Deux mois après le débarquement
de Normandie, les Alliés progressent, remportant
d'appréciables succès, mais non la bataille.
A la tête de la IIIe armée américaine,
le général Patton marche vers la Bretagne
et la Loire. La 2e DB lui est rattachée. Elle a
débarqué à Utah Beach le 1er août
; les hommes de Leclerc brûlent de combattre. Ils
arrivent en France le jour où la Ire armée
américaine fait sauter le verrou d'Avranches, qui
fermait encore la Bretagne. Un peu partout, les têtes
de pont s'élargissent, mais, pour quelques semaines
encore, la résistance allemande interdit de parler
de victoire. Les Alliés portent le gros de leur
effort sur l'axe Le Mans-Alençon. La division française
fera partie du XVe corps d'armée américain
du général Haislip, mais Leclerc veillera
à ne jamais se laisser absorber par le formidable
appareil militaire allié.
Le 6 août, la division fait mouvement sur Avranches
; le soir même, alors qu'elle vient de s'installer
à Saint-Mamès, elle est bombardée
par l'ennemi. Ce baptême du feu précède
de quelques heures un premier contact direct, près
de Mortain. Le 9 août, la 2e DB atteint Le Mans,
en passant au large d'Avranches. Le lendemain, Leclerc
reçoit l'ordre de participer à l'offensive
du XVe corps, destinée à opérer une
jonction avec l'armée canadienne, qui progresse
vers Falaise et Argentan. Les Français de la 2e
DB et les Américains de la 5e DB attaquent à
l'est de la Sarthe la 9e Panzerdivision, remontée
du Sud-Est.
De son PC de la Chapelle-Saint-Aubin, Leclerc fixe les
objectifs à ses groupements tactiques : Alençon
et le pont sur la Sarthe, Carouges, Argentan : "Le
premier bond, écrit André Martel, doit être
conduit de manière à atteindre au plus vite
les lisières nord de la forêt d'Alençon.
Le second doit mener à Argentan en débordant
ou traversant la forêt d'Ecouves." Dans ces
premiers combats, Leclerc donne toute sa mesure : il organise
les mouvements de ses troupes, se porte en première
ligne, houspille les uns, réconforte les autres,
ordonne de nouvelles manœuvres lorsque la division
est bloquée par l'ennemi. Toujours soucieux de
renforcer la coopération blindés-infanterie,
il n'a qu'un mot à la bouche : "la vitesse".
Il faut sans trêve filer en avant. Le 10 août,
il n'est pas question de s'arrêter avant d'avoir
pris Alençon.
Les Allemands sont partout, à l'abri des haies
et des bois, prêts à se défendre chèrement,
mais Leclerc ne s'en soucie pas. Il ne cesse de répéter
: "En avant !" ou encore : "Départ
immédiat !" Le 11 août, la division
française arrache la position de Rouesse, qui commande
Alençon. Leclerc est en première ligne ;
cela fait plusieurs nuits qu'il ne dort pas : "Il
pense aux ponts d'Alençon nécessaires au
repli allemand comme à notre avance et qui seront,
dans la main de celui qui les aura, la clé de la
manœuvre", écrit l'un de ses adjoints,
Paul Répiton-Préneuf. Il ordonne des reconnaissances
de nuit et lance ses troupes à l'assaut des
ponts. Au soir du 11 août, les points d'appui protégeant
la ville et les ponts sont conquis. L'ennemi est bousculé,
contraint au repli. La 2e DB entre dans Alençon,
elle ne s'y attarde pas. Il lui faut maintenant se lancer
à l'assaut du massif forestier d'Ecouves. "Dans
l'esprit du général Leclerc, explique le
général de Boissieu (qui commande alors
le PC de Leclerc), il faut exploiter le plus rapidement
possible la surprise d'Alençon, c'est-à-dire
aller de plus en plus vite." |
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