Les réseaux FFL

Nous aurions aimé publier un historique complet de chacun de nos réseaux F.F.L. Mais, dans de nombreux cas, les principaux protagonistes ont disparu, soit qu’ils aient été tués au cours de leur mission, soit qu’ils soient morts en déportation ou depuis la fin des hostilités, soit qu’ils se soient établis à l’étranger et ne puissent plus être atteints. Les témoignages valables sont peu nombreux et souvent fragmentaires.

Reconstituer au jour le jour l’activité d’une unité ne présente généralement pas de difficultés. Il n’en est pas de même des réseaux, en fonction même de leur structure et de leur organisation. Le cloisonnement idéal voulait que l’agent ne connaisse que son chef et son subordonné ou l’agent de liaison. Encore souvent ne se connaissaient-ils que sous des identités d’emprunt.

Des milliers d’agents n’ont appris qu’après la libération le nom du réseau dont ils faisaient partie; des milliers d’autres n’ont jamais pu retrouver les contacts qu’ils avaient. De ce fait, pour bon nombre de réseaux, l’effectif des agents homo-logués est très inférieur à l’effectif réel. La perte d’un chef de secteur pouvait faire perdre la trace d’une centaine d’agents, parfois davantage. Et puis, moins on écrivait, mieux cela valait et l’inobservance de cette règle a souvent coûté fort cher en vies humaines. Il est donc normal, dans ces conditions, qu’à de rares exceptions près, les réseaux n’aient pu rassembler les éléments permettant un exposé détaillé et cohérent de leur action. Quelques-uns ont bien voulu mettre à notre disposition la documentation qu’ils possèdent mais, pour la plupart, nous devons nous borner à rappeler la date de leur création, le nombre d’agents homologués et le chiffre de leurs pertes. En classant par ordre alphabétique la liste des réseaux F.F.L. nous trouvons :

AJAX – En juin 1943 notre ami Peretti qui, depuis janvier 1942 faisait partie du réseau Ali reçut au cours d’une mission en Angleterre, l’ordre de créer un nouveau réseau qui eut au départ 75 agents du réseau Ali. La zone géographique couverte par Ajax fut considérable : le sous-réseau Candide opérait en zone sud et avait des prolongements en Italie, en Espagne, en Suisse ; le sous-réseau Zadig opérait en zone nord et dans les pays limitrophes. Leur mission principale était le contre-espionnage, tandis que le sous-réseau Micromegas s’occupait exclusivement des renseignements militaires. Au total 1.189 agents homologués dont 18 furent tués ou fusillés et 11 moururent en déportation.

AMARANTE – Créé en février 1943 par Vector, ex-agent de C.N.D., n’eut qu’une brève existence. Vector fut arrêté en juillet 1944, déporté et porté disparu. On ne put par la suite identifier que 62 agents.

ANDALOUSIE – Sous réseau de C.N.D. Castille créé en décembre 1943 par François Bistos (Franck) comporta au départ une majorité d’agents récupérés de réseaux décimés. Son effectif : 682 agents homologués. Parmi eux : deux tués, huit morts en déportation, 18 déportés et internés.

NESTLÉ-ANDROMÈDE-ATHÉNÉE – Créé en juillet 1943 par Albert Kohan (Berthaud) mort en service commandé le 17 décembre 1943. Il fut remplacé par son adjoint Henri Jacquier-Garnier qui, appelé à Londres le 9 juillet 1944, confia la direction du réseau à Maxime Blum à partir du 13 août 1944. Sur un effectif de 454 agents homologués, huit furent tués, 43 furent déportés et parmi ces derniers 22 ne revinrent pas.

BERTAUX – Créé en mars 1941 par Fourcaud eut pour chef Pierre Bertaux, professeur agrégé à la faculté de lettres de Toulouse. Le réseau fut détruit en décembre 1941 par une série d’arrestations. Sur 31 agents homologués : un tué, un mort en déportation et 18 déportés.

BRUTUS – Un de nos plus anciens et plus importants réseaux. Créé en septembre 1940 par Pierre Fourcaud, il totalisa 1.124 agents homologués dont 64 furent tués ou fusillés et 101 déportés.

CARMEL – fondé par Henri Benoit qui avait été parachuté le 30 mai 1942. Il comprenait 114 agents dont trois furent tués et 20 déportés; parmi ces derniers 13 succombèrent dans les camps.

C.N.D. avec CENTURIE – Créé en septembre 1941 par Gilbert Renault, alias Raymond, alias Rémy, alias Roulier. Le plus célèbre et peut-être le plus important de nos réseaux puisque l’effectif homologué est de 1.375 agents pour C.N.D. et 1.682 pour Centurie. Les pertes, pour C.N.D. furent : 172 tués, fusillés ou morts en déportation, et 227 déportés ou internés. «Confrérie Notre-Dame» avait pour tâche principale de surveiller les mouvements de l’ennemi sur la côte Atlantique, depuis la frontière espagnole jusqu’à Brest. Plus tard, l’activité du réseau de Gilbert Renault, chargé de mission par le général de Gaulle, s’étendit à toute la zone occupée et même à la Belgique. C.N.D. fut dévasté en novembre 1943 après la trahison d’un de ses agents. Le colonel Verrière, dit «Lecomte» sut rassembler ses éléments épars dans une nouvelle organisation qui, prenant la suite de la première reçut le nom de «Castille» et fonctionna jusqu’à la libération de Paris. Dans ses «Mémoires de Guerre», le général de Gaulle, a rendu un magnifique hommage au travail accompli par tous ceux et toutes celles que «Rémy» avait rassemblés. Parmi les résultats obtenus, on peut citer le raid de commando sur Bruneval (février 1942), premier débarquement allié sur la côte française depuis la défaite de 1940; l’immobilisation dans le port de Brest des cuirassés Sharnhost et Gneisenau, et l’interception du Bismarck due pour une large part aux informations recueillies par Hilarion (capitaine de vaisseau Philippon); le transport en Grande-Bretagne de la carte allemande des défenses de la côte normande, capturée par les agents du réseau Centurie et qui servit de base aux préparatifs du débarquement du 6 juin 1944 la mise à la disposition de plusieurs autres réseaux du dispositif de liaisons radio-aériennes et maritimes ; l’envoi à Londres de plus de 80 courriers. Les «Mémoires d’un agent secret de la France Libre» ont narré par le détail une bonne partie de l’activité magnifique de C.N.D., et pour beaucoup ce livre a été la révélation de ce qu’était la vie des réseaux.

COHORS-ASTURIES – Fondé en septembre 1941, eut 873 agents homologués. Ses pertes s’élevèrent à 118 morts dont 33 tués et 85 morts en déportation. En plus, 140 agents déportés, ou internés revinrent sains et saufs.

ESTIENNE D’ORVES – En juillet 1940, Maurice Barlier, agent commercial de la maison Amieux, évadé d’un camp de prisonniers, reçoit d’André Clément, chef d’exportation d’Amieux, l’hospitalité dans la maison de ce dernier appelée «Ty Brao», à Nantes, et des facilités pour passer en Angleterre avec l’aide de Setout (directeur d’Amieux).

Le 6 septembre, Maurice Barlier revient d’Angleterre. Avec le concours de Jean Le Gigan et de Clément, ils recrutent quelques agents sûrs qui leur obtiennent des renseignements, sur les forces ennemies. En octobre, Jean Doornick arrive d’Angleterre et se joint au petit groupe.

Entre le 17 octobre et le 24 décembre 1940, trois liaisons Angleterre-France et retour seront réussies par le bateau de pêche Louis-Jules, faux nom de la Marie-Louise. Le dernier voyage amène en Bretagne le commandant d’Estienne d’Orves et le radio Marty, muni d’un poste émetteur. La première émission aura lieu le jour de Noël. La liaison avec Londres étant maintenant établie, il s’agit de perfectionner l’organisation et d’affecter à chacun une tâche bien déter-minée. Le commandant et Jean Le Gigan s’en chargent. Mme Clément fera le chiffrage et le déchiffrage des radios qui seront transmis et reçus par Marty.

Au début de janvier 1941, le commandant d’Estienne d’Orves installe un nouveau secteur à Paris où un poste émetteur fonctionnera chez Jean de Turenne, à Saint-Cloud. Jusqu’alors tout avait bien marché. Les renseignements transmis à Londres comprennent l’emplacement des Q.G. allemands dans les différents châteaux des environs de Nantes, les emplacements précis et les plans des dépôts d’essence et d’huile de toute la région, le terrain d’aviation de Château-Bougon et son faux balisage, l’aérodrome de Meucon et son activité précise, la position des batteries côtières, les détails complets et les plans du réseau de distribution d’énergie électrique de la région Ouest, les sous-marins allemands se trouvant à l’arsenal de Lorient, les chalutiers armés de Saint-Nazaire et la base sous-marine en construction dans ce port.

Une seule ombre au tableau : le comportement de Marty qui, malgré les remontrances du commandant d’Estienne d’Orves, continue à avoir des relations suspectes. Il est décidé de ramener Marty en Angleterre au prochain voyage. Mais, dans la nuit du 21 au 22 janvier 1941, c’est la catastrophe. Le commandant d’Estienne d’Orves, Jean Le Gigan et sa mère, les époux Clément, Mme Clément mère sont arrêtés.

Le 23 janvier, c’est au tour des époux Setout et de Chauvet. Tous sont emmenés à Berlin. Marty ayant fourni tous les renseignements et le code aux Allemands, ceux-ci continuent à correspondre avec le 2e bureau du général de Gaulle (dénommé S.R. à la date du 12 avril 1941, et B.C.R.A., à partir du 7 janvier 1942) qui décide l’envoi d’un deuxième radio : Jean-Jacques Leprince. Après une première tentative qui échoue par suite du compas déréglé et de la brume, Jean-Jacques Leprince, muni d’un poste émetteur, s’embarque à Newlyn, le 14 février.

Le 15 février 1941, au large de Brest, deux patrouilleurs allemands arraisonnent le bateau et emmènent à Brest équipage et passagers qui, toutefois, ont pu détruire le poste et les papiers du bord. Sur les indications de Marty et parfois sous sa conduite, les arrestations continuent. Enfin, le 13 mai 1941, le procès s’ouvre à Paris et le 26 mai, c’est le verdict. Sont condamnés à mort : le commandant d’Estienne d’Orves, Maurice Barlier, Jean Doornick, Jean Le Gigan, André Clément, Mme Clément, Jean-Jacques Leprince, Follic et Cornet. Les autres s’en tirent avec des peines de prison.

Le 29 août, 1941, le commandant d’Estienne d’Orves est fusillé en compagnie de Maurice Barlier et de Jean Doornick. Les six autres condamnés à mort verront leur peine commuée en travaux forcés. Mme Clément mère, âgée de 83 ans, n’a pas résisté à la brutalité des interrogatoires; Daniel Dohet mourra le 24 décembre 1942 et Jean-Jacques Leprince le 6 juin 1944. Les autres déportés rentreront vivants.

La publicité donnée par les Allemands à l’exécution du commandant d’Estienne d’Orves et de ses amis galvanisa les volontés et les énergies ; c’est ainsi que ce réseau des premières heures a magnifiquement rempli sa mission. L’admirable figure du commandant d’Estienne d’Orves qui, en un geste sublime de pardon, avait embrassé le juge allemand qui venait de le condamner à mort, est tout entière dans le message écrit qu’il remettait à Le Gigan quelques instants avant d’être fusillé :

Nous mourons pour que la France vive.

Nous mourons tranquilles parce que nous avons foi dans ses destinées, dans ceux qui la défendent, et dans celui qui est notre chef.

Nous mourons heureux parce que nous avons la certitude absolue de la victoire.

Fais savoir à ceux qui restent que leur devoir d’apporter à notre patrie le sacrifice total de leur personne, de leur intelligence et de leurs forces pour la relever, pour refaire de notre FRANCE la plus belle, la plus riche, la plus libre des nations.

Nous mourons, mais la France continue. Notre part est la moins pénible; ce ne sont plus que quelques moments désagréables à passer mais vous qui continuez, vous aurez à lutter toute votre vie. C’est là votre tâche, c’est là votre devoir.

Adieu… Haut les cœurs… Vive la FRANCE !

GALLIA – Créé par Gorce-Franklin qui fut déposé en France dans la nuit du 14 au 15 février 1943 par un bombardier bi-moteurs Hudson en même temps que Jean Fleury, alias Panier, chef du centre d’antenne «Electre», Fernand Gane, alias Jacquot, chargé de la mission «Phalanx» et Vector, ex-César, de C.N.D., chargé de la mission «Ecarlate», ainsi que Boyer, du réseau Brutus. Sa mission consistait à :

1°) créer et organiser un réseau;

2°) prendre des contacts, avec les différents chefs de Résistance existants en vue d’une étroite coordination.

En avril 1943, après deux mois de travail, Franklin et Bertal (Albert Cohen, chef régional de «Libération») ont réussi à organiser le réseau Gallia dans les régions suivantes :

– Marseille, chef de (réseau : Mistral).

– Toulon, chef : Auclair.

– Nice-Cannes, avec le commandant Krinsky et le capitaine Guetta.

– Montpellier, avec le commandant Morel.

– Pyrénées-Orientales, sous les ordres du commandant Viaud.

Franklin décide de microphotographier la partie la plus encombrante du courrier, les documents, les plans et les photos; il charge de ce service Eugène Petit (Claudius).

Le trafic télégraphique du réseau était, en majeure partie, assuré par le service de radio de la délégation de Jean Moulin.

En mai 1943, Franklin prend contact avec le Comité directeur des M.U.R. présidé à l’époque par Henri Frenay. Quelque temps après, la direction du S.R. des M.U.R. est confiée à Gemhaling (Henriot). Henriot présente à Franklin, Pierre Bernheim (Rohan), son adjoint pour les questions militaires. Ce dernier, sur l’insistance de Franklin, devait, par la suite faire incorporer la majorité de ses agents sous l’indicatif R.P.A., R.P. étant l’indicatif des agents du réseau Gallia.

Gallia fonctionnait régulièrement et prenait de jour en jour une plus grande extension. Malheureusement, les premières arrestations eurent lieu. Ce fut tout d’abord Auclair, chef du Var. Transféré à la prison Saint-Pierre, à Marseille, il réussit à se faire employer dans les bureaux de la Gestapo, rue Paradis, pour des écritures et là, continua son travail d’agent secret.

Il arrive à avoir des relations avec l’extérieur et fait passer à Franklin deux listes. L’une des pseudonymes et des noms originaux de tous les résistants arrêtés par la Gestapo; l’autre, de tous ceux qui, à la suite de ces arrestations et des révélations qu’elles avaient suscitées, étaient recherchés. Ensuite Auclair fut transféré à Compiègne et, de là, déporté en Allemagne où il trouva la mort.

En juin 1943, c’est le commandant Krinsky et le capitaine Guetta qui sont arrêtés à Cannes. Puis c’est au tour du commandant Viaud et de son adjoint Pamarola qui sont arrêtés à Perpignan. La Gestapo prend ensuite M. et Mme Mayer, ainsi que Mlle Hirth. Franklin, qui habitait chez ces personnes, arrive au moment où la voiture de la Gestapo emmène ses amis. Dans la perquisition effectuée chez les Mayer la Gestapo ne trouve aucun papier de Gallia mais ramasse les photographies et les papiers d’identité de Bertal qui est à ce moment à Londres. Le chef du réseau Gallia insiste auprès du B.C.R.A. afin qu’il ne soit pas renvoyé en France. Bertal reviendra pourtant au mois d’août, et montera un nouveau réseau : Nestlé. Franklin rencontre à cette époque le colonel Gentil qui dirigeait le parc de matériel à Clermont-Ferrand et en même temps s’occupait du camouflage d’un important stock d’armes. Gentil devient son adjoint. Il devait par la suite, en 1944, prendre la direction du réseau Darius, c’est-à-dire de Gallia en zone nord. C’est des conversations entre Franklin et Gentil que naîtra la structure définitive de Gallia en novembre 1943. Ce réseau comprenait :

A. – Une centrale à Lyon.

B. – Sept centres Régionaux.

C. – Les réseaux sous le contrôle de Gallia :

1°) Le réseau Reims, qui tombe sous le contrôle complet de Gallia après accord entre le B.C.R.A. et la Sûreté belge en août 1943, et deviendra le réseau Noël.

2°) Le réseau Marguerite.

3°) Le réseau Dupleix formé à Lyon à partir de juillet 1943, sous la direction du commandant Dreyfus Marcel (Lafond), assisté du lieutenant Girin-Hirseh. Dupleix se spécialisera dans le renseignement policier et aura la possibilité d’avertir deux fois par jour les réseaux des projets et des intentions de la police tant allemande que française.

Gallia fut également chargé d’organiser des centres d’antenne chargés du trafic télégraphique. Les principaux furent : Cactus, à Clermont-Ferrand, chef capitaine Vibrac. Thuya, à Limoges, chef lieutenant Brissaud René. Sycomore, dans la région de Toulon, chef Ménestre, alias Armand. Érable, dans la région de Toulouse, chef : Canard, alias Henri.
Au moment du déclenchement des opérations, militaires et de la période insurrectionnelle précédant la libération du territoire, ces centres d’antenne devaient éclater en U.C.R. (Unités de Combat et de Renseignement). Les U.C.R. devaient couvrir une portion de territoire facilement accessible à pied ou à bicyclette et recueillir, pour les transmettre, les informations de tous les agents de n’importe quel réseau se trouvant dans la limite de leurs régions. Fin 1943, El Maleh est arrêté et après avoir été torturé à Montluc est achevé par des rafales de mitraillette à bout portant comme put le constater le Service de sécurité de Gallia à la morgue où le cadavre avait été transporté. À la même époque, Bertaux et Cazenave se tuent en atterrissant à Londres. Ce sont ensuite, en 1944, les arrestations du colonel Gentil, mort à Dora, et de son neveu Paul, également mort en déportation, de Cantal, de Garnier. Enfin la libération se poursuit.

Le 21 juillet 1944, Franklin monte à Paris mais ne pourra rejoindre Lyon.

Le 4 août 1944, Gallia connaît l’alerte la plus dangereuse de son histoire. Sont arrêtés Bernheim (Rohan), chef de Gallia R.P.A. et sa femme. Ils sont fusillés. Le colonel Lanoyerie est pris à son domicile ainsi que sa femme. Le lendemain, c’est au tour du commandant Guillaud et de la secrétaire du P.C., Mme Frigière. Le colonel Lanoyerie et le commandant Guillaud seront massacrés à Saint-Genis-Laval.

C’est le commandant Herbelin qui assure alors la marche du réseau jusqu’à la fin des opérations. Gallia eut 1.782 agents homologués auxquels s’ajoutent 576 agents de Darius et 570 de Reims (ex-Coty R.P.B.). Les pertes atteignirent pour l’ensemble 161 tués ou morts en déportation et 150 internés et déportés.

JOHNNY, avec KER – En décembre 1940, Jean Le Roux quitta la Bretagne pour rejoindre la France Libre à bord de L’Émigrant dans les conditions exceptionnelles que nous avons relatées dans le numéro de juin 1956 de notre revue. Dans le même numéro paraissait sous le titre : «Un Héros et un Traître», un article décrivant le comportement héroïque de Marcel Le Roy, radio-émetteur du réseau Johnny pour lequel Jean Le Roux était revenu en France en mars 1941. Le réseau Johnny cessa d’exister en juillet 1942, pratiquement anéanti par les arrestations. C’est un de nos réseaux où les pertes furent les plus lourdes puisque sur 197 agents homologués (dont 57 pour Ker) 53 payèrent de leur vie leur patriotisme et 60 furent déportés ou internés.

JULITTE – Fondé en octobre 1942 ne put exercer son activité que jusqu’en mars 1943. Sur 24 agents homologués, 22 furent déportés et parmi eux, six moururent dans les camps.

MISSION BRETT MORTON – Eut 62 agents homologués.

MITHRIDATE – Créé en août 1940 mais rattaché au B.C.R.A. en janvier 1942 seulement. Son activité fut très importante et, avec son sous-réseau Alouette, Mithridate totalise 1.987 agents homologués dont 127 moururent pour la France et 208 furent déportés ou internés mais rentrèrent vivants.

MARCO POLO avec BEARN – Créé en novembre 1942 eut 1.420 agents homologués parmi lesquels 56 morts et 79 déportés.
PHALANX – Créé en mars 1942 eut pour mission les renseignements politiques et économiques et fut particuliè-rement actif dans les milieux syndicalistes. Sur 243 agents, huit furent tués, sept moururent en déportation et 11 furent déportés ou internés mais échappèrent à la mort.

PHRATRIE avec BRICK, CORVETTE, COTRE, GOELETTE, HUNTER, JONQUE, TARTANE, MASSENA, VEDETTE – L’ensemble de ces réseaux dont la création remonte au 1er avril 1942 groupe 2.797 agents homologués. Nous n’avons pas de détail de leurs pertes sauf pour Phratrie qui eut 13 morts et 21 déportés; Brick, cinq déportés; Corvette, 26 morts et 11 déportés; Cotre, huit morts et 23 déportés; Tartane, Masséna, 15 morts et 21 déportés; Vedette, un mort et un déporté.

PRAXITELE avec ELEUTHÈRE, MANIPULE, MARATHON, NAVARRE (pour ce dernier, à l’exclusion du réseau Navarre du colonel Loustanau-Lacau et du réseau Navarre du général Navarre) et THERMOPYLES. La création de ce groupe de réseaux s’échelonne de février 1942 au début de 1943. Leur effectif global représente 2.496 agents homologués. Leurs pertes : 220 agents tués ou morts en déportation et 268 déportés ou internés. L’efficacité de ce groupe fut remarquable et dans «Mes Camarades sont morts», le colonel Brouillard expose ce que fut le réseau Eleuthère auquel il appartenait et les résultats qu’il obtint.

RONSARD TROENE – Sur un effectif de 175 agents eut 16 morts en déportation, 16 déportés rentrèrent vivants et 3 furent internés. Ce réseau avait été créé en septembre 1941.

SAINT-JACQUES – Mobilisé au 10e R.A.C., le lieutenant Maurice Duclos (alias Saint-Jacques) après avoir pris part à l’expédition de Narvik, arrive en Grande-Bretagne le 23 juin 1940 et se met à la disposition du général de Gaulle. Sur sa demande, le 2e bureau de la France Libre l’envoie en mission en territoire occupé. Maurice Duclos quitte l’Angleterre dans la nuit du 3 au 4 août 1940 à bord d’une vedette au large de Saint-Aubin qu’il atteint dans un dinghy à l’aube du 4 août, au point précis où le 6 juin 1944, à 7 h 30, le 488 commando des Royal Marines allait établir la première tête de pont. Saint-Jacques a pour mission d’obtenir le maximum de renseignements sur l’activité ennemie en territoire occupé, de Brest à la Belgique, de constituer des groupes armés susceptibles de reprendre le combat en temps voulu, de promouvoir l’édition et la diffusion de tracts et de journaux clandestins, de créer des équipes aptes aux sabotages et aux coups de main.

Arrivé à Paris, Saint-Jacques prend contact avec quelques amis sûrs. Charles Deguy sera son adjoint et dirigera le P.C. Marcel Halbout s’occupera de la Normandie. Lucien Feltesse (alias Jean Boulard) utilisera ses relations parmi les Anciens Combattants belges et sera chargé du Nord, Pas-de-Calais, Somme, et éventuellement la Belgique.

Michel Louet (alias Rivière) aura plus particulièrement pour mission les renseignements politiques et administratifs ainsi que la propagande.

Jacques Lurot (alias Donald) le mettra en contact avec le lieutenant-colonel Félix Brunau (alias Nardan) qui dirigera la région parisienne, la Seine-et-Oise, la Seine-Maritime sera chargé plus spécialement des sabotages et des coups de main.

André Visseaux enfin qui, après avoir été blessé à Doullens et fait prisonnier, a pu se faire libérer en prenant faussement la qualité d’infirmier. André Visseaux apportera à Saint-Jacques le concours du commandant Vérines, commandant militaire des Invalides qui, fort de ses relations dans la Garde républicaine et la gendarmerie, se chargera de la formation de cadres pour la reprise éventuelle du combat, et pourra, grâce à ces mêmes relations, obtenir des renseignements importants dans pratiquement toute la zone occupée.

Après avoir ainsi établi les bases de son réseau et transmis à Londres les premiers courriers qui y arriveront en septembre 1940, Saint-Jacques regagne l’Angleterre et atteint Londres le 24 décembre 1940. Il revient en France dans la nuit du 13 au 14 février 1941 en compagnie du radio John Mulleman muni d’un poste émetteur. Mais, parachuté dans la région du Bugue, il se casse les jambes à l’atterrissage, est hospitalisé à Périgueux, dénoncé aux autorités de Vichy qui l’arrêtent. Il retrouvera la liberté le 13 mars.

Mulleman est monté à Paris et il émettra successivement de Petit Quevilly et du Vésinet où le poste est installé chez la sœur de Saint-Jacques, qui sera ultérieurement arrêtée avec sa famille, condamnée à mort et subira avec sa fille Monique quatre ans de déportation.

En Juin 1941, Mulleman, qui s’est fait arrêter au passage de la ligne de démarcation, accepte de travailler pour l’ennemi qui, dès lors sera tenu au courant de tous les messages émis et reçus et en plus émettra des textes que lui remettront les services allemands. Mais Mulleman, se sentant soupçonné déclenche la catastrophe. Une première vague d’arrestations, le 8 août 1941, frappe entre autres, Charles Deguy, Marcel Halbout, Lucien Feltesse.

Deux mois après, nouvelle série d’arrestations due cette fois à l’agent double André Folmer, alias Richir, alias Albert. Le P.C. et la centrale de la rue Washington sont anéantis. Les sous-réseaux Normandie (Halbout) et Jean Boulard (Feltesse) sont disloqués, de même que le sous-réseau Rivière (Louet); ce dernier pourra toutefois éviter l’arres-tation et gagner l’Afrique du Nord.

Charles Deguy sera fusillé au Mont Valérien, le 29 juillet 1942, en même temps que son agent de liaison Roger Pironneau, âgé de 19 ans. Le commandant Vérines, arrêté en octobre 1941, sera fusillé en octobre 1943 mais son sous-réseau continuera à fonctionner jusqu’à la libération, sous la direction de Jacques Daroussin assisté d’Émile Pinoy et de Charles Deketelaere.

Le sous-réseau Nardan aura une activité ininterrompue jusqu’à la libération malgré l’arrestation de son chef, le lieutenant-colonel Brunau, en 1943 Saint-Jacques pourra échapper aux recherches de la Gestapo et, le 1er mars 1942, rejoindra Londres où il sera chargé de la direction des services «Action».

Le réseau Saint-Jacques a été le premier à fonctionner en territoire occupé. En plus des renseignements concernant l’ordre de bataille allemand, les défenses côtières de la Mer du Nord et de la région du Havre, l’identification de nombreux terrains d’aviation et de dépôts de munitions, il a à son actif entre autres : la communication à Londres des rapports de la Commission d’armistice (notamment le fameux rapport Doyen) et des rapports des préfets de Vichy; la diffusion de «Pantagruel» et de «Valmy»; la destruction par la R.A.F. d’objectifs militaires dans le port de Rouen; le sabotage de plusieurs unités navales allemandes dans le port du Havre; la destruction de dépôts d’essence et de matériel, de centrales électriques, le sabotage de plusieurs centaines de wagons de matériel destiné à l’ennemi et la constitution de groupes armés qui prendront une part active aux combats de la libération.

Les arrestations de 1941 ne permettront l’identification après les hostilités que de 682 agents dont 331 seulement avec une précision suffisante pour permettre leur homologation. Les pertes atteindront 60 tués et 74 déportés et internés.

Les traîtres ont payé : John Mulleman a été fusillé au fort de Montrouge en 1946 et André Folmer est emprisonné à vie.

SAMSON – Fondé en avril 1943 recruta 942 agents. Ses pertes furent quatre tués, 18 morts en déportation et quatre déportés rentrés.

WILDE HAUET (MUSÉE DE L’HOMME) – Début d’activité : août 1940. Effectif : 606 agents. Pertes : 22 tués, 48 morts en déportation, 65 déportés rentrés.

Une place à part doit être réservée à la mission ANTOINE, mise en place en 1941 et qui a donné naissance aux réseaux Ali-Tir et Brutus.

ALI, affecté aux renseignements eut pour chefs, successi-vement Wybot (pseudo Ronald), d’avril à octobre 1941; Mangin (pseudo Pierre), d’octobre 1941 à février 1942; Andlauer (pseudo Antoine) de février à décembre 1942 tandis que TIR, branche Action du réseau eut pour chefs Tupet (pseudo Thome), de novembre 1941 à avril 1942 et Tavian (pseudo Collin) d’avril à décembre 1942. ALI-TIR mit sur pied d’autres réseaux qui finalement furent mis en rapport avec Londres. Ce furent : Roques Philippe (alias Rondeau) et Augure; Thermopyle (alias Groland), remplacé après son arrestation par Pignaniol; Fabre, rattaché à Phalanx (alias Garnier) et Christian Pineau; Peretti, réseau Ajax; Bornier, dit Bouche, réseau Sal; Raimondi, réseau Rud Corse; Jean Charron, dit Rocher, réseau Dur. Dès août 1941, ALI-TIR eut des relations par radio avec le B.C.R.A. et entre novembre 1941 et novembre 1942 eut à son actif neuf opérations aériennes dont trois parachutages d’hommes et de matériel et six atterrissages comportant des réceptions et des départs d’agents. Sur un effectif de 75 agents, quatre furent tués, cinq furent déportés et un mourut en déportation.

Il faut également mentionner la DÉLÉGATION GÉNÉRALE, placée sur les ordres de Jean Moulin, alias Rex, alias Max, qui était en France occupée la représentation civile du général de Gaulle auprès des mouvements de Résistance. La délégation générale, à laquelle fut rattachée l’Action P.T.T., comprit 366 agents.

Viennent ensuite nos réseaux Action dont les résultats remarquables contribuèrent puissamment à la victoire Il faudrait un livre entier pour exposer le bilan de leur activité. Leurs pertes, dont nous n’avons pas les chiffres détaillés, furent exceptionnellement élevées en raison même de la nature de leur mission. Citons avec leurs effectifs homologués :

ACTION VENGEANCE : 1.451 agents. Chef : lieutenantcolonel Vie-Dupont.

ACTION R.1 : 896 agents. Chef : lieutenant-colonel Rivière.

ACTION R.2 : 1.354 agents. Chef : lieutenant-colonel Picard.

ACTION R.3 : 743 agents.

ACTION RA : 484 agents. Chefs successifs : Leistenschneider, Schlumberger, Sarda de Caumont.

ACTION R.5 : 263 agents. Chef : Dechelette.

ACTION R.6 : 388 agents. Chefs successifs : Paul Schmidt, Alain de Beaufort, Léger.

ACTION A : 1.017 agents.

ACTION B : 104 agents.

ACTION C : 21 agents.

ACTION D plus CDP 3 : 2.210 agents.

ACTION M : 366 agents.

ACTION P : 319 agents.

ACTION PLAN TORTUE : 323 agents.

Différentes missions de sabotages mises sur pied par le B.C.R.A., en juin 1943, sont également reconnues F.F.L. Ce sont le PLAN GRENOUILLE, le PLAN VERT, le PLAN VIOLET et le PLAN TORTUE. Chacune de ces missions avait une tâche bien définie et groupait le plus souvent des agents disséminés dans divers réseaux.
Enfin, nos réseaux d’évasion chargés de détecter, de prendre en charge et de convoyer hors d’atteinte de l’ennemi les prisonniers évadés, les aviateurs abattus, les agents traqués par la Gestapo.

BORDEAUX-LOUPIAC créé par notre ami Jean-Claude Camors qui, arrivé à Londres en mai 1942, fut envoyé en mission en France le 1er février 1943. Hélas, Camors était abattu à Rennes, le 11 octobre 1943. Joseph Cheurez le remplaçait à la tête du réseau mais tombait lui-même, le 24 mars 1944. Sur 382 agents, 28 furent fusillés ou moururent en déportation.
BOURGOGNE, BRANDY, PERNOD, KUMEL. Le réseau Bourgogne fut créé par Georges Broussine qui, évadé de France, le 11 mars 1942, y était revenu le 19 février 1943 et avait été parachuté à Sorigny, près de Tours. Brandy, dont, la centrale était à Lyon, eut successivement pour chefs : Christian Martell, du 1er mai 1942, date de création du réseau, au 14 juillet 1942, puis Maurice Montet, du 14 juillet 1942 au 23 juin 1943. Les effectifs furent de 354 agents pour Bourgogne, 72 pour Brandy, 22 pour Pernod et 128 pour Kumel, dirigé par Patrick Hovelacque.

Les réseaux «action» F.F.L.

Nous devons à l’amabilité de notre camarade Krug-Basse, les précisions ci-dessous qui complètent utilement les indications fragmentaires que nous avons publiées dans notre numéro de juin dernier.

Il convient de rendre justice aux chefs de régions dont les noms n’ont pas été mentionnés. C’est en effet seulement en 1944 que sont apparues les dénominations régionales. En 1942 et 1943, le réseau «Action» comprenait, en zone nord, le B.O.A. (Bureau des Opérations Aériennes) et, en zone sud, la S.A.P. dirigée par le colonel Charles-Henri Rivière dit «Marquis ». Le B.O.A. était divisé en blocs; nord, est, ouest, centre. La coordination de ces blocs était assurée par le «coordinateur national B.O.A.» qui était, de plus, chef d’opé-rations d’un de ces blocs. Ce coordinateur assurait aussi la liaison avec le délégué du général de Gaulle : Jean Moulin, en zone sud; M. Serreules, dit «Sophie», en zone nord. Ce coordinateur était, en juillet 1943, Bel, de son vrai nom le commandant Pichard Michel. Il dirigeait les opérations du bloc est (devenu en 1944, Action C - D - P3). Le bloc centre avait pour chef Phil ou Solda, soit le capitaine Dampierre, tué en mission clandestine en Indochine en 1944. Le bloc ouest fut dirigé d’abord par Kim ou Paul, c’est-à-dire le commandant Schmidt, remonté de zone sud; puis par Galilée, soit le commandant des Perruches récemment décédé. Le bloc nord avait à sa tête : Gramme ou Rod ou Henry, soit le commandant Pierre Deshayes. L’agent Bel, qui avait commencé dans la Résistance comme agent de Rémy (colonel Gilbert Renault) au renseignement, fit plusieurs missions clandestines avec lui et arriva en zone occupée au début de 1943, chargé d’organiser le B.O.A. avec quelques camarades dont Pal qui fut tué à Marseille, à la libération. Le chef du sabotage était Lime, soit Robert Cordier, compagnon de la Libération. Les deux adjoints de Bel, aussi appelé «Grauss» puis «Génératrice» étaient Faraday (François Delimal qui, arrêté, se suicida pour ne pas parler) et Jérôme (René Collin, mort héroïquement en déportation). La région D fut confiée à Doyen qui fut arrêté peu de temps après son arrivée. Il fut remplacé par le capitaine Jouvenet dit «Excellence». Plusieurs de ces chefs de-vinrent DMR ou DMD au débarquement.

Les réseaux «Action» recevaient des parachutages de matériel en vue des sabotages à effectuer sur les voies ferrées dans le cadre du «Plan Vert». Comme on le sait, ces sabotages ont grandement facilité les opérations de débarquement. Le «Plan Tortue» dont l’objectif était la désorganisation des transports routiers de l’ennemi, eut parmi ses chefs en 1944, le DMR (région P1) «Artilleur», commandant Palaud, qui fut arrêté en mars 1944, ainsi que Shelley, ou Wing Commander Yeo Thomas dont l’épopée a été retracée dans le livre célèbre «Le Lapin Blanc» et qui était chargé des opérations de parachutage par la R.A.F.

Le commandant Deshayes (région AB), le commandant Clouet des Perruches (M), le commandant Pichard (C D, P3 coordinateur national B.O.A.), le commandant Palaud (Plan Tortue) sont tous compagnons de la Libération, ainsi que François Delimal. Ils furent, avec Paul Schmidt, les chefs les plus anciens et les créateurs du B.O.A.