes les missions
en Libye jusqu’à sa capture en Tunisie.
La suite va donc se faire sans eux, car la guerre continue.
Nous sommes en 1943, et une page va être tournée.
Après la défaite totale de l’Afrika-Korps,
c’est en Italie que le Special Air Service poursuivra
ses missions. Sous le commandement de Bill, frère
de David Stirling, il devient régiment.
De la Sicile en mai 1943, jusqu’au Brenner en
Autriche, en février 1945, des sticks seront
parachutés derrière les lignes ennemies
pour préparer les grandes offensives alliées
dans la péninsule. Il n’est malheureusement
pas possible de vous décrire cette succession
de succès qui impressionnent les états-majors,
cette succession de formidables aventures pour ces hommes
qui se battent seuls, sans recours, livrés à
eux-mêmes loin des lignes amies. La liste est
longue des SAS qui mourront ainsi solitaires dans une
campagne italienne, blessés à mort, agonisants,
dans l’impossibilité de recevoir des soins.
Leur noms sont maintenant gravés ici, mais on
ne saura rien de leur martyr.
Un nouveau "French Squadron" est formé sous le commandement du capitaine de Sablé et incorporé au SAS. C'est lui qui réduira les défenses de l'île de Pantaleria, qui a une position stratégique entre la Tunisie et la Sicile.
Pendant ce temps, les rescapés du French Squadron
sont ramenés en Angleterre où il vont
aider à la formation et l’entraînement
de tous les volontaires évadés de France
ou venus d’Afrique du Nord et de Corse.
Deux unités françaises seront ainsi créées
et intégrées au «Special Air Service».
Celui-ci, en ce début de 1944, peut enfin mériter
l’appellation de «Brigade» que Stirling
avait pompeusement donnée à sa bande,
deux ans plut tôt. En effet, à cette date,
il se compose de deux régiments britanniques
et deux français. En avril une compagnie belge
viendra compléter l’effectif. Pour tous,
c’est, dans la fébrilité, l’attente
du débarquement.
Début juin, le colonel Bourgoin et son adjoint
Puech Sanson apprennent que le 4e SAS aura l’honneur,
dès le 5 juin 1944 d’être le premier
engagé dans «Overlord» nom de code
de la bataille de la Libération, avec mission
de bloquer en Bretagne les unités allemandes
qui y sont concentrées, afin de les empêcher
d’aller renforcer le front de Normandie.
Dès cette nuit, Deplante, Marienne, Botella,
Deschamps et leurs hommes seront parachutés.
Une heure après l’équipe radio de
Marienne repérée, est décimée.
Émile Bouétard sera ainsi le premier mort
allié de l’opération du débarquement.
Pendant des semaines, avec le concours des maquis,
partout en Bretagne, les SAS vont faire régner
l’insécurité au prix de pertes dramatiques
car les réactions allemandes sont aussi violentes
qu’impitoyables. Le 17 juin à Saint-Marcel,
la base, créée avec le concours des forces
de l’intérieur, doit être abandonnée
après une dure bataille qui coûtera très
cher à l’ennemi. Un peu plus tard Marienne,
trahi, sera abattu ainsi que ses camarades, par la Gestapo.
Aux derniers jours des combats en Bretagne, Ithuria
qui était avec Stirling et Jordan à Sidi
Hanneisch, trouvera la mort.
Mais parallèlement, à cet engagement
en Bretagne, dans le cadre de la bataille de la libération,
partout en France les SAS sont en action.
Britanniques, Belges, Français du 3e SAS avec
Conan, sont parachutés dans toutes les régions.
Mais comment vous décrire ou seulement évoquer
ces missions accomplies sur notre sol par les hommes
dont la devise est «Qui ose gagne». Il y
eut tant d’exploits, il y eut tant de deuils.
C’est le groupe britannique du capitaine Tonkin
largué, lui aussi, dès le 5 juin près
de Montmorillon; parti avec 40 hommes du 1er SAS, 33
trouveront la mort.
C’est le major Fraser et Josling qui étaient
avec Stirling sur leurs Jeep à Sidi Hanneisch;
le 6 juin, eux aussi, seront parachutés dans
le Morvan. Ils se battront avec les maquis pendant 3
mois complets.
C’est Sicaud et sa compagnie du côté
de Pont-de-Roide, après une mission en Bretagne c’est le major Frank qui avec
une centaine de SAS mènera la mission Pistol-Loyton
à laquelle participeront notre camarade Pichon. Il perdra 25 hommes tués ou fusillés.
C’est Fournier en Vendée, c’est Vauthier
dans la Vienne.
C’est Conan lui-même qui, dans le Lyonnais,
crée l’insécurité avec une
partie du 3e SAS qu’il commande et tant d’autres
missions que je ne puis citer, hélas. Mais c’est
aussi l’épopée du capitaine de Combaud
à la tête de ses Jeep armées qui
ont repris la tradition de Libye.
Profitant d’une attaque alliée à
Avranches, il s’infiltre avec ses véhicules
en territoire occupé. Roulant de nuit, rusant
avec l’ennemi, il parvient à répartir
ses voitures pour renforcer des sticks au combat. Lui-même
avec quatre Jeep est arrivé dans cette région
de Saône-et-Loire, celle de son enfance, celle
aussi où ses amis Jarrot dit «Goujon»
et Mary Basset, héros de la Résistance,
qu’il a rencontrés en Angleterre lors de
leurs voyages clandestins, ont la responsabilité
des forces de l’intérieur.
Depuis des semaines les sticks de Colcombet,
Porot, Rouan, Akar, Gayard, Zermati et d’autres,
désorganisent les voies de communication
et montent des embuscades particulièrement meurtrières.
Guy de Combaud va immédiatement s’y associer,
multipliant l’efficacité de ces attaques.
Le 3 septembre, l’ordre est donné de bloquer
toute retraite à un convoi qui se forme à
Sennecey-le-Grand pour se replier. Guy de Combaud décide
de s’en charger et le 4 septembre, au petit matin,
les quatre Jeep, leur capitaine en tête, vont
prendre cette petite
route au bord de laquelle nous nous trouvons. Aucune
ne reviendra.
Les voitures remontant, dans la rue principale, le
convoi prêt au départ, crachent la mort
à bout portant de toutes leurs mitrailleuses.
La voie de dégagement prévue étant
inopi-nément bloquée, elles ne peuvent
que reprendre le chemin de l’aller. Une à
une les Jeep seront détruites. Seule la quatrième
traversera, véhicule fou, le barrage de feu,
avec ses hommes grièvement blessés. Joseph
Tramoni et Alexis Baude seront miraculeusement sauvés
par des résistants qui les récupéreront
et les évacueront à travers les bois proches.
C’est en souvenir de ce fait d’arme que
le mémorial a été érigé
à Sennecey-le-Grand, en bordure de ce chemin
que Guy de Combaud, père de six enfants, et ses
camarades ont pris pour aller vers leur destin.
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Inauguration
à Sennecy-le-Grand du mémorial des
parachutistes SAS.
Le monument. |
Fin septembre, les missions en France sont terminées,
notre pays est en grande partie délivré.
Les SAS sont ramenés en Angleterre pour s’équiper
à nouveau et entraîner les jeunes volontaires,
la plupart venus des maquis où, depuis des mois,
les combats ont été menés ensemble.
C’est eux qui vont combler les pertes cruelles
qui ont accompagné les succès de toutes
les opérations.
Au printemps 1945 la fin de la guerre est proche. Sur
tous les fronts l’armée allemande recule.
Mais alors que d’aucuns pensent que les paras
n’auront plus l’occasion d’être
engagés, brusquement, début avril, c’est
à nouveau l’efferves-cence et l’envoi
au camp secret, prélude habituel des départs
en mission.
Le général Calvert qui commande la brigade
vient de décider que dans la nuit du 7 au 8 avril
tous les sticks des 3e et 4e SAS sous les ordres de
Bollardière et Puech-Sanson seront parachutés
en Hollande, en avant-garde des blindés canadiens
bloqués à Coeverden.
À quelques semaines de la fin de cet épouvantable
conflit, à quelques semaines de la victoire des
armées alliées, les SAS vont être
lancés dans une ultime mission. Fidèles
à leurs engagements ils en accepteront tous les
risques et se battront, là aussi, jusqu’au
dernier sacrifice.
Ce sera Betbeze lançant ses hommes à
l’assaut d’un QG allemand à Westerbork. Ce sera Taylor, si jeune avec ses galons de lieutenant,
tué d’une balle en pleine tête. Ce sera Judet qui a échappé, en Bretagne,
à l’exécution près de son
chef Marienne. Cette fois, il n’y aura pas un
deuxième miracle. Il sera fusillé et ne
connaîtra jamais le fils que sa femme, en Angleterre,
vient de lui donner.
Ce sera Valayer et son stick. Refusant de se rendre,
ils périront brûlés vifs dans la
grange où ils s’étaient repliés.
Ce sera Rouan et ses hommes encerclés dans une
ferme à 200 kilomètres des lignes, qui
n’accepteront pas de répondre aux ultimatums
répétés exigeant leur reddition. Dans la sortie désespérée qu’ils
tenteront de faire, dans un combat livré pour
l’honneur, tous seront atteints. Rouan la poitrine
transpercée ne sera sauvé que par miracle.
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Inauguration
à Sennecy-le-Grand du mémorial des
parachutistes SAS.
Les autorités. |
Aujourd’hui, à Assen, un monument rappelle
aux Hollandais, avec les noms de tous leurs morts inscrits
dans la pierre, le sacrifice, en ces derniers jours de
guerre, des parachutistes français du «Special
Air Service» qui, jusqu’au bout ont respecté
la tradition du combat SAS.
«Qui ose gagne» était leur devise.
Ils ont osé en permanence. Ils ont gagné
souvent. Mais ils l’ont payé très
cher. Toujours.
Jeunesse de France, jeunesse de tous les pays, puissent
ces combats exemplaires brièvement évoqués,
rester en vos mémoires. Puissiez-vous ne jamais
oublier ce qu’avec courage, générosité,
désintéressement, détermination
ces hommes de 20 ans destinés à une mort
en milieu ennemi, souvent torturés et fusillés,
ont volontairement accepté comme sacrifice, pour
qu’un désastre se transforme en victoire
et que la France retrouve son honneur, pour que l’asservissement
soit vaincu et que l’Europe retrouve sa liberté.
Liberté, ce bien unique et précieux que
vous avez eu la chance de toujours connaître depuis,
mais dont on ne mesure, hélas, la vitale nécessité
que lorsqu’on l’a perdue. Parce qu’ils vous l’ont léguée
au prix de leur vie, alors nous vous le demandons, ne
l’oubliez jamais.
Le contenu de cet article est
issu de l'ouvrage en 7 volumes "La
mémoire des Français libres. Hommes &
Combats" édité par la Fondation de
la France Libre. |