| Le haut commandement avait prévu
que la place de Bir-Hakeim devait résister éventuellement
un maximum de dix jours. La résistance se prolongea
pendant 15. La garnison était de 3.600 hommes.
Elle fut attaquée par une division blindée
puis par deux divisions motorisées, la 90e division
allemande et la division italienne motorisée
«Trieste». Il y avait à Bir-Hakeim
un régiment de 75. L’ennemi disposait d’au
moins 14 batteries avec des canons de 155 et de 210.
Il n’y avait à Bir-Hakeim aucun engin blindé.
La D.C.A. était assurée par 18 canons
Bofor dont 12 servis par des fusiliers marins et six
par des soldats britanniques.
Les pertes infligées à l’ennemi
furent les suivantes : 50 chars, 11 automitrailleuses,
cinq canons portés, sept avions. La brigade fit
125 prisonniers allemands dont un officier et 154 prisonniers
italiens dont neuf officiers. Les pertes du côté
français furent les suivantes : 900 tués,
blessés, disparus ou prisonniers, dont 600 au
cours des combats de la nuit du 10 au 11 juin; 40 canons
de 75 détruits, huit canons Bofor, cinq canons
de 47 et 250 véhicules.
Conférence faite au Grand Palais à Paris,
le 27 octobre 1945, par le lieutenant-colonel de Sairigné,
qui se distingua à Bir-Hakeim où il commandait
la compagnie lourde du 2e bataillon de la 13e demi-brigade
de Légion étrangère, et qui tomba
glorieusement à l’ennemi en Indochine,
le 1er mars 1948, comme commandant de la 13e demi-brigade
de Légion étrangère, à l’âge
de 35 ans, commandeur de la Légion d’honneur,
compagnon de la Libération, croix de guerre avec
9 palmes.
Cette voix d’outre-tombe est qualifiée
entre toutes pour nous conter cette guerre du désert.
C’est avec plaisir que j’ai accepté
aujourd’hui de vous parler de Bir-Hakeim et de
El Alamein; ce sont des bons souvenirs en effet pour
un soldat qui aime son métier que cette guerre
du désert exempte de toutes les souillures qu’apportent
les combats dans nos pays européens. Là,
pas de civils à massacrer, pas de villes à
raser, pas de souvenirs du passé à détruire,
pas même de sites naturels à déshonorer.
L’éclatement d’un obus soulève
quelques brins de sable bien vite remis en place par
le vent. Dans le désert, tout se passe entre
hommes qui s’affrontent à visage découvert,
en short et le torse nu, sous le soleil, loin de toutes
les contingences qu’apporte la civilisation. Les
combats eux-mêmes ne sont pas très meurtriers
: plus que le choc brutal, c’est la manœuvre
qui décide. Par contre, la technique est reine,
toute faute se paie; malheur à celui qui, navigant
mal, manque l’infime ouverture de la citerne qu’il
cherche, où à celui dont le véhicule
tombe en panne sans que le voisin l’ait aperçu,
malheur au commandant d’unité qui a groupé
ses voitures pour donner ses ordres et qui se fait surprendre
par une escadrille de chasseurs ou une patrouille de
chars.
Il semble qu’on abuse parfois de l’image
qui compare le désert à l’océan
: rien n’est cependant plus vrai, en guerre surtout.
Même immensité, même absence de repères,
même impossibilité de ravitaillement :
comme des escadres, les convois autos se déplacent
d’un port à l’autre, navigant au
compas, faisant le point sur les étoiles, manœuvrant
très dispersés aux ordres d’innombrables
postes radio.
Comme la mer, le désert a ses tempêtes
: tempêtes de sable infiniment dangereuses car
elles tuent le matériel mal protégé
ou l’imprudent qui, s’étant écarté
de quelques mètres, ne retrouve plus sa réserve
d’eau.
Ces campagnes de Libye ont été, vous
le savez, caractérisées par un mouvement
de va-et-vient qui paraît étrange. Étudions-en
rapidement les raisons qui découlent des caractéristiques
du terrain et des armées :
 |
| La bataille
du désert en 1942. |
1) Les effectifs ont toujours été faibles,
chaque parti n’ayant jamais disposé de plus
de deux ou trois divisions blindées et de trois
ou quatre divisions d’infanterie; 2) Les distances
sont énormes : 2.500 kilomètres entre
Tripoli et Le Caire, bases respectives des deux armées.
Une seule route le long de la côte, très
peu de possibilités de transport par mer, par
suite de la pénurie de moyens maritimes;
3) Imaginons les deux partis en présence à
mi-chemin, vers Tobrouk par exemple, chacun doit assurer
ses communications sur plus de 1.000 km, menacé
à tout moment d’être coupé
par des commandos venus par la mer ou le désert.
Le vainqueur sera condamné à avancer
et donc à allonger sa ligne de communication;
tout ce qu’il est obligé de sacrifier pour
l’assurer, son adversaire, qui a reculé,
le gagne au contraire. Au bout de peu de temps l’équilibre
que le combat a rompu est rétabli sans combat.
En janvier 1941, Rommel a été repoussé
jusqu’au fond de la Grande Syrte, il reprendra
brusquement l’offensive, bousculant les deux divisions
que les Britanniques ont réussi à faire
vivre aussi loin de leurs bases; après une course
échevelée de 600 kilomètres, il
se heurte le 5 février, à bout de souffle,
sur la ligne organisée en hâte de Gazala
(sur la côte) à Bir-Hakeim.
Les deux adversaires sont à bout, leurs communications
désorganisées, leurs véhicules
sont hors d’état, il n’y a pas 50
chars capables de combattre encore. Pendant quatre mois
chacun va travailler à se refaire, à se
recompléter, les chances sont partagées.
Le Caire et Tripoli sont à égale distance.
Cette période sera en général calme
: sur la côte, le contact très étroit
permet quelques patrouilles d’infanterie. À
80 kilomètres plus au Sud les lignes sont à
100 kilomètres l’une de l’autre,
laissant le champ libre aux patrouilles motorisées.
Plus au Sud, enfin, le désert est vide jusqu’à
l’infini.
Bir-Hakeim
La 1re brigade française libre, récemment
arrivée d’Égypte, participe à
l’arrêt de l’offensive ennemie le
long de la côte puis, le 14 février, reçoit
la charge d’organiser et de défendre le
bastion Sud des lignes britanniques dont la citerne
de Bir-Hakeim marque l’extrémité.
Formée l’année précédente
en Syrie par le général Kœnig cette
brigade comporte tous les anciens du corps expéditionnaire
venus d’Angleterre au mois d’août
1940; à ceux-ci se sont jointes des unités
venues de l’empire ou ralliées de Syrie.
Outre deux bataillons de la 13e demi-brigade de Légion
étrangère venus de Norvège, le
1er bataillon d’infanterie de marine venu de Syrie
en 1940, le bataillon du Pacifique venu de Nouvelle-Calédonie
et de Tahiti, le 2e bataillon de marche venu de l’Oubangui, on trouve un régiment
d’artillerie, un bataillon de fusiliers marins,
du génie, des services, tous formés en
Angleterre par les jeunes évadés de France.
Au total 3.600 hommes armés de matériel
français trouvé en Syrie; en particulier
tous les canons sont des 75; les véhicules ont
été fournis par les Britanniques.
Avec la 2e brigade qui arrivera plus tard et combattra
près de Tobrouk, la 1re brigade constitue, sous
les ordres du général de Larminat, un
groupement qui prendra plus tard le nom, de 1re D.F.L.
Les troupes qui se sont installées à
Bir-Hakeim vont travailler pendant quatre mois à
créer une position sur ce terrain absolument
nu et à peine ondulé. Le «Box»,
comme disent les Anglais, mesure 16 kilomètres
de tour, il est protégé par plus de 100.000
mines; peu à peu tout disparaît dans le
sol rocheux, les réserves d’eau d’abord,
puis les hommes, l’essence et les véhicules
eux-mêmes.
Un champ de mines part du Nord de la position et court
sur 80 kilomètres jusqu’à la mer;
son épaisseur varie de 2 à 5 kilomètres,
des millions de mines le composent. Derrière
lui de gros points d’appui comme Bir-Hakeim, Knigthsbridge,
El Adem, Gazala, Tobrouk s’échelonnent
tous les 10 ou 15 kilomètres; en arrière
encore, les divisions blindées sont prêtes
à manœuvrer dans les intervalles.
Pour la brigade française, l’attente ne
sera pas fastidieuse.
Devant elle, en effet, l’ennemi s’installe
à Mechili, plus de 100 kilomètres. Tout
cet espace sera parcouru sans cesse par nos patrouilles
et nos colonnes. Les unités prennent le service
à tour de rôle.
Vie passionnante où, pendant plusieurs semaines,
chacun vit en perpétuelle alerte, essayant de
surprendre l’ennemi, de tendre des embuscades
à ses patrouilles et de ne pas se laisser surprendre.
À l’occasion, on vient prendre le contact
de la position ennemie; deux ou trois hommes se laissent
glisser des voitures et s’enterrent dans un trou
de dune. À la nuit, ils vont silencieusement
jusque dans le camp adverse, saisissent un dormeur dans
son trou, et s’éloignent vivement à
la boussole.
Vers le Sud, le métier est plus passionnant
encore. Régulièrement, un groupe de voitures
descend, piquant droit vers la mer de sable qui, à
200 ou 300 kilomètres, étend, une infranchissable
barrière. Toutes les traces sont recoupées,
on les connaît par cœur. Une trace nouvelle
est-elle repérée? On la mesure, on l’identifie,
le cas échéant, on se met à la
poursuite de l’audacieux. Les Allemands essayeront
rarement des patrouilles profondes. Les Anglais, par
contre, sont rois en ce domaine : leur «Long Range
Desert Group» ira plusieurs fois jusqu’aux
environs de Tripoli, à 1.500 kilomètres
derrière les lignes ennemies, sans jamais se
laisser surprendre. Pendant six mois, trois officiers
anglais, à la tête d’une compagnie
indigène entière, vivront à moins
de 100 kilomètres de Benghazi, formant une base
sérieuse pour tous les coups de main organisés
contre les terrains d’aviation. En un an, les
seules patrouilles terrestres, ou débarquées
le long de la côte en sous-marin, des SAS détruiront
plus de 400 avions au sol.
Le temps passe, les adversaires sont prêts. Qui
attaquera le premier? Il semble que l’initiative
doit nous appartenir. Cependant, vers le 20 mai, on
nous annonce officiellement l’attaque allemande
pour le 26.
Au cours de la semaine, l’ennemi se rapproche
en effet, ayant repoussé toutes nos colonnes.
Il est fortement installé, le 26 au soir, à
moins de 50 kilomètres de nous.
Dans la nuit du 26 au 27, deux divisions blindées
et une division motorisée allemandes, ainsi qu’une
division motorisée italienne (l’Ariete)
prennent leur course et, en colonnes, parallèles,
contournent la position de Bir-Hakeim par le Sud, culbutent
une brigade anglaise et tombent au petit jour sur nos
échelons autos et les divisions blindées
anglaises à 40 kilomètres plus à
l’Est.
La malheureuse division «Ariete», placée
à la gauche de ces colonnes a pris son virage
un peu court et, le 27 mai, à 8 heures, ses chars
d’aile gauche sautent dans la pointe Sud de nos
marais de mines. Ils sont achevés de quelques
coups de 75. Sans hésitation, il faut le reconnaître,
le commandant
du régiment de chars italiens accourt au canon
et, en deux vagues successives, l’une de 50 chars,
l’autre de 25, appuyés de quelques canons
automoteurs, s’élance à l’assaut
de la position.
Les marais de mines laissent un passage libre, destiné
à orienter toute attaque éventuelle vers
le point fort, tenu par la 5e compagnie du 2e bataillon
de légion.
L’ennemi tombe dans le piège. À
moins de 800 mètres, les pièces antichars
de première ligne ouvrent le feu sur ces 50 chars
qui avancent à toute allure sur 400 mètres
de front. Spectacle impressionnant qui n’effraie
pas les légionnaires; coup sur coup, la pièce,
du sergent-chef Turell en détruit huit, le dernier
est à 15 mètres de la pièce.
Avant d’arriver sur le champ de mines, mince
obstacle qui court devant la position à quelques
dizaines de mètres des pièces, beaucoup
de chars sont hors de combat ou, impressionnés,
hésitent et obliquent vers la droite. Douze continuent
tout droit, six d’entre eux sautent aussitôt;
un autre, dans le vacarme et la poussière, traverse
l’emplacement d’une de nos pièces
sans la voir. Nos hommes sont déchaînés,
de toutes parts de petits groupes jaillissent pour achever
un char à la grenade ou capturer les équipages.
Les blindés ennemis tournoient, essayent courageusement
de reprendre l’attaque d’un autre côté
puis sous notre tir de barrage se regroupent et disparaissent
à l’horizon, laissant 32 des leurs sur
le terrain. Nos pertes sont ridicules : un blessé
léger. Ce court engagement – il a duré
moins d’une heure – galvanise nos hommes,
ils se croient et seront désormais invincibles.
Sur tout le front de Libye, le combat est engagé.
Pendant six jours, c’est une ronde infernale dans
un vent de sable presque permanent où personne
ne peut encore distinguer le vainqueur de Bir-Hakeim,
de multiples patrouilles sortent pour harceler l’ennemi,
jalonnant leur itinéraire de colonnes de fumée
qui sont des chars, des automitrailleuses ou des véhicules
ennemis en feu. La victoire est à nous, semble
t-il; la poursuite s’amorce, le bataillon du Pacifique
avance de plus de 50 kilomètres.
Le 2 juin, au moment où la contre-attaque amie
se déclenche, un combat malheureux entre divisions
blindées, change brusquement la face des choses.
Les Allemands établissent et tiennent solidement
un passage, entre Bir-Hakeim et la mer. Les réserves
blindées anglaises sont toutes détruites
ou engagées, la bataille se concentre autour
des points d’appui, de Knigthsbridge, tenus par
une brigade des gardes et Bir-Hakeim. Toutes les patrouilles
et le bataillon du Pacifique, rappelé in extremis,
réussissent à rentrer sans pertes sérieuses.
Le 3 juin, l’investissement est complet : deux
divisions ennemies renforcées de chars assiègent
la position, pendant que l’artillerie lourde et
les Stuka essayent de la réduire au silence.
Huit jours durant, les assauts succéderont aux
assauts, les bombardements aux bombardements. Où
qu’il attaque, l’ennemi est repoussé
et nos 75 aboient sans répit, lui causant des
pertes sévères.
Le 9 juin, cependant, la situation est grave. La 90e
division allemande a trouvé un point faible,
au Nord, et s’acharne sur lui. Plus de 15 batteries
lourdes ennemies répondent à nos 24 canons
de 75, dont 17 déjà sont détruits.
Les Stuka attaquent sans trêve : plus de 250
dans la journée.
Une de nos compagnies est presque anéantie,
et la relève s’avère impossible
de jour. Les munitions d’artillerie sont presque
épuisées; depuis deux jours, la ration
d’eau est de un litre et demi par homme, il ne
reste plus qu’une ration à distribuer.
L’ennemi, par trois fois déjà,
nous a sommés de rendre la place. Faudra-t-il
l’admettre?
Dans la nuit du 9 au 10, un dernier effort est tenté
: la compagnie en danger est relevée, l’ennemi
refoulé hors des limites de la position, un essai
de ravitaillement par avion échoue (il nous apporte
seulement 75 coups de 75 et 60 kilos de glace), la dernière
distribution d’eau est faite.
Le général Kœnig, dont les ordres
étaient de tenir la position jusqu’au 7
juin, ne peut plus hésiter : pas question de
se rendre, il faut donc sortir. Toute la journée
sera utilisée, d’accord avec les Anglais,
à préparer cette sortie.
Des véhicules et des ambulances viendront nous
chercher sous la protection d’une brigade motorisée,
à 10 kilomètres au Sud-Ouest de la position,
là où l’ennemi nous attend le moins.
Le problème angoissant qui se pose à
tous est celui de tenir encore un jour. L’ennemi,
fatigué par ses efforts de la veille, se donne
heureusement du répit, et ne déclenchera
son assaut suprême que le 11 au matin. Il ne trouvera
plus personne.
Le 10 au soir, en effet, dans le plus grand silence,
tous abandonnent leurs emplacements, après avoir
détruit tout ce qui peut être détruit
sans bruit et sans lumière. Les hommes à
pied, colonne par quatre, les véhicules, colonne
par un, vont sortir par un passage de 10 mètres
de large, qu’on vient d’ouvrir dans le champ
de mines. Dans chaque unité, quelques hommes
resteront en place jusqu’à 3 heures du
matin. Ils rejoindront individuellement... si possible.
À minuit, la colonne est prête. Silencieusement,
au coude à coude, 2.000 fantassins s’élancent
dans la nuit; tapi dans ses trous, à 150 mètres
de là, l’ennemi n’a encore rien décelé.
Le champ de mines est passé, on avance dans la
plaine. Brusquement, une fusée, une maigre rafale
de mitraillette, un moment de silence et d’attente.
L’enfer se déchaîne alors : tandis
que, dans un immense hurlement, nos hommes se ruent,
de tout l’horizon convergent des nappes de balles
traceuses, des grenades, des obus explosent partout,
les fusées montent sans cesse vers le ciel; des
véhicules brûlent, jetant des lueurs sinistres;
spectacle hallucinant qui ne laisse pas place à
la peur.
Au passage des fantassins, l’ennemi terrifié
réagit peu, les deux premières lignes
de défense sont enlevées d’un élan,
la troisième ose à peine ouvrir le feu.
Dans la nuit, malheureusement, des trous ne sont pas
fouillés, des ennemis subsistent qui, ressaisis,
ouvrent le feu sur la colonne des véhicules bien
éclairés par les lueurs d’incendie
et retardée par l’étroitesse du
passage. Les chenillettes du lieutenant Devey chargent
toutes les résistances qu’ils découvrent
et les écrasent sous leurs chenilles. Le temps
passe, l’ennemi tire toujours, le général
qui craint de se trouver surpris par le jour, donne
alors l’ordre de foncer droit devant et part le
premier, conduit à toute allure par sa conductrice,
l’impassible Miss Travers.
Des voitures sautent dans les champs de mines, d’autres
sont atteintes et brûlent. Les chauffeurs sont
magnifiques, ils foncent insouciants du danger; leur
véhicule est-il atteint, vite on décharge
les blessés qui l’encombrent et on les
charge sur le voisin.
Au loin brûlent les trois feux rouges qui marquent
le point de ralliement, là, des sanitaires et
des camions embarquent en hâte blessés
et hommes valides et filent plein Sud vers un point
de regroupement moins exposé. Quand le soleil
perce la brume matinale et que l’ennemi, qui n’a
encore rien compris, lance son ultime attaque, précédée
d’un piqué de 200 Stuka, il ne reste plus
dans Bir-Hakeim que quelques isolés, quelques
blessés qui se sont perdus dans la nuit et les
tombes de nos morts.
Au total, 800 des nôtres manquent à l’appel;
mais l’Afrika-Korps «n’a pas eu»
la 1re brigade française libre.
Bir-Hakeim tombé, les événements
se précipitent, tous les autres points d’appui
tombent l’un après l’autre, la chute
de Tobrouk entraîne une immense retraite. Plus
d’unités fraîches à opposer
à l’ennemi qui avance à toute allure
: Tobrouk, Solum, Foka, Daba; les avant-gardes sont
à El Alamein le 3 juillet.
À 70 kilomètres d’Alexandrie, Rommel
s’apprête déjà à conquérir
cette ville que la Royal Navy a tout juste fini d’évacuer.
Le Caire et le canal de Suez pourront alors être
atteints dans la journée.
On ose à peine penser aux conséquences
d’une telle victoire.
C’est alors que les cinq jours gagnés
à Bir-Hakeim prennent toute leur valeur; la IXe
armée britannique de Syrie et d’Irak accourt
à marches forcées, tout est perdu si elle
atteint trop tard le goulet d’El-Alamein.
La division australienne, qui est en tête, arrivera
quelques heures avant les Allemands.
Rencontrant une troupe fraîche, à bout
de souffle, Rommel s’est arrêté.
Le terrain se prête à la défense,
45 kilomètres seulement séparent le bord
Nord de la dépression de Quattara de la côte,
Alexandrie et Le Caire sont à quelques dizaines
de kilomètres mais seront à peine inquiétés,
tant la R.A.F. surclasse la Luftwaffe.
Le terrain est très différent de celui
que nous avons connu, d’abord très ondulé
au Nord et couvert de maigres touffes d’herbes,
il se transforme plus au Sud en plateau sablonneux,
coupé de «garets», nos «garas»
d’Afrique du Nord, tables rocheuses aux falaises
abruptes qui s’élèvent brusquement
de 20 à 60 mètres.
Plus au Sud, encore une série de gradins de
sable mou conduit à la dépression de Quattara
pratiquement infranchissable.
Des deux côtés on travaille avec acharnement,
les champs de mines se multiplient, les troupes se renforcent,
en fin août l’ennemi croit pouvoir attaquer.
Il choisit le secteur Sud; prévenus à
temps les Britanniques évacuent un couloir de
5 km de large dans lequel s’enfonce une division
blindée allemande.
Ralenti par l’effroyable terrain, pilonné
par toute l’artillerie disponible et la R.A.F.,
l’ennemi se replie dès le surlendemain
sans qu’aucune unité britannique ne soit
intervenue directement. L’Afrika-Korps laisse
sur place de nombreux véhicules et chars, l’équilibre
est désormais rompu, le général
Montgomery précipite alors ses préparatifs.
Le fond du gouffre vient d’être atteint.
N’oublions pas, en effet, que c’est le moment
où Stalingrad est prêt à succomber,
où les Japonais règnent en maîtres
sur le Pacifique et menacent l’Australie, où
la Méditerranée est presque interdite
à la marine anglaise et où Malte ne tient
que par miracle.
L’attaque anglaise d’El-Alamein va être
le premier pas des Alliés sur la route de la
victoire.
|