Petite rivière servant de frontière
entre les provinces italiennes du Latium et de Campanie,
le Garigliano fut, au XVIe siècle, le théâtre
d'un exploit du chevalier Bayard qui défendit
seul un pont contre une avant-garde espagnole. Quatre
siècles plus tard, elle devait être le
théâtre d'une des plus belles victoires
françaises de la campagne d'Italie. En 1943,
au moment où s'effondrait le régime fasciste,
les Allemands avaient établi une position fortifiée
longue de 120 km, dénommée "ligne
Gustav", de l'embouchure du Garigliano à
celle du Sangro, à travers le massif des Abruzzes.
Elle fut attaquée, sans succès, dès
le mois de janvier 1944 par les Alliés. Au début
d'avril, le général Juin, chef du CEF,
proposa une manœuvre audacieuse fondée sur
la surprise et le débordement et destinée
à compléter les actions frontales menées
par les troupes britanniques.
Après avoir passé l'hiver en Tunisie,
la 1re DMI (ex-1re DFL) débarqua en Italie dans
les derniers jours d'avril et prit position, dans les
premiers jours de mai, sur la rive gauche du Garigliano.
Dans le plan de Juin, approuvé par le commandement
allié, elle était chargée de nettoyer
une bande de terrain dans la boucle d'un affluent du
Garigliano, le Liri. L'offensive alliée (opération
Diadème) est déclenchée dans la
nuit du 11 au 12 mai 1944. Elle commence par échouer,
en raison d'un manque de préparation d'artillerie,
mais le second assaut des Français, le 13 mai,
va se révéler décisif. "L'ennemi
est plus fatigué que nous", affirme Juin
en ordonnant la reprise de l'offensive. Pendant que
la 2e DIM s'empare du mont Girofano, le BM 24 et le
BM 21 reconquièrent le terrain perdu la veille
et progressent rapidement. Au soir du 14 mai, la 1re
DMI est en avance sur les autres troupes françaises
et alliées, après avoir mis hors de combat
un millier d'Allemands (mais, à lui seul, le
22e BMNA a perdu plus de 200 hommes). Les généraux
Juin et de Larminat rendent visite à Brosset
et le félicitent : "La victoire est en marche.
Ordre est donné d'exploiter le succès",
fait savoir le chef du CEF.
Dès lors, la 1re DMI accentue sa progression
dans la plaine, face à la ligne de défense
allemande "Dora", mais dans des conditions
difficiles : le BIMP perdra 16 hommes, dont son chef,
le commandant Magny (remplacé par le commandant
Magendie). Le 17 mai, la 2e brigade de la DMI (colonel
Garbay) force la ligne fortifiée de Pontecorvo.
Le lendemain, le nettoyage de la boucle du Liri est
achevé ; ce même jour, la DMI reçoit
la visite du général de Gaulle, accompagné
des généraux Juin, de Lattre, Monsabert
et Béthouart. "Dans la vallée du
Garigliano, écrit le général Simon,
les Français venaient de remporter une magnifique
victoire et d'imposer au commandement allié l'idée
que l'on ne pourrait décidément plus se
passer d'eux." La rupture de la ligne Gustav devait
ouvrir aux Alliés la route de Rome, qui sera
libérée le 4 juin.
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