La 2e DB, qui a quitté Paris le 8 septembre, s'est
d'abord regroupée à Bar-sur-Aube, chargée de progresser
vers l'Est en couverture du flanc sud de la IIIe armée américaine.
Elle a incorporé trois escadrons de FFI, rattachés au Régiment
de marche du Tchad (RMT). Entrant en opérations quelques jours
plus tard à l'est de la Marne, elle dépasse la Meuse, atteint
Vittel et reçoit la mission d'attaquer en direction d'Epinal. Dans
les jours suivants, elle multiplie les succès : prise de Dompaire
(13 septembre), passage de la Moselle (18-20 septembre) puis de la Meurthe
(22 septembre), elle connaît une phase statique d'un mois :
"Ce n'est pas, loin de là, l'inactivité, raconte le
général Compagnon ; mais l'action se résume à
des patrouilles, des reconnaissances, des recherches de renseignements,
des prises de prisonniers, des contacts avec la population locale et,
si possible, avec les FFI et résistants venant de la zone occupée
par les troupes allemandes. Il faut avec des commandos de fortune monter
des embuscades pour faire des prisonniers et obtenir des renseignements.
Il convient aussi de s'enterrer et de s'abriter contre des tirs fort efficaces
de l'artillerie allemande et contre les intempéries fort gênantes
pour l'observation et la vie courante." (Leclerc,
maréchal de France)
Cette longue période permet à Leclerc de réorganiser
et de remettre en ordre sa division, et surtout de mettre au point une
opération qui préludera à la reprise du mouvement
en avant : la prise de Baccarat. Avec l'accord du commandement américain
et un appui d'artillerie indispensable, il monte minutieusement son affaire
: la surprise sera totale et la destruction du saillant allemand tenu
par la 21e Panzerdivision du général
Manteuffel immédiate et complète. Le plan de Leclerc consiste
à déborder Baccarat au nord et à déboucher
par la forêt de Mondon, tout en simulant une attaque au sud de la
Meurthe.
L'attaque est déclenchée le 31 octobre par un tir massif
d'artillerie. Un à un, les sous-groupements de la division neutralisent
et enlèvent toutes les positions qui commandent la ville : "Le
spectacle, écrit André Martel, a été préparé
dans les moindres détails, sur une scène reconnue, exécuté
par une troupe rodée et bien encadrée, conduit à
un train d'enfer par des commandants de sous-groupements résolus
et imprégnés du triple principe d'emploi de l'arme blindée
: surprise, rapidité, puissance." (Leclerc,
le soldat et le politique) Le "menuet" de Baccarat plongera
dans l'admiration les observateurs américains présents :
"Une de mes plus belles réussites", confiera Leclerc,
qui entre aussitôt dans la ville où il installe son PC, en
n'ayant dès lors qu'une seule obsession : la prochaine conquête
de Strasbourg. |