Dans la bataille
de Provence
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| L’armada
alliée en vue des côtes de France. |
Le 18 avril 1944, le général de Gaulle confie
au général de Lattre le commandement de
l’armée B française, appelée
à prendre part, au sein de la VIIe armée
américaine, à la libération de la
France, à partir de la côte méditerranéenne.
Il met à ses ordres sept divisions : les 1re
et 5e divisions blindées formées en Afrique
du Nord, la 9e division d’infanterie coloniale
qui, en juin 1944, a conquis l’île d’Elbe,
ainsi que les quatre grandes unités et le groupement
de Tabors, qui constituaient le «Corps expéditionnaire
d’Italie» du général Juin
: il s’agit de la 3e division algérienne,
celle de Cassino, les 2e et 4e divisions marocaines
et la 1re Division Française Libre.
Ces divisions et les Tabors ont par trois fois rompu
le front allemand d’Italie, sur le Garigliano,
sur la ligne fortifiée Gustav, puis sur la position
de résistance de Radicofani.
Des éléments de réserve générale
complètent cette armée B, qui au total
comprend 200000 hommes.
La 1re Division Française Libre, commandée
par le général Brosset, est mise le 20
juin à la disposition du général
de Lattre.
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| La campagne de
France s’engage le 15 août 1944,sur
les côtes de Provence. L’armée
B française, commandée par le général
de Lattre de Tassigny (au total : 200000 hommes),
y prend part au sein de la VIIe armée américaine. |
À Marchianisi, non loin de Tarente, le général
de Gaulle vient le 30 juin saluer «ses vieux compagnons»
dont les vétérans ont inscrit en lettres
d’or sur leurs drapeaux les victoires de Bjervik
et Narvik 1940, Keren, Massaouah 1941, Bir- Hakeim 1942,
Tunisie 1943 enfin Garigliano, Rome, Radicofani 1944.
Il connaît la valeur de ces volontaires qui forment
une division impériale par essence, car ils sont
venus de toutes les provinces de France et de tout l’Empire
: Africains d’AEF et d’AOF, Malgaches, Algériens,
Tunisiens et Marocains, Indochinois et Pondichériens,
Tahitiens, Calédoniens et Canaques, Libanais
et Syriens, Antillais, fusiliers-marins, marsouins,
anciens du Levant et légionnaires, pieds-noirs
et évadés de France par l’Espagne.
Tous attendent depuis 1940 le moment de débarquer
en France que la plupart ne connaissent pas. Les véhicules
de la division sont réunis à Tarente et
Brindisi pour être mis en état de débarquer
à proximité des plages, «waterproofés»
disons-nous ; et au début du mois d’août
la DFL et son fidèle soutien, le 8e régiment
de chasseurs d’Afrique (armé en tank-destroyers),
sont prêts à embarquer.
Le mois de juillet a été mis à
profit par l’état-major de la division
pour travailler avec celui de l’armée B
arrivé en Italie. De son côté, la
troupe ne chôme pas, elle goûte aussi aux
délices locaux; quant à nos fusiliers-marins,
ils échangent quotidiennement des horions avec
matelots italiens et les carabiniers.
Le 10 août, le général de Lattre
réunit les commandants de division 1re DB –
3e DIA – 1re DFL, à bord du Batory qui
porte sa marque en tête de mât, et expose
son idée de manœuvre; la date du débarquement
allié en Provence est fixée au 15 août.
À la 1re Division Française Libre revient
de droit, dit-il, l’honneur de débarquer
la première dans sa totalité, elle reçoit
«la mission la plus rude» : «Saisir
l’ennemi à la gorge, fixer et maintenir
sur place les forces allemandes qui défendent
face à l’est le camp retranché de
Toulon». C’est là que l’ennemi
applique son effort principal. Son système défensif,
au long du front de mer, comporte deux positions bien
organisées avec abris bétonnés,
nombreuses batteries fortifiées prises en novembre
1942, et des champs de mines ; il est tenu par la 242e
division, renforcée de bataillons de fusiliers
marins et canonniers de la Kriegsmarine. La 3e division
algérienne reçoit «la mission de
prendre en défaut la défense allemande
en la débordant largement par le nord, elle doit
ensuite lui porter un coup de poignard dans le flanc
en encerclant la place et la surprendre en l’attaquant
dans une direction inattendue.»
Le commandement allié, voulant pouvoir disposer
d’un port pour le 25 septembre, fixe le commencement
des opérations de l’armée B à
la fin du mois d’août. Dès lors,
les Américains programment en conséquence
l’arrivée du 2e échelon de troupes,
celle des hôpitaux, l’apport des vivres,
de l’essence, des munitions et même de l’eau
car ils jugent celle de Provence non potable.
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| Venues d’Oran,
de Tarente et de Corse, les troupes françaises
débarquent sur les plages de Cavalaire, Saint-Tropez,
Sainte-Maxime et Saint-Raphaël. |
Nous appareillons le lendemain, voguant en direction de
Bizerte, en exécution d’un «plan de
déception» plutôt enfantin puisqu’au
même moment la BBC annonce «l’ouverture
du front sud». Après être passés
entre la Sicile et la Tunisie nous entrons dans une «noria»
compliquée de convois,les uns viennent d’Oran,
d’autres, comme nous, sont partis d’Italie,
quelques- uns proviennent de Corse. Mille sept cents bâtiments
de tout genre, dont 60 paquebots, cheminent par vagues
successives, suivant des itinéraires compliqués
vers la côte des Maures.
La Naval Western Task Force, forte de 250 navires de
guerre, dont cinq cuirassés et neuf porte-avions,
armada la plus importante qu’ait jamais portée
la Méditerranée, veille sur ce déplacement.
On re-connaît de nombreux bâtiments français,
le Georges Leygues, le Montcalm et les escorteurs de
la France Libre qui portent à la poupe le pavillon
à croix de Lorraine.
L’état-major de la 1re DFL voyage à
bord du Sobiesky, paquebot polonais qui a participé
à tous les débarquements de vive force
de la guerre : Norvège, Madagascar, Afrique du
Nord, Salerne, Anzio; c’est lui qui a ramené
en France, le 14 juin 1940, la 13e Demi-Brigade de Légion
Étrangère après sa victoire de
Narvik (1). Dans le salon avant, le général
Brosset réunit les officiers, les met au courant
de la situation en Normandie, puis du rôle qui
les attend dans la mission confiée à la
division.
Le soir même, vers 20 heures, les commandos quittent
la Corse, deux opérations préliminaires
au débarquement sont prévues, l’une
menée par le «Groupe naval d’assaut»
français qui aborde dans un champ de mines à
Théoule et sera détruit par les Allemands,
l’autre par des Rangers américains et les
Commandos d’Afrique du lieutenant-colonel Bouvet
qui débarquent dans la région de Cavalaire.
Cap Nègre, Le Lavandou. Après l’escalade
d’une falaise à pic d’une soixantaine
de mètres, nos commandos détruisent la
batterie du Cap Nègre, les autres formations
nettoient la zone qui mène aux plages de Canadel
et du Rayol.
Ces deux actions précèdent le largage
au petit matin du 15 août entre Draguignan et
Fréjus d’une division aéroportée
anglo-américaine, la First Airborn Task Force,
chargée d’inter-dire l’arrivée
de renforts dans la zone de débarquement.
À l’aube du 15 août, les défenses
du rivage depuis Saint-Tropez jusqu’à Saint-Raphaël
sont prises à partie par mille avions bombardiers
et les canons lourds de la marine, puis les 3e, 45e
et 36e divisions américaines, cette dernière
renforcée par un Combat Command de la 1re division
blindée française du général
du Vigier, débarquent respectivement sur les
plages de Cavalaire, La Nartelle et le Dramont comme
prévu. Seule la plage de Saint-Raphaël reste
inabordable, ce qui impose une variante au CC1 du colonel
Sudre. En trois jours, les Américains réalisent
une large tête de pont de 80 kilomètres
de large sur autant de profondeur.
La 1re DFL et le 8e RCA arrivent le 16 dans la rade
de Cavalaire. Les navires jettent l’ancre au milieu
d’une étrange flotte de bateaux de tous
les types, surmontés chacun d’un ballon
captif pour empêcher les avions de la Luftwaffe
de les mitrailler. Personnel et matériels roulants
se hâtent vers la terre dans la nuit qui tombe.
La brume qui monte du sol s’épaissit bientôt
de toutes les fumées que crachent les navires
survolés en cet instant par des avions allemands.
Des bombes tombent, éclatent, la DCA tire…
abattant un, puis deux ballons de protection.
Au fur et à mesure de leur débarquement,
les unités s’enfoncent d’une centaine
de mètres au-delà de la plage et attendent
le jour, l’état-major pour sa part reste
jusqu’à l’aube
 |
| Le 16 août,
à 20 heures, la 1re DFL débarque à
Cavalaire. |
dans une vigne au milieu d’un champ de mines. Le
17 au matin, le regroupement de la division se poursuit
autour de Gassin pendant que les véhicules sont
«déwaterproofés», et que le
général Brosset part reconnaître la
future zone d’action de la division. Il donne l’ordre
aux 2e et 4e brigades de relever dès le lendemain
les éléments américains qui couvrent
le flanc ouest de la tête de pont. C’est à
pied que nos deux brigades exécutent ce déplacement
d’une quarantaine de kilomètres, marche forcée,
marche harassante sous le soleil avec des souliers durcis
par l’eau de mer, mentionnent les journaux de marche.
Ce qu’ils ne racontent pas, c’est qu’au
long de la route nos marsouins puisent avec leur mugs
dans des seaux de vin que leurs portent les habitants,
et l’énergie s’en ressent.
Dans l’après-midi nous relevons le 7e
régiment américain arrêté
sur le méridien du Lavandou et le commando Bouvet
qui vient de s’emparer de la batterie de Mauvannes
vigoureusement défendue par 150 marins de la
Kriegsmarine. Il a fait 100 prisonniers mais perdu 30
hommes sur les 60 qui ont mené l’assaut.
Le soir, le général Brosset est convoqué
à Cogolin par le général de Lattre,
qui lui confirme sa mission et fixe le début
de l’offensive au 20 août : les renseignements
sur l’ennemi sont nombreux mais peu encourageants.
Notre général apprend l’existence
d’un groupement de Larminat chargé de coordonner
l’action de la 1re DFL et d’un complexe
d’unités commandé par le général
Magnan, comprenant des éléments du Combat
Command n° 2 de la 1re DB, le 2e régiment
de Spahis du colonel Lecoq, le bataillon de choc du
lieutenant-colonel Gambiez, plus un Regimental Combat
Team de la 9e DIC. Ces formations venues de Corse avec
des Tabors marocains sont en train de débarquer
avec quarante-huit heures d’avance sur le planning
américain : cela représente 800 combattants
de plus et un groupe d’artillerie qui agiront
à la droite de la 1re DFL.
La conquête de Toulon
L’encerclement
Dès le 19 au soir, la DFL prend le contact avec
l’ennemi dont les points d’appui sont protégés
par de larges champs de mines et des réseaux
de fils de fer barbelé. Les Allemands réagissent
vigoureusement par des tirs d’armes automatiques
et d’artillerie.
Pendant ce temps, le 3e régiment de Spahis algériens
du colonel Bonjour, régiment de reconnaissance
de la 3e DIA s’enfonce profondément dans
le massif montagneux qui domine Toulon au nord. Après
avoir parcouru dans des conditions difficiles 80 kilomètres,
il se heurte à un bouchon ennemi au carrefour
du lieu-dit Le Camp, à 30 kilomètres au
nord-ouest de Toulon.
La 1re DFL a ses trois groupements tactiques en ligne
: la 2e brigade du colonel Garbay forme le Regimental
Combat Team (RCT) n° 2, la 4e brigade du colonel
Raynal le RCT3, la 1re brigade du colonel Delange le
RCT1.
L’attaque démarre le 20 août au
petit jour, après une violente préparation
d’artillerie. Elle est couverte sur sa droite
par le groupement Magnan dont l’engagement progressif
lui donne une bonne protection et va l’aider à
entamer la première ligne de défense ennemie.
Ce groupement progresse jusqu’à Solliès,
mais les contre-attaques allemandes l’empêchent
d’aller plus avant.
La journée est rude pour le RCT2, mais ses Africains
conquièrent leurs objectifs malgré une
forte résistance ennemie et les gardent en dépit
de violentes contre-attaques. Le BM.5 du commandant
Bertrand enlève le mont Redon après un
corps à corps acharné et s’y maintient
sous un déluge d’obus, le BM.11 du commandant
Langlois s’empare du massif des Pousselons, à
son extrémité sud les casemates bétonnées
de la côte 101 résistent jusqu’au
soir.
Au sud, le RCT3 franchit le Gapeau grâce au travail
du bataillon du génie du commandant Tissier,
il aborde le massif des Maurettes et en est rejeté
vers midi, une nouvelle attaque échoue bien qu’appuyée
par les quatre groupes du 1er Régiment d’Artillerie
du colonel Bert, tous ceux de l’armée B
du général Navereau et même les
canons de huit croiseurs de la flotte. Plus au sud,
le BM.21 du commandant Fournier s’infiltre jusqu’aux
casernes Lazarines d’Hyères qu’il
enlève par surprise.
La 1re DFL a donc enfoncé une grande partie de
la première ceinture de défense. L’artillerie
a joué un rôle important tout autant que
l'audace de nos Africains. Malheureusement, l’armée
B est obligée de réduire la consommation
en munitions : la logistique ne suit pas.
De leur côté, les Spahis de la 3e DIA
prennent le camp de Curges après de brefs combats
: certaines unités allemandes se défendent
jusqu’au bout, d’autres se rendent à
la première sommation. Pendant ce temps, le 3e
régiment de tirailleurs algériens du colonel
de Linarès, guidé par les moines de Montrieux,
traverse un massif montagneux sur des pistes réputées
impraticables et arrivent aux portes de Toulon sans
recevoir un coup de feu : le Revest est atteint. Ces
mouvements montrent la faiblesse du dispositif ennemi
dans la région et permettent au général
de Monsabert d’envisager une action sur Marseille.
Le soir du 20 août, le général
de Lattre déclare que «la place est dans
la nasse .»
Le lendemain 21 août, le groupement Magnan s’empare
de Solliès et un de ses détachements blindés
est même arrivé jusqu’à La
Valette, où il restera encerclé durant
quarante-huit heures. Les commandos d’Afrique
abordent le fort du Coudon, qui culmine à 702
mètres, défendu par 150 marins de la Kriegsmarine
; ils en viennent à bout après un sauvage
corps-à-corps mené jusque dans les souterrains.
Lorsque les six derniers survivants se rendent, leur
chef fait déclencher un violent bombardement
sur le fort, frappant indistinctement Français
et Allemands.
La journée est tout aussi âpre et coûteuse
pour la 1re DFL. Au nord, le 22e Bataillon de Marche
Nord-Africain (BMNA) du commandant Lequesne, appartenant
au RCT1 s’empare, près du village de La
Farlède, de la forme fortifiée de Beaulieu
qui cède après trois assauts consécutifs,
puis il se joint au BM.11 pour conquérir La Crau.
Les ouvrages bétonnés de la côte
101 et de La Crau, bouleversés par les tirs d’artillerie,
sont enlevés à la troisième tentative.
Le RCT3 nettoie le massif des Maurettes (BM.4 du commandant
Buttin), le Bataillon d’Infanterie de Marine et
du Pacifique du commandant Magendie s’empare des
crêtes qui surplombent le Golf Hotel. De ce réduit
partent des tirs impressionnants qui interdisent toute
approche à moins de 400 mètres. Le gratte-ciel
de béton, formidable forteresse, dont les caves
à elle seules abritent deux compagnies en plus
des défenseurs du niveau du sol, est transformé
en passoire par le tir des canons du 80 RCA du colonel
Simon, de nos canons et de ceux de la flotte. À
18 h 30, après un assaut qui échoue dans
l’épaisse ceinture de barbelés,
le Golf Hotel reçoit trois «marteaux»
de 1000 obus, puis, aveuglé par des obus fumigènes,
il est enlevé à la grenade et à
la mi-traillette : 200 Allemands sont tués et
160 faits prisonniers, tous blessés, le squelette
décharné du Golf Hotel domine le paysage
après avoir encaissé plus de 6 000 obus.
La ville d’Hyères est prise conjointement
par le BM.24 du commandant Sambron et le BM.21.
Avec l’appui de l’escadre de l’amiral
Lemonnier et celui des bombardiers du général
Bouscat, les batteries de Porquerolles et le centre
de résistance du Mont des Oiseaux sont enlevés
par le 1er Bataillon de Légion Étrangère
du commandant de Sairigné.
Le 3e Spahis de la 3e DIA atteint le 22 août le
rivage de la Méditerranée à Bandol
et Sanary, mais les tirailleurs de Linarès se
heurtent au centre de résistance de la Poudrière,
qui résistera jusqu’au soir, laissant alors
entre leurs mains 160 prisonniers dont 50 blessés
graves gisant au milieu de 200 Allemands tués.
Au petit jour, la DFL précédée
de ses éléments blindés (80 RCA
et 1er Régiment de Fusiliers-Marins du capitaine
de corvette de Morsier) progresse vers Toulon. Carqueiranne
est rapidement dépassé et dès 9
heures le contact est pris avec la deuxième ligne
fortifiée. Vers Les Paluds, deux batteries allemandes
sont détruites au canon par les tank-destroyers
du 80 RCA, et le RCT2 enlève dans l’après-midi
au milieu des pins en flammes l’éperon
avancé du Touar qu’il conserve malgré
une furieuse contre-attaque arrêtée in
extremis par les chars légers du 1er RFM. Le
RCT3 se heurte alors aux points d’appui de La
Garde et du Pradet qui changent par deux fois de mains.
Il faudra un ultime assaut mené de nuit par le
BIMP pour conquérir La Garde. Heureusement la
marine a muselé l’artillerie des forts
de Carqueiranne et de Sainte-Marguerite.
Précédant le groupement Magnan, le bataillon
de choc pousse jusqu’au Faron qui est vide et
de là au fort de la Croix du Faron qui se rend
à la tombée de la nuit.
Le démantèlement
La 1re DFL et la 9e DIC se trouvent le 23 août
devant la ligne d’arrêt, au contact d’un
ennemi décidé et solidement retranché
dans des organisations bétonnées ou enterrées
préparées de longue date.
Le sous-groupement Salan s’empare après
de durs combats de La Valette (II/6e RTS du commandant
Gauvin) et le soir venu commence à s’infiltrer
dans Toulon.
Les BM.4 et BM.5 de la DFL, précédés
d’un barrage d’artillerie, partent à
l’assaut du massif du Touar dont les ouvrages
doivent être réduits un à un; ils
subissent le tir à bout portant de canons sous
tourelles. La progression continue dans des forêts
en feu où les dépôts d’obus
et les mines sautent, les ambulanciers se démènent
pour sauver les blessés que l’incendie
menace. Ce n’est qu’à 16 heures,
après six heures de durs combats, que l’ennemi
cède; il fait sauter ses canons après
avoir épuisé toutes ses munitions : le
massif du Touar est à nous. Les dernières
résistances du Mont des Oiseaux et de la presqu’île
de Giens capitulent devant la Légion.
Toute la partie est de Toulon est occupée, le
commandant Mirkin obtient par un merveilleux coup d’audace
la reddition de 800 Allemands retranchés dans
le quartier de Saint- Jean-du-Var. Le général
de Lattre vient au PC de la division féliciter
chaleureusement le général Brosset.
Porquerolles et San Salvador se rendent aux bâtiments
de guerre américains. Un groupe FFI, commandé
par le lieutenant Vallier, le seul à avoir participé
à notre combat, capture 154 Allemands à
La Badine.
Les derniers points d’appui de Sainte-Musse et
du Cap-Brun, les ouvrages côtiers de Toulon, se
rendent le 24 août à la DFL, tandis que
le groupement Magnan entre dans Toulon par le nord (RICM
– lieutenant-colonel Le Puloch).
La 3e DIA atteint la place de la Liberté au centre
de Toulon. Peu après, arrivent quelques volontaires
de la DFL et les RCCC de la 9e DIC (régiment
colonial de chasseurs de chars du colonel Charles).
Mais, auparavant, le général Brosset,
tout seul, en Jeep, avait déjà traversé
la ville.
La DFL est arrêtée aux portes de Toulon
par ordre du général commandant l’armée
B, afin de laisser à la 9e DIC du général
Magnan le soin de nettoyer la ville; elle y perdit bien
du monde. Il comptait donner «en compensation»
la ville de Marseille à la 1re DFL, mais il ne
pouvait prévoir ni la rapidité avec laquelle
les FFI soulevés allaient aspirer la 3e DIA dans
Marseille, ni la puissance de la résistance que
l’amiral Ruhfus opposerait à Toulon. Le
but du général de Lattre est de faire
de la cité, conquise de haute lutte, la garnison
principale des troupes coloniales; il compte voir, ici,
l’armée de terre prendre le pas sur la
marine.
Le commissaire à la guerre, M. Diethelm, et
le commissaire à la marine, M. Jacquinot, se
réservèrent le soin de résoudre
ce problème.
La 9e DIC débouche sur le port le 25 août,
de furieux combats se déroulent dans la presqu’île
du Mourillon et au fort de Malbousquet. Le fort d’Artigues
capitule, au cap Sicié le fort de Six-Fours et
la batterie du Bregaillon sont pris.
L’escadre française de l’amiral
Lemonnier pénètre dans la rade de Toulon,
dont les passes viennent d’être déminées.
L’amiral Ruhfus capitule le 28 août, après
une dernière intervention de l’aviation.
La libération de Marseille
Le général Wiese, commandant la XIXe
armée allemande chargée de la défense
du secteur Toulon-Marseille, sait à la veille
du débarquement que celui-ci doit avoir lieu
le 15 août.
 |
| Le général
de Gaulle décore le général
Brosset, commandant la 1re DFL. Brosset libérera
Hyères, les environs de Toulon et Lyon, avant
de mourir accidentellement près de Belfort
le 20 novembre 1944. |
À 3 heures, ce jour-là, il apprend que
des avions de transport ont décollé du
sud de l’Italie avec des troupes aéroportées
à bord. Il donne l’ordre d’acheminer
sur Brignoles des troupes prélevées sur
la 244e division qui défend Marseille pour combattre
la «First Airborn Task Force». Hitler et
le haut commandement de la Wehrmacht décident,
en raison de l’avance rapide des Américains
au nord de la Loire, de replier les troupes allemandes
du midi de la France, sauf les 31000 hommes qui défendent
le secteur de Marseille-Toulon. Cela explique l’avance
rapide de la VIIe armée américaine en
direction du nord.
La défense de Marseille est confiée le
20 août au général Schaeffer. Ce
même jour, l’encerclement de Toulon par
l’est commence et les Spahis du régiment
de reconnaissance de la 3e DIA sont même parvenus
sans rencontrer d’opposition à 30 kilomètres
au nord de Toulon. Le général Wiese, commandant
le 85e corps d’armée, décide de
verrouiller les axes routiers qui aboutissent à
Marseille, il dispose de six bataillons d’infanterie,
quatre centres de résistance sont créés
:
1 Celui de Carpiagne, défendu par un bataillon
(III/394e Grenadiers);
2 Le centre d’Aubagne, tenu par deux bataillons
(I/394e et 461e bataillon de Grenadiers) et deux groupes
d’artillerie;
3 Le centre de Cadolive, occupé par le 2e bataillon
du 394e;
4 Le centre de Septèmes, qui comprend les batteries
côtières de Rode, est confié au
338e bataillon renforcé de deux compagnies;
5 La liaison avec le front de mer est assuré
par le 1er bataillon du 932e régiment de Grenadiers.
En outre, un groupe d’artillerie participe à
la défense intérieure du dispositif de
défense qu’occupe le 1er bataillon du 932e
Grenadiers.
La garnison de Marseille, forte de 4 600 hommes, est
principalement composée de fusiliers et canonniers
marins défendant les casemates du front de mer,
du personnel des services (Intendance, Santé,
Matériel) et des états-majors du 85e corps
d’armée et de la 244e division répartis
dans les forts Saint-Jean, Saint-Nicolas et dans le
quartier du Prado. Un point d’appui existe sur
la colline de Notre-Dame de la Garde.
Le 21 août, les Tabors marocains du général
Guillaume se heurtent au centre de résistance
d’Aubagne et le CC1 du colonel Sudre au point
d’appui de Cadolive. Le deuxième groupe
de Tabors du colonel de La Tour, appuyé par le
groupe Duvoisin du 69e Régiment d’Artillerie,
s’empare d’Aubagne après de durs
combats qui dureront tout l’après-midi
du 21 et la nuit qui suit. En même temps, le 1er
groupe de Tabors du colonel Leblanc enlève Cadolive
et le 3e groupe du colonel Massié-Dubiest nettoie
la région du camp de Carpiagne. Pendant ce temps,
les 2e bataillon (commandant Bié) et 3e bataillon
(commandant Finet-Duclos) du 7e régiment de tirailleurs
algériens (colonel Chappuis) contournent le centre
de résistance d’Aubagne et parviennent
à Allauch à 4 kilomètres de Marseille,
où une population enthousiaste les accueille.
Le 22 août, une délégation de FFI
vient annoncer au général de Monsabert
que Marseille s’est soulevée, mais les
patriotes marseillais sont peu nombreux et mal armés,
ils réclament le secours de nos troupes. À
la tombée de la nuit, les bataillons du 7e RTA
et les blindés du CC1 atteignent les lisières
de Marseille au nord et à l’est sous les
acclamations d’une foule déchaînée.
Le 23 août, les tirailleurs et blindés
que rien n’arrête défilent sur la
Canebière à 10 heures, le général
de Monsabert s’installe à l’hôtel
de commandement de la région militaire. Les canons
allemands commencent à réagir.
Le général Schaeffer se trouve à
la poste, défendue par 200 Allemands; le colonel
Chappuis obtient de lui, par téléphone,
qu’il rencontre le général commandant
la 3e DIA. Une trêve est alors convenue, qui dure
ce jour-là de 15 à 19 heures, mais les
pourparlers ne donnent rien. Tout le 7e RTA, le CC1,
les Tabors sont dans la ville, aspirés par la
Résistance.
 |
| Le retour à
Toulon. Défilé des troupes devant
les autorités.De gauche à droite :
Al Jaujard, Al Auboyneau, M. Arnal, maire,Al Lambert,
Al Lemonnier, M. Jacquinot, ministre,les amiraux
Cunningham RN, Hewitt et Davidson USN. |
Le 24 août, le III/7e RTA tente de réduire
les casemates de Racati et Belle de Mai qui résisteront
jusqu’au 26 août.
Le 1er GTM et le 117e RTA luttent au nord contre les
casmates de Foresta, Tanto Pose et le Moulin du Diable
qui tiendront jusqu’au 27 août. Le 25, l’assaut
est donné sur la colline de Notre-Dame de la
Garde en subissant quelques salves, et le 3e RTA, qui
arrive de Toulon, vient à bout de cette résistance
et nettoie complément la région.
La 27 août à 20 heures, l’ordre
de «cesser le feu» est donné et,
après une suspension d’armes jusqu’au
lendemain le général Schaeffer signe la
capitulation de la place.
Ainsi, en moins de dix jours, l’armée
B gagne la bataille de Provence, en avance d’un
mois sur les prévisions du haut-commandement
allié. Celui-ci dispose des ports de Marseille
et Toulon qui, malgré les terribles destructions
opérées par les Allemands, recevront dès
le 15 septembre les premiers liberty ships chargés
de renforts et de logistique.
Le général de Lattre envoie Ie commandant
de Camas à Alger faire hommage de sa victoire
au général de Gaulle. Il y croisera le
général de Larminat, qui avait demandé
le 23 août à être déchargé
de sa mission de coordination des actions menées
par la 1re DFL et le groupement Magnan.
Le 26 août, Monseigneur Spellmann, archevêque
de New York, et l’ambassadeur Robert Murphy rendent
visite au général de Lattre ; ils souhaitent
se rendre auprès de la division qui a fourni
le plus gros effort dans cette bataille. Monseigneur
Spellmann, dira, à la 1re DFL, une messe «à
l’intention de la France» et priera pour
les 920 hommes de la division tombés dans ces
combats. Le contenu de cet article est
issu de l'ouvrage en 7 volumes "La
mémoire des Français libres. Hommes &
Combats" édité par la Fondation de
la France Libre. |