Manifeste aux Français de l’Afrique équatoriale française, 20 août 1940

Manifeste aux Français de l’Afrique équatoriale française, 20 août 1940

Manifeste aux Français de l’Afrique équatoriale française, 20 août 1940

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par le colonel de Larminat, délégué du général de Gaulle pour l’Afrique française

 
Le Comité Africain de la France libre a été formé par le Général de Gaulle pour susciter parmi nos colonies d’Afrique les initiatives que commandent impérieusement les intérêts de la France et ceux de ses colonies.
La situation actuelle ne peut en effet pas durer. Le Gouvernement de Vichy, esclave de l’ennemi, vous impose des consignes qui vous conduisent au déshonneur, à la détresse économique, à la perte du dernier espoir de ressusciter une France indépendante.
FRANÇAIS de L’A.E.F.,

Votre groupe de colonies, conquis au prix de tant de beau sang français, est perdu sans rémission pour la France si l’Allemagne et l’Italie remportent la victoire. Compris entre le Cameroun d’une part, le bloc Italien de la Libye et de l’Ethiopie d’autre part, il sera entièrement partagé par le vainqueur. Il n’y a aucune chance qu’aucune parcelle en reste Français.

Pouvez-vous accepter cette perspective de rendre à l’ennemi, sans combattre, le territoire dont vous avez la garde ? Vous ne pouvez le faire sans vous déshonorer.
Seule la victoire Britannique peut sauver les Colonies Françaises, l’A.E.F. principalement, de la dispersion et de l’annexion. C’est ce que vous pensez tous, mais certains déclarent qu’il n’y a qu’à attendre sous l’orme que cette victoire vous libère.
Les gens qui raisonnent ainsi sont peu courageux, c’est entendu. Mais ils sont aussi peu avisés. Quelle considération pensez-vous que l’Angleterre victorieuse aura pour un pays dont les parties restées intactes se seront refusées à l’aider ? La France doit partager l’effort Britannique jusqu’au bout et avec tous ses moyens disponibles, si elle veut être traitée à la victoire comme une alliée, et non comme une nation assistée.
Craignez surtout que l’Angleterre ne soit contrainte à faire une paix de compromis. Car, dans ce cas, la France ne pourra être sauvée d’être la victime de ce compromis que si ses représentants ont le droit de parler en alliés fidèles.
Les intérêts de la France et ceux de l’A.E.F. vous imposent de prendre virilement votre parti d’entrer de nouveau dans la lutte.
Ne craignez pas de désobéir aux ordres d’un Gouvernement dit légal. Ce Gouvernement n’est pas libre. L’ennemi lui a imposé un armistice monstrueux qui fait de notre territoire le champ de bataille de ses armées, il le tient dans un étau impitoyable du fait des millions de réfugiés qui sont cantonnés dans la France non occupée. C’est en réalité un Gouvernement prisonnier de l’ennemi ; les parties libres de l’Empire ne lui doivent pas l’obéissance, pas plus qu’une armée n’obéit aux ordres d’un Général tombé entre les mains de l’ennemi.
Soldats, n’oubliez pas que la discipline, que l’on invoque à tout moment, ne peut être invoquée pour vous obliger à trahir la devise de vos drapeaux :

HONNEUR ET PATRIE

L’Honneur vous oblige à combattre aux côtés de vos alliés, pour conserver à votre Patrie toutes les parties de son territoire encore libres, et pour contribuer à une victoire qui affranchira le sol national.

Tous, opposez aux sophismes de ceux qui vous prêchent l’abandon et la trahison, la voix du clair bon sens et du courage qui ont toujours prévalu dans notre pays.

***
Croyez-vous, Français d’A.E.F., que vous allez pouvoir continuer à vivre dans votre douce quiétude et dans votre confort ?
Votre attitude actuelle conduit le groupe de colonies à la ruine économique, et chacun de vous à la détresse.
Vous ne pouvez plus importer les produits de première nécessité qui vous venaient de l’extérieur : pétrole, essence, charbon, caoutchouc, vêtements, aliments de toute espèce, produits pharmaceutiques, etc., etc. Vous commencez à sentir l’aiguillon des privations, mais d’ici peu votre situation sera intenable.
 
Simultanément vous n’exploitez plus rien, et c’est la ruine de votre commerce, de vos plantations, et de tous ceux qui en vivaient.
C’est la faute de l’Angleterre, direz-vous. Non, c’est votre faute, car les Britanniques sont prêts à vous donner toute l’aide nécessaire, et de manière onéreuse pour eux, s’ils sont assurés de rencontrer une réciprocité de bons procédés. Ils ne peuvent le faire si vous continuez à obéir à un Gouvernement qui exécute les ordres de l’ennemi les plus hostiles à leur égard.
Expulser les Consuls Britanniques comme en Afrique du Nord, bloquer les comptes Britanniques comme en A.O.F., interdire toute sortie des sujets Britanniques comme dans diverses colonies de l’A.O.F., découvrir sans aucun préavis le flanc des troupes Britanniques comme cela s’est fait à Djibouti, sans parler d’ordres directement hostiles donnés par certains chefs, ce n’est évidemment pas le moyen d’obtenir l’entente économique qui vous est indispensable. La preuve est faite, et surabondamment, que le Gouvernement de Vichy est contraint d’adopter vis-à-vis de l’Angleterre une attitude ouvertement ou sournoisement hostile. Ne vous étonnez pas si l’Angleterre agit en conséquence ; elle est engagée seule dans une lutte terriblement dure contre des ennemis redoutables, c’est une obligation pour elle d’économiser ses forces, et de ne venir en aide qu’à ceux qui prouvent qu’ils sont ses amis.
N’espérez pas en tout cas, comme d’aucuns le prétendent, obtenir des avantages économiques sans vous engager formellement à une politique d’allié et d’alliance. Aucune illusion ne doit vous être permise à ce sujet.

***
Beaucoup d’entre vous se préoccupent de leurs situations personnelles et sont persuadés que l’obéissance aux ordres de Vichy est la garantie de leurs traitements et de leurs retraites.
Il y a quelque chose de risible dans cette illusion. La France est ruinée à fond et l’ennemi occupe les 9/10èmes de ses sources de revenus. Elle a devant elle un tableau effroyable de dévastations de tous genres à réparer ; et vous vous figurez que les traitements et les retraites vont continuer à couler au même débit du robinet des Finances publiques ?
Certes, vous recevrez du papier, mais que vaudra-t-il ? Le franc détaché de la livre sterling et systématiquement déprécié par les Allemands (20 francs pour un mark) ne vaudra bientôt plus rien. Quant aux retraites, c’est encore plus simple. Le Gouvernement de Vichy a purement et simplement supprimé la caisse des pensions. Quand un pays est aussi profondément ruiné que le nôtre, il comprime au maximum les dépenses non productives et en premier lieu les pensions. Vous pouvez espérer au mieux une bouchée de pain, si vous la recevez.
En vous séparant du Gouvernement de Vichy, vous ne faites donc courir aucun risque à vos intérêts matériels. Au contraire, car le Gouvernement Britannique se substituera au Gouvernement Français pour subvenir aux besoins des parties de l’Empire Français qui entreront dans son alliance. Le franc sera soutenu, les soldes et les pensions que vous recevrez conserveront donc leur pouvoir d’achat.

***

Actuellement, nous sentons tous que la guerre arrive à un tournant décisif, que l’assaut furieux de l’Allemagne, sous lequel notre armée a succombé, hésite et faiblit devant la Grande-Bretagne. Et chacun suppute les chances nouvelles qu’ouvre à notre pays la perspective d’une guerre longue.

Ces chances doivent être saisies sans plus attendre par tous ceux qui le peuvent. Français de l’A.E.F., votre devoir est de sauver votre groupe de colonies et de contribuer à restaurer l’indépendance de votre pays en entrant dans le mouvement d’affranchissement dont le Général de Gaulle a pris l’initiative et la direction.
Ce mouvement est Français d’abord. Les Forces Françaises Libres entrent dans l’alliance Britannique dans toute leur indépendance ; elles y sauvegardent tout ce qui peut être sauvé de la France, elles y combattent pour restaurer en France un Etat libre sur un territoire national affranchi. C’est une voix autorisée qui vous parle ici. Autorisée d’abord par ce grand Français qu’est le Général de Gaulle., qui m’a délégué pour le représenter en Afrique Française. Autorisée aussi parce que, colonial moi-même et à ce titre averti comme vous des nécessités de notre Empire, je me suis trouvé mêlé depuis deux mois, au Levant, à Djibouti, en Egypte, à des aventures qui m’ont permis de toucher du doigt à quel point cet Empire compte encore dans la balance du conflit mondial, et à quel point il est solidaire de l’Empire Britannique.
Nous ne nous sauverons, et ne sauverons notre pays, qu’en nous battant jusqu’au bout aux côtés de la Grande-Bretagne. Nous devons prendre les décisions qu’impose cette conviction.
 

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