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L’Appel du 18 Juin contient en germe la création
de l’ordre de la Libération.
Le général de Gaulle s’interdisant
par respect scrupuleux de nos institutions de distribuer
des insignes de la Légion d’honneur, la
nécessité lui apparut très vite
de créer une récompense spéciale
destinée à ceux qui auraient travaillé
d’une façon particulièrement remarquable
à la libération de la France et de l’empire
français.
L’ordre de la Libération
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| Croix de l’ordre
de la Libération, telle que l’ont reçue
les premiers Compagnons : le ruban, de abrication
anglaise, comportait alors des rayures diagonales. |
La principale raison de la création d’une
nouvelle distinction résidait dans les circonstances
particulières dans lesquelles se situait l’action.
Il s’agissait, en effet, de récompenser,
d’une manière tout à fait originale,
le dévouement de ceux qui – si peu nombreux
au départ (nous n’étions pas mille
le 14 juillet à Londres) – avaient accepté
de tout risquer pour participer à une aventure
dont on ignorait, en 1940, quel serait son aboutissement.
En octobre 1940, à Fort-Lamy, le général
de Gaulle, après avoir fait part au capitaine
de vaisseau d’Argenlieu, de ses intentions politiques,
pour organiser les territoires de l’empire ralliés,
ajouta: «Notre entreprise est hérissée
de difficultés. Les Français seront lents
à nous rallier. Le risque leur fait peur. Ils
ont besoin d’être encouragés, stimulés.
Je suis décidé à créer un
insigne nouveau, face à l’imprévisible
conjoncture. Il récompensera ceux des nôtres
qui se seront signalés dans cette haute et âpre
campagne, pour la libération de la France.»
Une décoration spéciale et originale,
était donc nécessaire pour récompenser
les mérites exceptionnels, manifestés
dans une conjoncture, elle-même, exceptionnelle.
Ce désir du général de Gaulle
devait se réaliser très rapidement, et
le 16 novembre 1940 à Brazzaville, le général
de Gaulle signera l’ordonnance n° 7 créant
l’ordre de la Libération.
La rapidité avec laquelle cet ordre original
est créé montre à quel point il
est lié, dès le début, à
l’histoire de la France Libre. Il prouve, aussi,
l’importance que le général de Gaulle
accordera à cet ordre de chevalerie.
Les premiers projets faisaient ressortir la création
d’un «ordre de la Délivrance»,
dont les membres devaient s’appeler «les
Croisés de la Délivrance» ou de
la «Libération».
Cette appellation de «Croisés» témoigne
parfaitement de l’idée qui était
à l’origine de l’ordre; l’idée
d’une nouvelle chevalerie regroupant, comme au
Moyen Âge, les serviteurs d’une cause et
d’un idéal presque religieux.
Mais très vite, ce titre apparut quelque peu
emphatique et désuet. Aussi, le général
de Gaulle fit appel au professeur René Cassin,
afin que ce dernier rédige les textes définitifs.
C’est ainsi que René Cassin proposa le
terme de Compagnon, qui avait été utilisé
à plusieurs reprises dans l’histoire de
notre pays.
Compagnon de la Libération
Ce mot de «Compagnon» fut agréé
par le général de Gaulle, et l’ordonnance
définitive, publiée au Journal officiel
de la France Libre, comporte ce terme qui ne fut jamais
remis en cause.
Dans le même temps, où se décidait
l’appellation de titulaire de la décoration,
l’insigne de l’ordre était conçu,
dessiné et réalisé.
La croix est très sobre. C’est un écu
de bronze poli, qui comporte un glaive dépassant
de haut en bas. Ce glaive est chargé d’une
croix de Lorraine noire.
Au revers de l’écu est inscrit en exergue
la devise : «Patriam servando victoriam tulit».
Les couleurs du ruban ont été choisies,
de façon symbolique : le noir, exprimant le deuil
de la France opprimée par les envahisseurs, le
vert, exprimant l’espérance.
Il n’y a qu’un seul type de croix de la
Libération, compte tenu du fait qu’il n’y
a qu’un seul et unique grade.
L’ordre de la Libération, tout en gardant
ses caractéristiques propres, a puisé
parmi les autres ordres certains traits et éléments
de son organisation.
Il est ainsi comparable aux ordres de chevalerie médiévaux;
ses aspirations, la libération de la France,
la victoire sur le nazisme, font penser aux grands ordres
tels que ceux de Malte, du Saint-Sépulcre ou
des Templiers, qui étaient réunis dans
un même esprit de lutte contre les infidèles
et de défense des lieux saints.
Par les circonstances de sa création, il se rapproche
également de l’ordre de Saint-Michel créé
en 1469 par Louis XI. Celui-ci, combattant le duc de
Bourgogne Charles le Téméraire, décida
de créer cet ordre afin d’encourager ses
vassaux à rejoindre sa bannière. Les spécialistes
de la chevalerie ne manquèrent pas de souligner
ces points communs, puisque le collier du grand maître
de l’ordre de la Libération s’inspire,
dans sa réalisation, du collier de l’ordre
de Saint-Michel.
Les conditions d’admission
L’article premier de l’ordonnance de novembre
1940 précise : «que cet ordre est destiné
à récompenser les personnes ou les collectivités
qui se sont signalées dans l’œuvre
de la libération de la France et de son empire.»
Aucun critère d’âge, de sexe, de
grade, d’origine et même de nationalité
n’est exigé. C’est la valeur qui
compte et la qualité des services exceptionnels
rendus.
L’ordre devient réalité, avec les
premiers Compagnons nommés. Dès le 27
janvier 1941, ils sont neuf, quatre tombés au
champ d’honneur et cinq formant le conseil.
Trait original : les premiers Compagnons du général
de Gaulle n’étaient pas sédentaires.
Ce serait une illusion d’imaginer le conseil de
l’ordre, groupé autour de son président.
Le chancelier, arrivé d’Afrique à
Londres le 2 février 1941, part au Canada le
24. Il en revient en mai. Le gouverneur général
Éboué, venu du Tchad, réside à
Brazzaville. Le lieutenant d’Ollonde d’Harcourt
retourne en mission clandestine dans la métropole.
Popieul, officier de marine marchande, navigue. Bouquillard,
adjudant, combat dans les forces aériennes. Les
nominations dans l’ordre de la Libération
jalonnent la grande épopée de la Résistance
et de la France Libre au cours de ces dures et longues
années de guerre.
Les Compagnons
Lorsque le 23 janvier 1946 est signé le décret
portant qu’à cette date il ne sera plus
procédé à l’attribution de
la croix de la Libération, le nombre des compagnons
s’élevait à 1036 et, en tenant compte
des personnes morales, il faut y ajouter cinq villes
et 18 unités combattantes (1).
Parmi ces 1036 compagnons, 238 furent nommés
à titre posthume, et après la Libération,
105 d’entre eux sont morts pour la France au combat
ou en service commandé, tel le général
Leclerc de Hauteclocque.
Il est, à mon avis, très important de
mettre l’accent sur la variété extrême
des compagnons.
Nous conservons la mémoire d’Henri Fertet,
condamné à mort par le tribunal militaire
allemand et fusillé à l’âge
de 16 ans à Besançon le 26 septembre 1943,
de Guy-Charles Flavien, élève à
l’École centrale, déporté
à la mine de Plomnitz et décédé
à l’âge de 24 ans, du jeune Barrioz
né en 1929, mort en février 1944, capturé
à l’ennemi; cet enfant est mort dans des
souffrances atroces, refusant de donner le moindre renseignement
à l’ennemi.
Des militaires, il y en a beaucoup, de tous les âges,
de tous les grades et de toutes les armes.
Il en est de l’active, mais les réservistes
et les engagés volontaires sont les plus nombreux.
Si le général Catroux, lorsqu’il rallie
Londres venant d’Indochine qu’il gouvernait,
est général d’armée et âgé
de 61 ans, Marcel Kollen soldat de 2e
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| Bataillon de
Marche n° 2 Compagnon de la Libération |
classe du Bataillon du Pacifique, agent des PTT à
Nouméa et un des premiers volontaires canaques
du contingent de la Nouvelle-Calédonie, trouve,
lui, la mort à 29 ans à Bir-Hakeim sous
les ordres du général Kœnig. Nous trouvons
également des ingénieurs, des industriels,
des écrivains, des professeurs, des diplomates,
des membres du clergé, des magistrats, des savants,
des ouvriers, des paysans.
Comment ne pas citer parmi les Compagnons disparus
mon colonel, le colonel Amilakvari, prince géorgien
d’une bravoure légendaire, tué à
El-Alamein le 24 octobre 1942. Pierre Brossolette qui
préféra se suicider au cours d’un
interrogatoire plutôt que de parler, en se jetant
du haut d’un immeuble de l’avenue Foch,
apportant ainsi, à ses amis, la certitude de
son silence, un colonel Colonna d’Ornano tué
à Mourzouk, un général Delestraint
mort en déportation, un d’Estienne d’Orves,
lieutenant de vaisseau, fusillé au Mont-Valérien,
un Leclerc de Haute-clocque, un Jean Moulin, président
du Comité National de la Résistance, figure
légendaire de la Résistance.
Certains Compagnons ont occupé des postes de
hautes responsabilités, aussi bien dans la vie
civile qu’au sein des armées, et 20 d’entre
eux eurent des responsabilités ministérielles.
L’ordre compte ou a compté quatre anciens
premiers ministres : René Pléven, Maurice
Bourgès-Maunoury, Jacques Chaban-Delmas et Pierre
Messmer; des hommes politiques comme : Gilbert Grandval,
Gaston Palewski, Alexandre Parodi, Jean Sainteny, Michel
Bokanowski, André Boulloche, Maurice Schumann,
Pierre-Henri Teitgen, Jacques Soufflet, Robert Galley,
Hubert Germain, André Jarrot, Christian Pineau.
En ce qui concerne l’armée on compte plus
de 80 officiers géné-raux ou amiraux.
Citons parmi eux : les maréchaux de Lattre de
Tassigny, Leclerc de Hauteclocque et Kœnig; les
généraux Billotte, Astier de la Vigerie,
Buis, Catroux, Ingold, Massu, Monclar, de Mon-sabert,
de Boissieu, de Guillebon; les amiraux Thierry d’Argenlieu,
Cabanier, Ortoli, Patou et les généraux
de l’armée de l’air Valin, Ezanno,
Fourquet, Andrieux.
Des Compagnons de la Libération ont servi le
pays dans la diplomatie comme : Gaston Palewski, Geoffroy
de Courcel, Augustin Jordan, Claude Raoul Duval, Dominique
Ponchardier, Emmanuel d’Harcourt.
Le clergé est aussi représenté
par le cardinal Saliège, ancien archevêque
de Toulouse, le père Lacoin, aumônier des
fusiliers marins, le père Starky, le père
Hirleman et le père Savey.
L’ordre compte aussi des ingénieurs comme
Louis Armand, membre de l’Institut, un savant
comme François Jacob, prix Nobel de médecine
et de physiologie en 1965.
Citons aussi des Compagnons connus pour leurs activités
littéraires Romain Gary, André Malraux,
Gilbert Renault, plus connu sous le nom de Rémy,
ou Dominique Ponchardier.
L’ordre et les femmes
Six femmes ont été faites Compagnons
de la Libération mais elles ont, hélas,
disparu. Berthe Albrecht, membre du réseau Combat,
Laure Diébold, secrétaire de Jean Moulin
et agent de liaison du réseau Mithridate, Émilienne
Moreau-Évrard déjà héroïne
de la grande guerre 1914-1918, Marie Hackin, chargée
de mission avec son mari et disparue en mer, Marie-Louise
Henry qui travailla pour un réseau d’évasion,
et enfin Simone Michel-Levy, organisatrice d’un
réseau au sein des PTT.
L’ordre et les étrangers
Le décret du 29 janvier 1941 prévoyait
que les étrangers, qui avaient rendu des services
importants à la cause de la France Libre, pourraient
recevoir la Croix de la Libération et seraient
considérés comme membre de l’Ordre.
– Général Dwight Eisenhower, Compagnon
du 28 mai 1945;
– Sa Majesté Mohamed Ben Youssef, Compagnon
du 29 juin 1945;
– Sir Winston Churchill, Compagnon du 18 juin
1958.
Voici la citation qui accompagnait la croix de Lorraine
de la Libération de Winston Churchill : «Comme
premier ministre de la Grande-Bretagne, au moment du
pire danger couru par l’Europe, a inspiré
et dirigé la résis-tance de son pays et
contribué, par là, d’une façon
décisive à sauver la liberté du
monde. A fait confiance à la France quand c’était
le plus difficile, en lui prêtant le concours
moral et matériel de l’Angleterre, son
alliée. A ainsi contribué directement
à la libération et à la victoire.
Restera, dans l’histoire, illustre au premier
chef.»
Fut aussi nommé Compagnon de la Libération,
le roi George VI, le 4 avril 1960.
L’ordre et les collectivités
Les premières villes Compagnons de la Libération
furent : Nantes dès le 11 novembre 1941, puis
Grenoble en mai 1944. S’ajouteront par la suite
: le village de Vassieuxen-Vercors qui eut 72 de ses
habitants massacrés et la totalité de
ses maisons brûlées par un ennemi sans
pitié. Paris dont la citation porte «Capitale
fidèle à elle-même et à la
France». Et l’île de Sein qui envoya
la totalité de ses hommes rejoindre les Forces
Françaises Libres, gardant sur place le curé
pour s’occuper des âmes, le maire pour tenir
tête aux Allemands et le boulanger pour faire
le pain.
Les unités combattantes
Dix unités de l’armée de terre.
Trois unités de la marine : la corvette Aconit,
le sous-marin le Rubis et le 1er Régi-ment de
fusiliers marins. Cinq unités de l’armée
de l’air dont le groupe Normandie-Niemen, les
groupes «Lorraine», «Alsace»
et «Île-de-France».
L’organisation actuelle
Le 23 janvier 1946 un décret mettait fin à
l’attribution de la croix de la Libération,
mais le général de Gaulle a voulu que
l’ordre de la Libération demeure, pour
les générations futures, un haut témoignage
et un exemple.
Pour assurer sa pérennité, il décida
l’installation de la chancellerie dans un bâtiment
national, boulevard Latour-Maubourg.
L’ordre a un statut inspiré de la Légion
d’honneur, mais il est distinct de ce dernier.
Le grand maître
L’ordre n’a eu qu’un seul grand maître
en la personne du général de Gaulle. Le
général de Gaulle ne manqua pas, d’ailleurs,
de prouver son attachement à l’ordre qu’il
avait créé. Le 9 novembre 1970, le général
de Gaulle mourait. Si la France perdait son libérateur
et un grand homme, l’ordre perdait son fondateur
et son grand maître.
Le chancelier
C’est le premier personnage de l’ordre.
Dépositaire du sceau de l’ordre, il est
le seul qualifié pour représenter l’ordre.
Il est choisi par le conseil en son sein et proposé
au président de la République. La commémoration
est alors officialisée par décret.
Le chancelier assure l’administration de l’ordre,
du musée de l’ordre, de la France Libre
et de la Déportation, ainsi que des services
de la médaille de la Résistance.
De 1941 à nos jours, quatre chanceliers se sont
succédés :
– amiral d’Argenlieu (1941-1958) –
dix-sept ans. 1958 étant la date où il
réintégra le Carmel;
– général Ingold (1958-1962) –
quatre ans;
– M. Hettier de Boislambert (1962-1978) –
seize ans. Nommé alors qu’il était
ambassadeur au Sénégal;
– général d’armée
Jean Simon (1978 ...).
Le conseil de l’ordre
Sa mission est surtout de prolonger et de maintenir la
tradition et l’idéal voulu par le général
de Gaulle, et d’assurer la discipline de l’ordre.
Le rôle du conseil est consultatif. Ce n’est
plus le grand maître qui décide, mais le
chancelier, qui prend l’avis du conseil.
Depuis sa création, où seuls cinq membres
siégeaient, le conseil de l’ordre s’est
développé. Aucun texte ne fixe le nombre
à atteindre, Les membres du conseil sont actuellement
18. Toutes les catégories sont représentées
à l’intérieur du conseil : membres
des Forces Françaises Libres, résistants
intérieurs, déportés.
Le collier de l’ordre
Inspiré de l’ancien collier de l’ordre
royal de Saint-Michel, il est fait de neuf larges maillons
d’or, réunis par des croix de Lorraine
d’émail vert. Chaque maillon est gravé
au nom d’un des territoires qui formèrent
l’empire : Afrique Équatoriale Française,
Nouvelles-Hébrides, Cameroun, Nouvelle-Calédonie,
Océanie, Guyane, Les Indes, Le Levant, La Réunion,
Somalie, Saint-Pierre-et-MiqueIon, Madagascar, Afrique
Orientale Française et l’Indochine.
Le jour où lui fut officiellement remis le collier,
le général de Gaulle devait déclarer
: «Je ne voulais, pour rien au monde, négliger
l’occasion qui m’était donnée,
de rendre hommage à l’ordre, cette chevalerie
exceptionnelle, créée au moment le plus
grave de l’histoire de France, fidèle à
elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans
la lutte.»
Cérémonial d’admission
dans l’ordre
«Nous vous reconnaissons comme notre Compagnon,
pour la libération de la France, dans l’Honneur
et par la Victoire.»
La dernière personnalité à recevoir
la croix de la Libération fut exceptionnellement
Sir Winston Churchill qui, douze ans après le
décret mettant fin à cette distinction,
fut décoré à l’hôtel
Matignon, le 18 juin 1958, par le général
de Gaulle, alors président du conseil des ministres.
La chancellerie
Depuis 1967, la chancellerie est installée dans
une aile de l’hôtel des Invalides. L’ordre
se trouve ainsi placé, comme le voulait le général
de Gaulle, au cœur du patrimoine militaire de Paris,
et doté d’un bâtiment à la
mesure de ce qu’il est, et de ce qu’il devra
représenter, pour les générations
à venir.
Les années 1970-1972 ont vu le dégagement
des douves devant les bâtiments, ce qui donne
à la chancellerie sa physionomie actuelle, 51bis,
boulevard Latour-Maubourg.
Le musée
Le recrutement de l’ordre étant fermé
depuis 1946, il s’agissait, pour les Compagnons,
de conserver le souvenir de tous, et plus particulièrement
de ceux qui avaient disparu.
Le dévouement de tous, les dons d’objets
irremplaçables ont permis de réaliser
175 vitrines retraçant la mémoire des
Compagnons et des médaillés de la Résistance,
groupés autour de leur chef de file comme ils
le furent dans l’action.
La salle d’honneur rassemble les souvenirs les
plus précieux : les manuscrits de l’Appel
du 18-Juin, le testament du général de
Gaulle, ses décorations.
Une galerie est consacrée à la Résistance
extérieure, l’autre à la Résistance
intérieure.
Le premier étage est consacré au souvenir
de la Déportation.
Je dois ajouter que des archives de grande qualité
sont conservées dans les salles annexes du musée.
Il est, en effet, très souhaitable que le souvenir
de l’action et des sacrifices des Compagnons de
la Libération s’inscrive dans l’histoire.
Le souvenir
Si malheureusement d’année en année
les rangs des Compagnons s’éclaircissent,
le souvenir demeure.
Au cours de l’année, aussi bien à
Paris, qu’en province, le chancelier préside
des cérémonies commémoratives mais,
la plus grande de toutes est celle organisée
par la chancellerie le 18 juin.
Le matin, le maire de Paris, ville Compagnon, reçoit
dans une brillante réception les Compagnons,
mais le soir au Mont-Valérien, c’est le
moment du recueillement et du souvenir.
Dès la Libération, le général
de Gaulle tint à consacrer ce haut lieu au cours
d’une cérémonie solennelle, dédiée
à la mémoire des 4500 résistants
qui y furent fusillés.
Depuis, chaque année, le chef de l’État
vient présider la cérémonie commémorative
de l’Appel du 18-Juin.
Seize corps ont été inhumés au
Mont-Valérien et représentent les phases
essentielles du long et du dur combat qui fut mené
du début de la guerre à la victoire.
Un emplacement a été réservé
dans la crypte pour le dernier Compagnon de la Libération,
qui y sera inhumé.
Le pacte d’amitié
entre les villes Compagnons de la Libération
Grenoble, Nantes, Paris, l’Ile-de-Sein, Vassieux-en-Vercors,
villes Compagnons, ont décidé, à
ma demande, de se lier par un pacte d’amitié
destiné à assurer la pérennité
de l’ordre et à susciter des liens particuliers
entre leurs collectivités respectives.
Ce pacte a été signé par Messieurs
Jacques Chirac, Dubedout, Chenard, Alain Le Roy, Roux.
En conclusion
Je vous dirais simplement que cet Ordre constitue une
chevalerie exceptionnelle créée à
un des moments les plus graves de l’histoire de
France, une chevalerie unique puisqu’il ne sera
jamais plus fait de Compagnons de la Libération.
Au cours de cet exposé, j’ai cité
quelques uns de nos Compagnons et je voudrais, pour
terminer, laisser la parole à un de nos Compagnons
les plus prestigieux André Malraux :
«Aux pires jours de la défaite, ils n’ont
pas perdu confiance en la France et dès qu’ils
ont repris le combat, ils ont entendu assumer la France
et non former une Légion Étrangère
– ce qui est important, car c’est cette
résolution d’assumer la France qui a permis
l’unité des Forces Françaises Libres
et de la Résistance de Leclerc à Jean
Moulin.
Ils étaient des volontaires, et se séparent
ainsi de leurs grands prédécesseurs :
les anciens de Verdun, par exemple.
Ils ont été des témoins. Nous
ne tenons pas Bir-Hakeim pour Austerlitz, mais Bir-Hakeim
comme le premier combat de Jeanne d’Arc à
Orléans, a été la preuve que la
France n’était pas morte.
L’ordre est un cimetière. Les vraies décorations
nous sont remises par la mort au passage.
On dit, légitimement d’ailleurs : la croix
de la Libération.
Regardez-la : ce n’est pas une croix, c’est
une dalle funéraire.
Il faut dire, répéter, proclamer, que
l’ordre de la Libération n’est pas
formé d’hommes qui se sont séparés
des autres par leur courage, mais bien d’hommes
à qui leur courage a donné la chance de
représenter tous ceux qui, le cas échéant,
n’avaient pas été moins courageux
qu’eux. Il n’est pas une hiérarchie
dans la Libération, il est le symbole de la Libération.
Nous parlons au nom de nos survivants qui parlent au
nom de leurs morts, qui parlent au nom de tous les morts.
Vous savez que dans la crypte du Mont-Valérien,
il y a un cercueil vide : il attend le dernier Compagnon
de la Libération.
Quand on le clouera, il n’y aura plus aucun des
nôtres pour dire : «À Bir-Hakeim,
nous avons enfoncé les lignes de Rommel par une
soirée féérique...»
Quand nous sommes entrés par la porte d’Orléans,
personne ne croyait que les chars qui fonçaient
dans Paris étaient des chars français,
et nous sommes arrivés à la porte d’Orléans
couverts de rouge à lèvre.»
Le dernier Compagnon
Dans le silence, le dernier Compagnon retrouvera le
premier Compagnon.
Le dernier cercueil du Mont-Valérien ne sera
pas non plus un cercueil solitaire, on ne le fermera
pas seulement sur le dernier Compagnon : on le fermera
aussi sur le dernier combattant de la 1re Division Française
Libre ou de la 2e Division Blindée, sur le dernier
pêcheur breton qui amena des Français clandestins
en Angleterre, sur le dernier cheminot qui paralysa
provisoirement les V2, sur les derniers maquisards grâce
à qui les Panzer d’Aquitaine n’arrivèrent
pas à temps en Normandie, sur la dernière
couturière morte dans un camp d’extermination
pour avoir pris chez elle un de nos postes émetteurs.
Comme les gisants de la chevalerie morte écoutaient
crépiter le bûcher de Rouen, tous, ceux
qui se sont réfugiés dans l’âme
de la France écouteront le marteau sur les clous
funèbres. Des archers d’Agnatel aux clochards
d’Arcole, de la Garde impériale jusqu’aux
300000 morts du Chemin des Dames, des cavaliers de Reims
et de Patay aux Francs-Tireurs de 70, montera le silence
séculaire de l’acharnement.
Avec la phosphorescence des yeux des morts, ceux que
l’on ne verra plus jamais veilleront notre dernier
Compagnon – non pour son courage, mais parce que
l’ouvrier qui clouera le cercueil le clouera sur
la confuse multitude de tous les morts qui auront tenté
de soutenir à bout de bras les agonies successives
de la France.
Alors, la croix de Lorraine de Colombey, l’avion
écrasé de Leclerc, la grand-mère
corse qui cachait tranquillement le revolver de Maillot
dans la poche de son tablier, le dernier cheminot fusillé
comme otage, la dernière dactylo morte à
Ravensbruck pour avoir donné asile à l’un
des nôtres, confondrons leur ombre avec celle
de notre dernier Compagnon. Et avant que l’éternelle
histoire se mêle à l’éternel
oubli, l’ombre étroite qui s’allongera
lentement sur la France aura encore la forme d’une
épée. Le contenu de cet article est
issu de l'ouvrage en 7 volumes "La
mémoire des Français libres. Hommes &
Combats" édité par la Fondation de
la France Libre. |