Le 27 mai 1942, Rommel, commandant l'Afrikakorps
(qui a débarqué en Libye en février
1941) lance ses troupes contre la position fortifiée
de Bir Hakeim, tenue par une brigade comptant précisément
3.723 hommes. Les Français libres vont leur tenir
tête victorieusement pendant 15 jours ; ils n'évacueront
la position que dans la nuit du 10 au 11 juin 1942, Du
côté germano-italien, le nombre des tués
et blessés est inconnu, mais il est sûrement
élevé, en raison des effectifs engagés
(plus de 30.000 hommes) ; les pertes en matériels
 |
(chars, camions, avions…) sont également
sévères. Du côté français,
les pertes humaines n'ont pu être chiffrées
avec une précision absolue, mais on s'accorde généralement
sur le bilan présenté par Pierre Messmer,
qui était capitaine de la Légion à
Bir Hakeim et qui s'est penché sur la question
: plus de 170 tués, 130 blessés, à
quoi il faut ajouter 763 "disparus", capturés
par les Allemands lors de l'évacuation de la position
ou morts quelques jours plus tard dans le naufrage du
navire italien Nino Bixio, coulé par un sous-marin
britannique alors qu'il transportait en Italie 143 prisonniers
français de Bir Hakeim.Au total, la BFL a perdu
environ 1.500 hommes - dont un petit tiers de morts, un
tiers de blessés, un tiers de prisonniers ou disparus.
La question de savoir si Bir Hakeim est ou non une
victoire est sans objet devant cette évidence
: ce fait d'armes a redonné espoir au camp allié,
alors en difficulté sur tous les fronts. En effet,
tandis que les Allemands assiègent Léningrad,
menacent Moscou et s'avancent vers Stalingrad, les Japonais
attaquent les îles Aléoutiennes, menacent
l'URSS et les Indes britanniques, s'élancent
vers les Indes néerlandaises et l'Australie.
En Libye même, les Anglais sont bousculés
par les troupes ennemies : au moment même où
il assiège Bir Hakeim, Rommel oblige la 8e armée
britannique à retraiter vers l'Est ; le 21 juin,
il s'emparera de Tobrouk. Dans cet océan de mauvaises
nouvelles, quelques milliers de Français libres
prouvent à l'opinion alliée que rien n'est
joué. En immobilisant Rommel pendant 15 jours
devant Bir Hakeim, ils permettront en effet au commandement
anglais de faire venir des troupes fraîches d'autres
théâtres d'opérations : ce sont
ces forces qui arrêteront qui arrêteront
à El Alamein les hommes de Rommel, épuisés
par la résistance des Français libres
de Bir Hakeim.
Ce fait d'armes est salué par l'ensemble des
puissances alliées et il produit une forte impression
en France occupée. Hitler lui-même reconnaît
la valeur de la nouvelle armée française.
Pour de Gaulle, ce premier affrontement direct avec
les troupes allemandes constitue un extraordinaire encouragement.
Désormais les Anglais et les Américains
considèrent les Français libres comme
des alliés à part entière. En France
même, l'image d'invincibilité des forces
allemandes se fissure ; Bir Hakeim redonne courage à
une population accablée par les exigences grandissantes
de l'occupant (Hitler exige que la France fournisse
150.000 ouvriers de la métallurgie pour aller
contribuer, sur place, à l'effort de guerre allemand).
C'est donc à juste titre que Bir Hakeim est passée
à la postérité comme l'une des
pages les plus glorieuses de l'épopée
militaire française. C'était la première
fois qu'une unité française affrontait
les troupes allemandes sur le terrain et les mettait
en difficulté. Et, comble de l'humiliation pour
le régime nazi fondé sur le racisme, les
hommes de Kœnig composaient une extraordinaire
mosaïque ethnique représentant parfaitement
les populations de la France et de son empire colonial
: Européens de France métropolitaine,
Européens d'outre-mer, Noirs, Malgaches, Nord-africains,
Maoris, Vietnamiens, Indiens des Comptoirs de l'Inde,
Syriens et Libanais.
|