Français libres : définition et évaluations

Français libres : définition et évaluations

Français libres : définition et évaluations

Définition de « Français libres »

Sont officiellement considérés comme « Français libres », par une instruction du ministère des Armées du 29 juillet 1953 (1) :
• les militaires ayant fait partie des Forces Françaises Libres (FFL) entre le 18 juin 1940 et le 31 juillet 1943 ;
• les agents P1 et P2 (2) ayant appartenu avant le 31 juillet 1943 à des réseaux affiliés au Comité national français (CNF) ;
• les évadés de France qui ont rejoint une unité ex-FFL, même après le 31 juillet 1943 pour des cas de force majeure tels que l’incarcération consécutive à leur évasion ;
• les personnes qui ont été blessées ou ont trouvé la mort, avant le 31 juillet 1943, en tentant de rejoindre les FFL ;
• les personnes qui ont rejoint les FFL avant le 31 juillet 1943, mais sans avoir régularisé leur engagement.

Plusieurs tentatives d’évaluations

Nous ne connaissons pas avec certitude le nombre exact de Français libres (3). Pendant la guerre, un rapport de l’état-major général des FFL à Londres du 30 octobre 1942 indique que les forces terrestres françaises libres comptent 61 670 combattants, parmi lesquels 20 200 tirailleurs coloniaux, mais aussi 20 000 hommes des « troupes spéciales du Levant », unités supplétives libanaises et syriennes non FFL.
De leur côté, les responsables militaires britanniques ont, lors d’une réunion du cabinet du 3 mai 1943, évalué les FFL à 80 000 hommes, dont 70 000 hommes pour les seules forces terrestres.
La première synthèse complète est l’œuvre du commandant Etchegoyen, qui évalue le nombre de Français libres à 54 100, dont 50 878 en activité au 31 juillet 1943, en comptant 2 000 tués et 1 200 prisonniers (4).
En 1983, dans son étude sur les Forces françaises libres en Afrique (5), Jean-Noël Vincent donne un total de 50 000 hommes en se basant sur le rapport du 30 octobre 1942, complété par les effectifs des FNFL et des FAFL, ainsi que sur une évaluation des ralliements du printemps 1943.
En 1994, André Martel reprend l’estimation du ministère des Anciens Combattants, qui retient un chiffre approximatif de 53 600 engagés (6).
Les marins et les aviateurs ont fait l’objet d’estimations particulières. Dans le premier cas, l’amiral Émile Chaline et Pierre Santarelli avancent dans leur Historique des Forces navales françaises libres, les nombres de 7 000 hommes pour la marine de guerre et 3 000 pour la marine marchande (voir la liste des marins FNFL). Dans le second cas, dans son Mémorial des Forces aériennes françaises libres, le colonel Henry Laffont estime leur effectif à 3 500 hommes.
De son côté, Henri Écochard, ancien des Forces terrestres françaises libres, a dépouillé chacune des fiches d’engagement des Français libres. Après la guerre, le fichier général des FFL, comprenant l’ensemble des fiches d’engagement, a été pris en charge en 1945 par l’Association des Français libres (AFL). Complété par le général de Larminat (président de l’AFL de 1945 à 1962) et le commandant Eggenspiller au début des années 1950, ce fichier a été versé au Service historique de l’armée de terre (SHAT). Conservé depuis la fin des années 1970 au Bureau Résistance et Seconde Guerre mondiale, il est actuellement à la charge du Centre historique des archives, sa gestion étant confiée respectivement au département des archives définitives pour la gestion des fonds d’archives et au département de la collecte et des recherches administratives pour la gestion des droits individuels, qui délivre les diplômes d’honneur du général de Gaulle et le diplôme de la médaille commémorative des services volontaires. Ce travail a permis à Henri Écochard de constituer une liste, encore incomplète, de près de 53 500 noms (voir la liste nominative des volontaires).
En 2009, dans son ouvrage consacré aux Français libres, Jean-François Muracciole reprend à son compte cette liste, tout en considérant qu’elle sous-évalue très largement le nombre de combattants coloniaux. Il juge ainsi que le nombre total de Français libres est proche de 62 000, et que l’ensemble du « mouvement gaullien », en ajoutant les membres des réseaux en France du BCRA et les adhérents des comités de la France Libre, peut être estimé à 70 000 personnes. On retrouve cette estimation dans les articles qu’il consacre au sujet dans le Dictionnaire de la France Libre, paru en juin 2010 (7).
En mai 2010, la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives a mis en ligne sur le site internet « Mémoire des hommes » une base de données des 200 000 militaires français décédés pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle comprend les militaires des Forces françaises libres.
Depuis janvier 2016, le Service historique de la Défense met à la disposition de chacun les répertoires alphabétiques des Français Libres et des résistants de l’intérieur
Une fiche technique est à votre disposition afin de vous aider pour toute recherche familiale sur un Français Libre.
(1) Voir Jean-François Muracciole, Les Français Libres: L’autre Résistance, Tallandier, 2009, p. 26-27.
(2) Les agents P1 fournissent « une aide régulière, tout en conservant leur activité professionnelle ». Quant aux agents P2, ils ont « signé un engagement militaire pour toute la durée de la guerre ». Voir Jean-François Muracciole, op. cit., p. 26.
(3) Cette analyse est issue de Jean-François Muracciole, op. cit., p. 33-37.
(4) Voir les archives du Service historique de la Défense, 11 P/249-250.
(5) Voir le chef de bataillon Jean-Noël Vincent, Les Forces françaises libres en Afrique, Vincennes, SHAT, 1983.
(6) André Martel, Histoire militaire de la France, sous la dir. d’André Corvisier, t. 4 De 1914 à nos jours, Presses universitaires de France, 1994.
(7) Jean-François Muracciole, « Écochard, liste » et « Français libres : définition et décompte », in François Broche, Georges Caïtucoli, Jean-François Muracciole (dir.), Dictionnaire de la France Libre, Robert Laffont, collection Bouquins, juin 2010, p. 494-496 et 616-618.