Jean Redor

Jean Redor

Jean Redor (DR).

Jean Jules Marie REDOR
né le 21 décembre 1919 à Pont Saint Martin (44)

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres
Matricule FAFL 31086
« Disparaît » en Libye le 20 décembre 1941 dans le secteur de Benghazi

Pilote au Groupe de Bombardement LORRAINE
« Mort pour la France » à l’âge de 21 ans
Il totalisait plus de 400h de vol

1- LE CONTEXTE AVANT SA DISPARITION

Jean REDOR, engagé volontaire à l’âge de 18 ans, obtient son brevet de pilote d’hydravion dans l’Aéronautique navale en septembre 1939 au moment où la France entre en guerre. Muté en Tunisie, il rejoint la base aéronautique navale de Karouba. En avril 1940, il est muté au Liban sur la Base aéronautique navale de Tripoli.

Après la signature des accords d’armistice le 22 juin 1940, Jean REDOR supporte mal son inactivité alors que la métropole est occupée par les troupes allemandes.

En février 1941, ayant la farouche volonté de se battre contre l’envahisseur, il réussit, avec la complicité de son ami Valentin LEGRIS, à déserter à bord d’un hydravion pour rejoindre les anglais en Palestine.

Engagé dans un premier temps dans la RAF (Royal Air Force), Jean REDOR est envoyé en stage de formation de pilote sur avion de chasse anglais au 70e OTU (Operational Training Unit) d’Ismaïlia en Egypte.

Le 9 juillet 1941, qualifié pilote de chasse sur « Hurricane », il rejoint le groupe d’aviateurs français qui compose l’EFC1 (Escadrille Française de Chasse n°1) intégré au 73e Squadron de la RAF installé en plein désert à 200 km à l’ouest d’Alexandrie. Aussitôt Jean REDOR participe à des missions offensives sur le front libyen face à l’armée italo-germanique.

Début août, il est envoyé sur l’île de Malte. Il est désigné pour faire partie d’un équipage français, sur un hydravion allemand capturé en Hollande, pour effectuer des missions secrètes au sein du « 431 Flight » de la RAF. A son arrivée Jean REDOR retrouve Raoul GATIEN et Georges BLAIZE. Ensemble ils vont remettre en état un hydravion « Heinkel 115 » et procéder à plusieurs vols d’essais.

Le 22 septembre 1941, Raoul GATIEN et Georges BLAIZE décollent de nuit pour leur première mission secrète. Malheureusement, ils ne reviennent pas et sont portés disparus.

Le 1er octobre 1941, Jean REDOR, de retour au Liban, est affecté au Groupe de Bombardement n°1 (GB1) qui vient d’être baptisé « LORRAINE » en cours de création sur la base aérienne de Damas en Syrie. C’est l’occasion pour lui de signer un engagement définitif dans les FAFL (Forces Aériennes Françaises Libres) répondant ainsi à l’Appel du Général de GAULLE. À Damas, il se forme au pilotage sur bombardier bimoteur Blenheim.

Blenheim du Groupe LORRAINE en Libye (DR).

Le 12 novembre 1941, le Groupe de bombardement LORRAINE, devenu opérationnel, est envoyé sur le théâtre des opérations au-dessus du désert libyen. Il est intégré dans le dispositif de la RAF en Egypte, au 210e Wing, et va s’installer en plein désert sur le terrain LG.75 (Landing Ground) situé à une quarantaine de kilomètres au sud du village côtier de Sidi-Barrani, à 300 km à l’ouest d’Alexandrie.

L’armée britannique, dans le secteur de Tobrouk en Libye, doit désormais faire face aux divisions blindées de l’Afrikakorps commandées par le Maréchal ROMMEL, ainsi que la division blindée italienne « Ariete », à quoi s’ajoutent des renforts de la Luftwaffe.

Le 20 décembre 1941, Jean REDOR est désigné pour participer à une nouvelle mission offensive.

Il ne le sait pas… ce sera sa dernière mission.

2- SA DERNIERE MISSION

Samedi 20 décembre 1941, les Squadrons, composants le « 210e Wing » doivent effectuer une importante mission de reconnaissance offensive contre les véhicules de transport ennemis qui battent en retraite sur la route de Benghazi en Libye. Le Groupe de bombardement « LORRAINE » en fait partie, accompagné par des bombardiers Blenheim des 45e et 84e Squadron de la RAF. Ils seront sous la protection de 19 avions de chasse P40-Tomahawk des 112e et 250e Squadron.

Quatre bombardiers « Blenheim Mk IV » du LORRAINE décollent et prennent le cap à l’ouest en direction de Benghazi. La formation est menée par le Blenheim du Lieutenant-colonel Félix PIJEAUD. Dans le second se trouve l’équipage du pilote Yves EZZANO, et dans le troisième l’équipage du pilote Pol CHARBONNEAU. Jean REDOR est dans le quatrième aux commandes du Blenheim n°9. Son équipage est composé du Capitaine navigateur Maurice du BOISROUVRAY et du Sergent-chef radio-mitrailleur Jean PERBOST.

Blenheim Mk IV n°9 du Groupe LORRAINE (DR).

La formation se trouve désormais dans la région de Barce. La météo n’est pas fameuse, le ciel est composé de deux couches de nuages superposées, l’une assez près du sol.

Les avions volent entre les deux lorsque soudain 15 avions de la chasse ennemie débouchent de la couche supérieure. Ce sont des Messerschmitt « Me109 » des escadrilles n° I et n° II de l’escadron de chasse Jagdgeschwader n°27 (JG27) de l’aviation allemande. En l’espace d’un instant, c’est la mêlée. L’escorte de chasseurs engage le combat immédiatement faisant face aux assaillants, pendant que les bombardiers piquent pour aller se réfugier dans la couche inférieure de nuages.

Un combat acharné se déroule, ça vole et tire dans tous les sens. Les balles traçantes donnent à ce spectacle féérique l’aspect d’un feu d’artifice du 14 juillet. Un Blenheim anglais est mis en flammes, les autres tentent de resserrer leur formation mais les Me109 attaquent si violemment que la manœuvre avorte avant que les bombardiers puissent se soutenir mutuellement. On aperçoit des appareils en flammes, amis et ennemis, brûlant comme des torches.

Le Blenheim de Félix PIJEAUD est abattu presque immédiatement, son mitrailleur Louis DELCROS est mortellement blessé. Le pilote et le navigateur Gaston GUIGONIS réussissent à sauter en parachute alors que l’avion est totalement en flammes.

Les avions de chasse « Tomahawk » réussissent à abattre cinq des « Messerschmitt », tout en subissant eux-mêmes des pertes sévères, quatre sont descendus.

Le Blenheim du lieutenant Yves EZZANO est pris à partie par deux Me109. Ses équipiers Raymond TOURNIER et René BAUDEN le défendent durement. BAUDEN, lors d’une manœuvre d’esquive de son pilote, abat l’un des assaillants ; celui-ci après une vrille désordonnée s’écrase au sol.

Soudain on aperçoit l’avion du sergent-chef REDOR enveloppé de longues flammes, jaillissant de ses deux moteurs, commençants à ronger les entoilages de ses gouvernes. Deux Messerschmitt s’acharnent sur lui et le Blenheim déséquilibré glisse sur la tranche, passe sur le dos et disparait dans la couche nuageuse.

Le combat finit par cesser et les avions tentent de rentrer à leurs terrains. L’opération, il faut le dire, est un échec. Cinq avions de chasse et deux Blenheim anglais sont portés manquants. Au Groupe LORRAINE, deux Blenheim sont portés manquants, dont le « Blenheim n°9 » de Jean REDOR.

Une note de service de l’Etat-Major FAFL du Moyen Orient du 18 février 1942, indique que toutes les recherches effectuées pour retrouver l’avion du Sergent-chef REDOR sont restées infructueuses.

Jean REDOR la veille de son 22e anniversaire, Maurice du BOISROUVRAY âgé de 31 ans, Jean PERBOST âgé de 26 ans, sont officiellement portés disparus.

Leurs corps ne seront jamais retrouvés.

Estimation du lieu de la disparition au nord d’El-Abi dans le secteur de Benghazi.

Pour en savoir davantage sur le parcours de Jean Redor, vous pouvez télécharger sa biographie complète au format PDF.