Radio-Brazzaville

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Par Géraud Jouve

Il a fallu la guerre pour créer en plein cœur de l’Afrique un poste de radio susceptible de rivaliser avec les plus grands postes mondiaux pour l’exactitude et la célérité de son information.

Dès juin 1940, l’homme qui avait là-bas fondé, presque sans appui officiel, la station locale de Radio Club, M. Boilleau, avec le concours du Dr Bizien – rédacteur et speaker – réussit à assurer, au moyen de son poste à faible puissance, la cohésion morale de tous les broussards ralliés autour du général de Gaulle. Ces deux pionniers de la T.S.F. coloniale n’hésitèrent pas à risquer ainsi leur liberté sous le régime de Boisson et de Husson. Ils virent leurs efforts récompensés lorsque, le 28 août 1940, le général de Larminat fit son entrée à Brazzaville.

Comment la station de Radio Club devint la grande voix des Français Libres, écoutée dans le monde entier, c’est là un des épisodes les plus singuliers de la lutte entreprise par l’esprit patriotique contre la propagande ennemie.

Il fallut partir de presque rien.

Un service d’écoute assuré par un volontaire zélé – photographe pendant la journée – qui chaque nuit capte de son mieux les émissions américaines et britanniques ; un service de rédaction et de diffusion embryonnaire ; un émetteur de cinq kilowatts, tels furent les premiers éléments de Radio- Brazzaville.

Mais peu à peu, les services se développent.

À l’écoute, une sténodactylo bilingue – d’abord engagée comme ambulancière – se révèle précieuse collaboratrice. Puis trois radiotélégraphistes des Forces Navales Françaises Libres et un opérateur européen engagé sur place écoutent au casque les dépêches d’agence transmises en graphie – c’est-à-dire en morse – principale source de nouvelles. Un détail de ce service montrera quel esprit animait le personnel de la station. Pour l’écoute en graphie, des ondulateurs étaient nécessaires et l’on disposait d’un seul; un des marins radiotélégraphistes, en furetant dans le bric-à-brac des locaux de l’émetteur voisin, à M’Pila, trouva une boîte métallique de cigarettes, un frein de bicyclette et quelques autres menus accessoires hétéroclites; cela lui suffit à fabriquer un second ondulateur et c’est avec ces deux appareils que, jusqu’en décembre 1942, Radio-Brazzaville assura l’audition des dépêches émises par toutes les agences du globe.

Quant aux rédacteurs, ils acquirent bientôt cette aptitude spéciale à lire, choisir et présenter rapidement les nouvelles, sans quoi il n’est pas de bon technicien de l’information. Ils ne tardèrent même pas à faire preuve d’un sens politique aigu, dont certains esprits pointilleux devaient parfois leur faire grief. Aucun sans-filiste n’ignora bientôt l’indicatif aux étranges sonorités obtenues en faisant vibrer les lamelles métalliques du « sanzi » l’instrument de musique indigène cher aux Congolais.

Enfin la station émettrice, dotée de six antennes, orientées respectivement vers la France, l’Amérique du Sud, les États- Unis, le Proche-Orient et Moscou, l’Indochine et Madagascar et portées par 24 pilônes mesurant chacun 33 mètres de haut, devint une des plus puissantes et des plus modernes du globe grâce à ses cinquante kilowatts assurant une émission parfaite sur les ondes de 19 mètres et de 25,06.

Mais, en dehors de ces données un peu techniques, indispensables d’ailleurs pour montrer ce qu’a pu réaliser là-bas une poignée de Français Libres, il est une donnée morale sans laquelle le lecteur n’aurait qu’une idée très imparfaite de ce que fut Radio-Brazzaville. L’atmosphère qui régnait là-bas, surtout parmi les rédacteurs ne ressemblait en rien à celle qui caractérise les postes d’État.

C’était une équipe bizarre, hétéroclite, qui avait été rassemblée là par les hasards de la guerre, pour le combat, à quatre degrés au sud de l’Équateur ; une équipe pourtant, car elle était animée d’un même esprit, et de quel esprit !

À Londres, à Alger, plus tard, les organismes centraux de la France Libre, puis de la France Combattante, puis du C.F.L.N. redoutaient les incartades de ces « maquisards » de la radio qui suscitaient sans cesse des protestations diplomatiques. Tantôt c’était Washington qui protestait, tantôt c’était le général Giraud ou le général Catroux dont la tâche de médiateur en 1943 n’était pas rendue facile à Alger par le langage un peu trop direct de Radio-Brazzaville.

Pourtant, pouvait-on passer sous silence les projets américains de cette « Amgot » (1) qui aurait placé la France sous le même régime que l’Allemagne. Non ! Évidemment. Et Brazzaville de crier que les Allemands, après avoir porté longtemps sur leurs ceinturons la devise « Gott mit uns » (Dieu avec nous) l’avaient remplacée par « Amgot mit uns ». Pouvait-on accepter que la France ne fît pas de politique, comme le proclamait Giraud, sans rétorquer que c’était laisser à nos Alliés le soin de faire la politique française ?

Pouvait-on ne pas protester lorsque l’influence française au Levant était sapée et mise en cause ?

Sous l’Équateur, Brazzaville, sans trop se soucier des réactions des chancelleries lançait sur les ondes des protestations virulentes. Il fallait que le peuple français fût informé. Il n’avait d’autres journaux que la presse clandestine qui, de par sa nature même, ne pouvait tenir les Français au courant des événements, au jour le jour. Aux Alliés qui protestaient, on répondait invariablement à Brazzaville : « Le peuple français qui résiste à l’envahisseur a pour le moins autant le droit d’être informé que le peuple anglais ou américain. Les Français ont le droit strict de savoir ce qui se trame, autrement que par des sources étrangères, fussent-elles alliées ».

Brazzaville, c’était un climat, le climat de la France, abstraction faite de l’Équateur. Ce poste de radio, construit au versant d’une colline embroussaillée, où les serpents se promenaient gentiment, n’avait d’autre tradition que la France Libre.

La guerre, la capitulation de Bordeaux, avaient jeté sur les bords du Congo les éléments constitutifs de la première équipe, encore tout meurtris par l’aventure malheureuse de Dakar. Venant de Narvik ou de Dunkerque, ils avaient rejoint le général de Gaulle en Angleterre. Ils l’avaient suivi à Dakar, qui sur le Westerland, qui sur le Penland. Rien ne les avait préparés au travail radiophonique. L’un était vendeur dans une maison de tissus à Paris, un autre était dans le contentieux d’une banque, un autre était professeur de collège. L’équipe ne comptait qu’un seul journaliste professionnel, mais elle vibrait à tous les événements qui affectaient la France et elle vibrait à l’unisson.

J’ai été leur chef et je peux en témoigner. Il fallait davantage les freiner que les éperonner. Il fait bon travailler ainsi. En 1943, le poste s’étant étoffé jusqu’à pouvoir diffuser 21 bulletins quotidiens d’information, comptait 35 Français et une trentaine d’étrangers, soit en tout une bonne soixantaine d’Européens.

Les Noirs, eux, faisaient d’excellents morsistes et de très convenables dactylos. L’école de morse du poste formait les morsistes indigènes. En six mois, ils apprenaient à lire à la bande et à dactylographier en même temps. Leur sens du rythme, affiné par le langage hermétique des tam-tams, les servait beaucoup. Et puis, là où l’Européen essayait d’interpréter, eux se contentaient de transcrire sans se soucier de savoir si c’était du javanais, de l’allemand ou du français.

Au milieu de cette brousse africaine, les nouvelles affluaient vingt-quatre heures durant, de toutes les parties du monde. Nous nous sentions un peu comme les pirates des ondes. Nous captions tout ce qui passait à portée de nos antennes. Nous pouvions émettre à tout moment ce qui nous paraissait utile à faire connaître.

Notre programme, pouvait être bousculé à chaque instant. Il était étonnement élastique. L’information faisait loi. Informer la France, lui faire sentir à chaque instant une présence amie, affectueuse, soucieuse de l’éclairer, tel était notre seul but.

Quand, par des canaux détournés, arrivait de France une lettre d’auditeur, c’était pour l’équipe, un encouragement indicible.

À force de cultiver une image idéale de la France, à force de désirer la revoir, nous avions certes faussé notre conception des choses de France. Le maquis de Brazzaville, comme d’autres maquis, gardera pour nous un attrait romantique.

(1) L’AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories) gouvernement militaire allié des territoires occupés.

 

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 202, août-septembre-octobre 1973.

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