À Brazzaville, en octobre 1940,
de Gaulle décide la création d'une "Brigade
française d'Orient" (BFO), placée sous
les ordres du colonel Magrin-Verneret, destinée
à être mise à la disposition du commandement
britannique au Moyen-Orient. À
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| Les Français
libres en Erythrée. |
la mi-février 1941, elle retrouvera au Soudan le
BM 3 du commandant Garbay, parti de Fort-Lamy, déjà
à pied d'œuvre au sein de la brigade indienne
du général Briggs. C'est le BM 3 qui enlèvera
huit jours plus tard le fort italien de Kub- Kub, première
victoire française libre contre les troupes de
l'Axe, qui va ouvrir à la BFO la route de Keren.
Rassemblée le 6 mars au camp de Chelemet, à
une dizaine de kilomètres de Kub-Kub, la BFO s'élance
à l'assaut de Keren six jours plus tard. Après
une progression pénible, dans une région
aride et montagneuse, la Brigade livre ses premiers combats
contre les Italiens retranchés sur deux hauteurs,
le Grand Willy et le Petit Willy, dont deux compagnies
de Légion (capitaines de Lamaze et de Bollardière)
vont s'emparer le 14 mars. Les Italiens se replient sur
une ligne de crêtes, dominée par l'Engiahat,
dont la conquête est confiée à la
Légion (les compagnies Morel et Lamaze, soutenues
par l'artillerie de la compagnie Amilakvari) et à
la 3e compagnie du BIM (capitaine Savey). Avantagés
par leur position, les Italiens résistent farouchement.
Entre temps, au Caire, le général de Larminat
a décidé d'engager six avions du GRB 1 (capitaine
Astier de Villatte) dans les opérations en Erythrée.
Le 28 mars, l'équipage de Jean de Pange bombarde
un camp italien de la région de Gondar, au nord
du lac Tana ; dans les jours suivants, des coups directs
détruiront des campements militaires sur la route
de Gondar à Asmara.
Au sol, les combats ont repris le 27 mars. Cette fois,
l'Engiahat est immédiatement occupée et
la poursuite s'engage de manière à ne pas
laisser aux colonnes italiennes en fuite le temps de se
regrouper. Au matin du 28 mars 1941, Keren est occupée
par les Français, qui font prisonniers une cinquantaine
d'officiers et un millier d'hommes. Quelques jours plus
tard, de Gaulle, arrivant de Londres, félicitera
les hommes de la BFO rassemblés au camp d'Agordat.
Le 2 avril, au Caire, il déclarera : "Jamais
dans leur histoire les Français n'ont combattu
avec plus d'élan."
La prise de Keren prélude à la conquête
de l'Erythrée, achevée le 7 avril par la
prise de Massaouah, le grand port éthiopien sur
la mer Rouge. Le 10 avril, c'est au tour du général
Platt, commandant les troupes britanniques, de passer
en revue et de féliciter les Français. "Le
succès de la Brigade, expliquera le général
Simon, qui participa à cette campagne au sein de
la Légion, était dû à la rapidité
de l'action, à l'efficacité des appuis britanniques,
à l'élan des Français libres, mais
aussi à la démoralisation d'un adversaire
acculé à la mer après plusieurs défaites."
Les hommes de Magrin-Verneret avaient fait leurs preuves
sur un terrain difficile, ils s'étaient acquis
la confiance de l'allié britannique, ils pouvaient
donc espérer être bientôt engagés
dans les prochains combats contre l'Axe. Le 11 septembre
1944, de Gaulle écrira à Platt : "La
route de Paris passait par Keren." |
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