Après avoir été constitué
sur la base de Rayak (Liban) au cours de l'été
1942, le groupe Normandie avait rejoint, le 2 décembre
suivant, la base d'Ivanono, à 250 km de Moscou.
Sous les ordres du commandant Jean-Louis Tulasne, les
pilotes français accomplirent leur première
mission de guerre à la fin de février 1943.
En juin, le groupe fut renforcé par l'arrivée
de huit nouveaux aviateurs, commandés par le capitaine
Pouyade, qui prit le commandement de la seconde escadrille
- la
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| Aviateurs français
et soviétiques sympathisant sur le front
russe. |
première étant sous les ordres du capitaine
Littolff. Depuis le mois d'avril, Normandie faisait partie
de la 303e division aérienne de chasse soviétique,
commandée par le général Zakharov
: "La fraternité de combat entre les aviateurs
français et soviétiques se renforçait
chaque jour, écrit le colonel d'aviation Loukachine,
auteur de Contre l'ennemi commun
(1965). Les contacts quotidiens et les combats menés
en commun les rapprochaient et en faisaient de véritables
amis."
La grande bataille de Koursk fut déclenchée
le 12 juillet 1943. Dès le surlendemain, Normandie
fut chargé de misions de couverture et d'accompagnement
de bombardiers. Le jour même - qui était
celui de la fête nationale française - les
Français exécutèrent 25 missions
de guerre et remportèrent trois victoires, dues
au commandant Pouyade et aux lieutenants Albert et Castelain.
Hélas, ce soir-là, l'un d'eux manquait à
l'appel : le sous-lieutenant Jean de Tédesco, abattu
dans la région de Bolkhov.
Le 16 juillet, Normandie reçut l'ordre de couvrir
l'offensive des troupes terrestres au nord de Khotynets.
Le commandant Tulasne prit la tête d'une escadrille
de huit avions, qui dut affronter un groupe de quinze
bombardiers ennemis couverts par des chasseurs. Littolff
fut le premier à foncer, suivi de trois autres
Yak. L'engagement fut rapide
et meurtrier : plusieurs appareils ennemis furent descendus
en flammes et le groupe allemand fut contraint de rebrousser
chemin. Lorsque le commandant donna le signal du rassemblement,
il s'aperçut que trois pilotes manquaient à
l'appel : Littolff, Castelain et Bernavon avaient été
abattus. Depuis le début de la campagne, ils comptaient
à eux trois vingt- sept victoires.
Le lendemain, au cours de la troisième sortie du
groupe depuis trois jours, Tulasne emmena une escadrille
de neuf Yak chargée
d'attaquer une colonne ennemie motorisée faisant
mouvement de Bolkhov à Orel. Après avoir
fait leur jonction avec les avions d'assaut soviétiques,
les Français affrontèrent un sévère
tir de barrage de la DCA ennemie, mais ils s'acquittèrent
très efficacement de leur mission : au sol, de
nombreux chars et blindés allemands étaient
en feu. Alerté, un groupe de Focke-Wulf vint à
la rescousse et un très dur combat s'engagea entre
des ennemis très supérieurs en nombre et
les Franco-Soviétiques. Normandie subit le choc
de plein fouet. Les équipages des lieutenants Léon,
Préziosi et Albert abattirent plusieurs
Focke-Wulf, tandis que Tulasne, l'aspirant Bon
et Pouyade montaient en chandelle vers un cumulus :
"Le commandant Tulasne, raconte le colonel Loukachine,
volait un peu au-dessus des autres équipages. Faisant
un virage sur l'aile, il se mit dans la queue de quatre
FW et passa à l'attaque.
A ce moment, le commandant de l'escadrille était
seul, car son coéquipier se trouvait aux prises
avec deux autres Focke-Wulf.
On remarqua l'avion de Tulasne en plein milieu des chasseurs
allemands. Comme un bolide, il fondait sur eux et tirait
de toutes ses mitrailleuses et de son canon sur les avions
ennemis qui passaient dans son collimateur, puis se dégageait,
par une manœuvre habile, de leur feu. Mais personne
ne sut ce qu'il advint de lui par la suite. Ce jour-là,
le commandant Tulasne qui avait cinquante sorties à
son actif*, ne revint pas de sa mission."
Ce jour-là, jour de gloire et de deuil pour le
groupe, deux autres aviateurs furent abattus : le lieutenant
Béguin et l'aspirant Vermeil. Le premier réussit
à regagner sa base ; le second, comme son chef,
ne reparut jamais. En quatre jours, le groupe Normandie
avait eu six morts et remporté dix-sept victoires
homologuées : "Le prix était lourd",
commente Yves Courrière. Tédesco, Littolff,
Castelain, Bernavon, Vermeil et Tulasne seront faits Compagnons
de la Libération par le général de
Gaulle le 11 octobre 1943.
* Le commandant Tulasne totalisait
par ailleurs 1986 heures de vol et il avait effectué
96 missions offensives au-dessus du territoire ennemi.
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