La Croix de la Libération, par Georges Thierry d’Argenlieu

La Croix de la Libération, par Georges Thierry d’Argenlieu

La Croix de la Libération, par Georges Thierry d’Argenlieu

Un dernier pas restait à faire. Tout au long de l’histoire de France, les ordres créés comportèrent pour le fondateur le collier du Grand-maître.

Cette affaire du collier, pour être heureusement conduite, comportait plusieurs temps : décision du fondateur, exé-cution du collier et sa remise enfin, compte tenu des conjonctures nouvelles.

Le principe du collier est admis dès le printemps 1945.

Avec le précieux concours des beaux-arts, à qui la chancellerie doit beaucoup, la maquette est exécutée en automne et approuvée. Le directeur de l’architecture nationale m’avait un jour déclaré face au buste de Richelieu de la chancellerie :

« Il n’y a pas de doute, la Légion d’honneur a remplacé l’ordre du Saint-Esprit, mais vous, avec l’ordre de la Libération, c’est à l’ordre de Saint-Michel que vous succédez ». La réflexion m’avait surpris et intéressé.

S’inspirant du collier de l’ordre de Saint-Michel, l’artiste ferronnier et habile orfèvre, Gilbert Poillerat, réalise le projet ainsi : le collier fait de neuf larges maillons d’or réunis par des croix de Lorraine d’émail vert, porte la pièce principale un médaillon ovale, où dans le flamboiement de rayons mi-partie or et mi-partie argent, s’inscrit au foyer la croix de la Libération. Chaque maillon d’or rappelle le nom des territoires qui, l’un après l’autre, reformèrent l’Empire : Afrique équatoriale, Nouvelles Hébrides, Cameroun, Nouvelle-Calédonie, Océanie, Guyane, Indes, Levant, Réunion, Somalie, Saint-Pierre-et-Miquelon, Madagascar, Afrique du Nord, Antilles, Afrique occidentale, Indochine et, avec la métropole, la Grande France dans son intégrité.

Les croix de Lorraine, emblèmes aujourd’hui de la Libération, passent du noir au vert. Le deuil de la patrie s’efface. Le vert de l’espérance et l’or des allégresses parmi l’éclatement des rayons expriment et font entendre les alléluias prolongés de la victoire.

Ainsi réalisé, le collier du Grand-maître, devait être remis au fondateur en l’hôtel de la Libération, le 31 août 1947 ; en présence du conseil et de très nombreux compagnons.

Après l’avoir reçu des mains du chancelier, en conformité avec la tradition, le général de Gaulle remerciait en ces termes :

« Si j’ai de tout cœur accepté l’invitation si chaleureuse et si émouvante qui m’a été faite, c’est que je ne voulais, pour rien au monde, négliger l’occasion qui m’était donnée de rendre hommage à l’ordre, cette chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l’histoire de France, fidèle à elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans la lutte ».

Les compagnons de la Libération forgèrent vraiment l’élite voulue par leur fondateur. Le PATRIAM SERVAND0 VICTORIAM TULIT, vaut pour chacun et pour tous.

Est-il besoin de souligner davantage les affinités existant entre l’appel de juin 1940 et la création de l’ordre de la Libération? Oui.

Il nous suffira pour cela de mettre l’accent sur la variété extrême qui se voit au sein de notre poignée de compagnons. Cette variété répond aux préoccupations du général de Gaulle. Que l’on prête attention à la teneur de l’appel du 18-Juin et des appels le prolongeant, l’on notera qu’ils visaient à obtenir l’audience des témoins de toutes les valeurs et de toutes les énergies françaises.

1250p3Notre annuaire garde en effet la mémoire de vrais enfants : un Henri Fertet « condamné à mort par le tribunal militaire allemand, passé par les armes à Besançon, le 26 septembre 1943, à l’âge de 16 ans », et d’étudiants : un Guy Charles René Flavien, élève ingénieur à l’Ecole centrale des arts et manufactures, mort en héros et martyr de la Résistance à la mine de sel de Leau Promnitz, le 1er avril 1945 à l’âge de 24 ans.

Des militaires, il y en a beaucoup certes puisque le but est la victoire par le combat. Or il en est de tous âges, de tous grades, de toutes armes. Il en est de l’active mais les réservistes et les engagés volontaires sont des plus nombreux. Si Catroux, lorsqu’il rallie Londres venant d’Indochine qu’il gouvernait, est général d’armée et âgé de 61 ans, Marcel Kollen, soldat de 2e classe du bataillon du Pacifique, agent des P.T.T. à Nouméa et premier volontaire du contingent de la Nouvelle-Calédonie trouve, lui, à 29 ans, trépas glorieux entre tous à Bir-Hakeim, aux ordres de Kœnig.

Sous l’uniforme que d’autres compagnons.

Ingénieurs, industriels, écrivains, professeurs, diplomates, membres du clergé, magistrats, savants. Leur nombre dépasse largement la quarantaine.

Le lundi de Pâques 2 avril 1945, ne l’oublions jamais, la croix de la Libération est solennellement remise en présence des Parisiens assemblés et vient rehausser le glorieux panonceau de la ville à côté de la Légion d’honneur et de la croix de guerre.

1250p6« Capitale fidèle à elle-même et à la France, a manifesté, sous l’occupation et l’oppression ennemie, et en dépit des voix d’abandon et de trahison, sa résolution inébranlable de combattre et de vaincre.

« Par son courage en présence de l’envahisseur supporta les plus cruelles épreuves, a mérité de rester l’exemple pour la Nation tout entière.

« Le 19 août 1944 ; conjuguant ses efforts avec ceux des armées alliées et françaises, s’est dressée pour chasser l’ennemi par une série de glorieux combats commencés au cœur de la Cité et rapidement étendus en tous points de la ville. Malgré de lourdes pertes subies par les Forces Françaises de l’Intérieur levées dans son sein, s’est libérée par son propre effort, puis, unie à l’avant-garde de l’armée française venue à son secours a, le 25 août, réduit l’Allemand dans ses derniers retranchements et l’a fait capituler ».

G. D’Argenlieu
Hôtel de la Libération, 24 novembre 1950

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 33, décembre 1950.

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