Le général de Gaulle lance à Brazzaville un manifeste
annonçant la création d'un Conseil de Défense de
l'Empire composé du général Catroux, de l'amiral
Muselier, du général Larminat, des gouverneurs Eboué et
Sautot, du colonel Leclerc, du médecin-général Sicé,
du professeur Cassin et du révérend père Thierry
d'Argenlieu.
La France traverse la plus terrible crise de son Histoire. Ses frontières,
son Empire, son indépendance et jusqu'à son âme sont
menacés de destruction.
Cédant à une panique inexcusable, des dirigeants de rencontre
ont accepté et subissent la loi de l'ennemi. Cependant, d'innombrables
preuves montrent que le peuple et l'Empire n'acceptent pas l'horrible
servitude. Des milliers de Français ou de sujets français
ont décidé de continuer la guerre jusqu'à la libération.
Des millions et des millions d'autres n'attendent, pour le faire, que
de trouver des chefs dignes de ce nom.
Or, il n'existe plus de Gouvernement proprement français. En
effet, l'organisme sis à Vichy et qui prétend porter ce
nom est inconstitutionnel et soumis à l'envahisseur. Dans son état
de servitude, cet organisme ne peut être et n'est, en effet, qu'un
instrument utilisé par les ennemis de la France contre l'honneur
et l'intérêt du pays.
Il faut donc qu'un pouvoir nouveau assume la charge de diriger l'effort
français dans la guerre. Les événements m'imposent
ce devoir sacré, je n'y faillirai pas.
J'exercerai mes pouvoirs au nom de la France et uniquement pour la défendre,
et je prends l'engagement solennel de rendre compte de mes actes aux
représentants du peuple français dès qu'il lui aura été possible
d'en désigner librement.
Pour m'assister dans ma tâche, je constitue, à la date
d'aujourd'hui, un Conseil de Défense de l'Empire. Ce Conseil,
composé d'hommes qui exercent déjà leur autorité sur
des terres françaises ou qui synthétisent les plus hautes
valeurs intellectuelles et morales de la Nation, représente auprès
de moi le pays et l'Empire qui se battent pour leur existence.
J'appelle à la guerre, c'est-à-dire au combat ou au sacrifice,
tous les hommes et toutes les femmes des terres françaises qui
sont ralliées à moi. En union étroite avec nos Alliés,
qui proclament leur volonté de contribuer à restaurer l'indépendance
et la grandeur de la France, il s'agit de défendre contre l'ennemi
ou contre ses auxiliaires la partie du patrimoine national que nous détenons,
d'attaquer l'ennemi partout où cela sera possible, et de mettre
en oeuvre toutes nos ressources militaires, économiques, morales,
de maintenir l'ordre public et de faire régner la justice.
Cette grande tâche, nous l'accomplirons pour la France, dans la
conscience de la bien servir et dans la certitude de vaincre.
Charles de Gaulle, Discours et messages, T1, Plon, 1981 |