Albert Toubas

Albert Toubas

Albert Toubas, alias Jean-Marie Dampierre (DR).

Albert Jean-Marie TOUBAS
Né le 28 septembre 1907 à Beaucaire (30)

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres
Mis à la disposition des Services Secrets du BCRA de la France Libre
Matricule FAFL 35.472
« Disparaît au Vietnam » le 15 mai 1945 dans le secteur de Phan Su Lin

Agent du « Service Action » de la DGER
« Mort pour la France » à l’âge de 37 ans

LE CONTEXTE AVANT SA DISPARITION

Albert TOUBAS, après avoir suivi des études de droit à la faculté de Montpellier, obtient en 1937 un poste d’inspecteur dans une société en Tunisie de la firme automobile Simca-Fiat.

Lorsque la France entre en guerre en septembre 1939, Albert est mobilisé à Tunis et affecté au GAO-586 (groupe aérien d’observation) sur la base d’El Aouina.

Après la signature en France de l’armistice le 22 juin 1940, démobilisé, il retourne à la vie civile et trouve un poste, à Marrakech, de rédacteur à la Direction des Affaires politiques du Maroc. Repéré à plusieurs reprises pour ces idées gaullistes, il réussit à échapper à de possibles sanctions en décembre 1942 et décide de rejoindre Gibraltar.

À son arrivée en Angleterre en mars 1943, il demande à s’engager dans les FAFL (Forces Aériennes Françaises Libres). Rapidement remarqué par les services secrets de la France Libre, Albert TOUBAS est mis à la disposition du BCRA (Bureau central de renseignements et d’action), où il va prendre le nom de « Jean-Marie DAMPIERRE ».

Agent aguerri, il est parachuté à plusieurs reprises en 1943 sur le territoire français pour venir en appui à des actions menées par plusieurs réseaux de la Résistance.

En août 1944, « Jean-Marie DAMPIERRE » est parachuté en Bretagne pour prendre le commandement d’une « compagnie de choc » avec laquelle il va mener les opérations cruciales qui vont contribuer à la libération de la Bretagne.

Fin 1944, alors que l’on est sur le point de proposer à Albert TOUBAS de retourner dans ses foyers auprès de son épouse et ses deux enfants, il accepte une dernière mission pour les services secrets de la DGER (Direction générale des études et recherches, ex BCRA) pour une action en Indochine.

Depuis l’affaiblissement de l’État français après la signature de l’armistice en juin 1940, le Japon n’a pas cessé de vouloir s’imposer sur le territoire de la colonie française d’Indochine. À la fin de 1944, l’armée japonaise, craignant un débarquement des forces alliées sur les côtes indochinoises, décide de préparer l’opération « Meigo Sakusen » (l’éclair de lune). Le capitaine DAMPIERRE accepte de partir en Indochine à la tête d’un commando de parachutistes pour exécuter une mission qu’il considère être la dernière.

Fin novembre 1944, il quitte Paris pour Calcutta, en Inde, où il va rester plusieurs semaines avec son groupe de parachutistes.

Le 9 mars 1945 à 19h, l’armée japonaise déclenche un coup de force pour s’emparer de l’Indochine.

Le 22 mars 1945, après deux mois d’attente, le capitaine DAMPIERRE reçoit enfin l’ordre de passer à l’action.

LA DERNIERE MISSION

Le 22 mars 1945, l’ordre de passer à l’action est enfin arrivé. Le groupe du commando DAMPIERRE est parachuté en Indochine dans la région de Son-La, au Haut-Tonkin (actuel Nord-Vietnam). Il est composé d’une douzaine d’hommes, dont le lieutenant LYONNET (†), les aspirants HARDY (†), BLANC (†), VAISSEAU, LIMEL, et quelques Indochinois.

Ils sont mis à disposition du « Service Action Tonkin » pour harceler les troupes japonaises qui font face aux forces armées de la colonne du général ALESSANDRI et du général SABATTIER, venues défendre le secteur de la Haute-Région. DAMPIERRE et ses hommes rejoignent les groupes du lieutenant-colonel VICAIRE et du capitaine BAUDELAIRE.

Le commando DAMPIERRE est alors formé, composé d’une quarantaine de volontaires sous le commandement du lieutenant-colonel VICAIRE qui, de son côté, mène un groupe composé d’une vingtaine d’hommes.

Durant le mois d’avril, leur mission consiste à se diriger vers le delta en descendant la vallée de la rivière Noire vers Hanoï pour couvrir le repli des forces franco-indochinoise face à la pénétration de l’armée japonaise. Leurs objectifs consistent à faire des opérations très ambitieuses de sabotages sur les flancs et les arrières des troupes japonaises, à procéder à des recherches de renseignements politiques et si possible la constitution de maquis jusqu’aux contreforts montagneux en bordure du delta.

Parmi les premières embuscades, l’une d’elle visant une colonne de véhicules japonais fut particulièrement remarquée par son succès retardant d’une bonne semaine l’avancée des troupes nippones dans le secteur. Depuis lors les commandos sont traqués et harcelés par les Japonais.

Capitaine Dampierre, mars 1945 (DR).

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1945, le groupe DAMPIERRE, retardé sur place par un important parachutage de matériel, est accroché par une compagnie de 200 soldats japonais informés et conduis par des indigènes. Le commando subit de lourdes pertes : 6 tués, 1 blessé, 3 disparus et 3 prisonniers, non sans faire des victimes parmi les assaillants : 13 tués dont le Commandant de la compagnie japonaise.

Le 29 avril 1945, le reste du groupe DAMPIERRE réussit à rejoindre le groupe VICAIRE installé à 2000 mètres d’altitude après que ce dernier eut été attaqué par une autre unité japonaise à 50 kms, au nord-est de Van Yen. Affaibli par deux mois passés en brousse, et des conditions extraordinaires d’insalubrité, ils décident de se diriger vers la frontière chinoise.

Le 30 avril 1945, un télégramme, envoyé au quartier général, signale que la tête de DAMPIERRE est « mise à prix ». Le capitaine DAMPIERRE souffre de crise de paludisme et de dysenterie. DAMPIERRE fait envoyer un télégramme au quartier général signalant : « Suis serré de prêt par les japonais STOP – difficultés inouïes STOP – attitude population change STOP – peur méfiance mauvais vouloir manifeste village désert STOP – population craint représailles japonaises STOP – tête mis à prix STOP – »

Le 1er mai, il fait envoyer par son radio un télégramme : « Je suis attaqué par japonais STOP – groupe détruit 7 tués tout matériel perdu STOP – sommes vendus par population STOP – impossible de tenir rejoignons la chine avec groupe VICAIRE même situation STOP – lieutenant Blanc tué STOP. »

Le 15 mai 1945, leurs poursuivants infatigables parviennent à les rattraper et les déloger à Phang Su Lin, entre Lai Chau et Phong Tho. Le capitaine DAMPIERRE, avec une poignée d’européens, entreprend un combat de guérillas contre des Japonais en pleine forme et vingt fois supérieur en nombre. Le premier jour, sur 27 Européens, 21 furent tués, 5 seulement sont épargnés, dont VICAIRE qui échappe de justesse à la capture. DAMPIERRE est porté disparu.

Le commando réduit aux cinq rescapés va continuer à harceler les Japonais le plus possible sur le sol indochinois avant de pouvoir franchir la frontière chinoise.

Le 7 juin 1945, les survivants du groupe VICAIRE arrivent en Chine à Kunming. Après avoir recueilli le témoignage des rescapés, le capitaine DAMPIERE est déclaré « porté disparu » à compter du 18 mai 1945.

Le 2 avril 1946, à Saigon, le capitaine Albert TOUBAS, alias DAMPIERRE, est déclaré officiellement « disparu, présumé mort » à la date du 15 mai 1945.

Son corps ne sera jamais retrouvé.

Estimation du lieu de la disparition d’Albert TOUBAS le 15 mai 1945 au Nord-Vietnam dans le secteur de Phan Su Lin entre Lai Chau et Phong Tho.

Pour en savoir davantage sur le parcours de Albert Toubas, vous pouvez télécharger sa biographie complète au format PDF (prochainement disponible).

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