Paul-Jean Roquère

Paul-Jean Roquère

Paul-Jean Roquère (DR).

Paul Augustin Victor Jean ROQUÈRE
né le 30 août 1916 à Draguignan (83)

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres
Matricule FAFL 30.547
« Disparaît en océan Atlantique Sud » le 15 mars 1943

Navigateur au groupe de bombardement n°1 « Lorraine »
« Mort pour la France » à l’âge de 26 ans.

LE CONTEXTE AVANT SA DISPARITION

Paul-Jean ROQUÈRE, promu au grade d’aspirant à la sortie de l’École des officiers de l’armée de terre de Saint-Maixent en 1938, est affecté au 22e bataillon de chasseurs alpins lorsque la France entre en guerre. Six mois plus tard, il obtient son brevet d’observateur en avion.

Alors que l’Armistice vient d’être signé, le sous-lieutenant ROQUÈRE fait le choix de quitter la France en embarquant à Saint-Jean-de-Luz pour rejoindre l’Angleterre. A Londres, il sera un des tout premiers à répondre à l’Appel du général de GAULLE.

Volontaire pour rejoindre une escadrille de bombardement française en Afrique, Paul-Jean va participer en qualité de « navigateur » à la conquête de la Libye en 1941. Puis au sein du groupe de bombardement n°1 Lorraine (GB1), il combat en Egypte auprès des Anglais, contre les troupes italiennes et allemandes de l’Afrikakorps.

Bombardier « Blenheim » du GB1 en Libye (DR).

En février 1942, le GB1 est envoyé en repos au Liban et s’installe sur le terrain d’aviation de Damas. Paul-Jean y suit la formation de pilote et obtient deux mois plus tard son brevet de pilote militaire.

Au mois d’août, il a le bonheur de retrouver son épouse Suzanne qui a réussi à le rejoindre après un long périple à travers l’Espagne, le Portugal, le Mozambique, le Congo, l’Oubangui-Chari, le Soudan, l’Egypte et enfin la Syrie.

En septembre 1942, l’état-major de Londres a décidé de ramener tout le personnel du groupe Lorraine en Grande-Bretagne par voie maritime. Paul-Jean et Suzanne sont programmés pour le troisième et dernier convoi.

Ils ne le savent pas… ce sera leur dernier voyage.

SA DISPARITION

Le 21 novembre 1942, après avoir rejoint le port de Suez, en route pour la Grande-Bretagne, ils embarquent à bord du paquebot Nieuw-Amsterdam à destination de Durban en Afrique du Sud. A la fin du mois suivant, le navire arrive à destination après avoir effectué une escale à Madagascar.

Fin février 1943, après une longue escale qui aura duré deux mois, le couple ROQUÈRE peut enfin poursuivre sa route en embarquant à bord du paquebot Empress of Canada à destination de l’Angleterre.

Le Paquebot RMS Empress of Canada (DR).

Le 1er mars 1943, le paquebot transporteur de troupes Empress of Canada quitte l’Afrique du Sud. À son bord, près de 1800 passagers civils et militaires, français et britanniques, mais également des réfugiés polonais et grecs, ainsi que des prisonniers italiens.

Bien que l’océan Atlantique sud soit régulièrement fréquenté par des sous-marins italiens et allemands, il doit prendre la mer seul, sans escorte ni convoi.

Samedi 13 mars 1942, il est 23h50 lorsque le navire est secoué par une explosion provenant de la salle des machines qui vient d’être touchée par une torpille.

La sirène de l’alarme se met à retentir et les passagers se pressent sur le pont du navire dans le vacarme assourdissant des vapeurs s’échappant des machines éventrées. Les consignes d’évacuations ne sont pas vraiment respectées. Les canots de sauvetage sont mis à la mer et rapidement surchargés. Un bon nombre de passagers est indécis quant à quitter le navire.

Il est 1h00 du matin, lorsque l’arrière du navire est touché par l’explosion d’une seconde torpille. Des passagers pressés d’évacuer se jettent à l’eau. Des radeaux sont jetés à la mer. Pour les atteindre, Paul-Jean et Suzanne descendent le long de la coque du navire en utilisant des échelles de corde. Un fois dans l’eau pour rejoindre les radeaux, ils nagent dans une mer recouverte de mazout échappé des réservoirs du navire. Quelques minutes plus tard, le navire disparaît englouti par les eaux laissant la place à un pesant silence.

L’eau est froide. La nuit devient de plus en plus calme au fur et à mesures que les embarcations s’éloignent les unes des autres, les cris des hommes à la mer s’estompent. Ils sont maintenant 26 naufragés regroupés autour du minuscule radeau de 2m de long et 1m50 de large. Ils s’organisent, chacun s’accroche à une des cordes autour du radeau. Tous n’ont pas de gilet de sauvetage. A tour de rôle, ils se hissent sur le radeau pour se reposer.

Le jour se lève, un premier requin est aperçu. Alors débute une surveillance accrue, au signal d’alarme tout le monde s’agite dans l’eau pour tenter de faire fuir l’animal. Le soleil devient un ennemi pour lequel il faut se protéger, certains découpent des morceaux de tissus de leurs vêtements pour les placer sur leur tête et se protéger les yeux.

C’est le début d’une seconde nuit dans l’eau qui semble devenir de plus froide, la mer s’agite de plus en plus, le radeau est secoué de toutes parts, il devient difficile de resté agrippé aux cordages. On constate déjà plusieurs manquants. Certains par épuisement n’ont pas pu tenir plus longtemps leur corde, d’autres ont fait le choix de la lâcher volontairement préférant opter pour une fin plus rapide. Les corps souffrent des brûlures causées par l’eau salée, où des morsures de poissons barracuda. Il faut désormais survivre dans l’espoir de l’arrivée des secours.

A la levée du deuxième jour, d’autres disparitions sont constatées. L’atmosphère se dégrade, l’instinct de survie prend le dessus pour certains qui entreprennent de vouloir se débarrasser de quelques-uns.

La journée se passe avec son lot de fatigue. Paul-Jean est maintenant trop épuisé et renonce à son tour de repos, n’ayant plus la force de se hisser sur le radeau. Suzanne, restant auprès de lui, espère par sa présence le soulager de sa douleur. Ils se tiennent main dans la main.

Paul-Jean n’en peut plus, il sait qu’il vit ses dernières minutes. Dans un dernier effort ne voulant pas mourir inutilement, il décide de laisser son gilet de sauvetage aux survivants, réussi à le retirer malgré Suzanne qui tente de l’en empêcher. Une vague les sépare. Suzanne appelle tant qu’elle peut Paul-Jean qui ne répond pas, s’éloigne et disparaît.

HMS K79 Petunia (DR).

Plus de 50 heures après le naufrage des navires de la Royal-Navy sont aperçus. Les secours arrivent avec les corvettes HMS K79 Petunia, HMS K49 Crocus et le destroyer HMS H77 Boreas. Suzanne est sauvée.

Des passagers de l’Empress of Canada, on va dénombrer 392 morts ou disparus. Parmi les victimes, il y a deux autres français : le lieutenant Charles BEYSSIER, en route pour rejoindre l’état-major des FAFL à Londres, et son épouse Louise.

Le lieutenant Paul-Jean ROQUÈRE sera déclaré « porté disparu ».

Il totalisait 478h de vol et 52 missions de guerre. Il était âgé de 26 ans.

Son corps ne sera jamais retrouvé.

Estimation de la position du naufrage du paquebot Empress of Canada lors du naufrage : Latitude 1°10 Sud et Longitude 10° West.

Pour en savoir davantage sur le parcours de Paul-Jean Roquère, vous pouvez télécharger sa notice biographique complète au format PDF (prochainement disponible).

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